Après s’est attaquée à la perception extérieure, la chanteuse danoise porte son attention sur sa complexité intérieure avec ‘Myopia’, son très bel album 2020 qu’elle viendra présenter à la Salle Métropole le 6 mars prochain. Conversation avec une chanteuse heureuse de partager sa nouvelle création.

Quelle a été ton idée nourricière?

L’album d’avant, ‘Citizen of Glass’ avait été composé en 2014, et ‘Myopia’ a en quelque sorte émergé de ‘Citizen of Glass’. Je travaillais sur cette idée de la perception qui était transformée par la technologie et les réseaux sociaux. J’ai ensuite intégré ma ‘propre technologie’, mon propre cerveau, qui devenait du coup aussi un sujet à examiner. Je ne pouvais pas seulement critiquer la technologie sans regarder aussi à l’intérieur de ma perception, de moi-même et de comprendre comment cela fonctionnait. Je ne pense pas que la perception humaine est neutre, ni la façon dont nous expérimentons les choses. Il y a beaucoup d’éléments qui nous échappent, qui échappent à notre conscience. Je voulais donc comprendre tout ça. J’ai besoin de travailler toute seule, de m’isoler pour faire de la musique et je voulais comprendre cela aussi.

Comment fais-tu pour construire des ponts avec tes musiciens pour qu’ils puissent justement entrer dans cette univers que tu crées seule dans ton coin?

Bonne question. C’est toujours un challenge. Parfois je me sens comme une idiote car je pense naïvement que les gens vont entendre ma musique et comprendre aussitôt à quoi la chanson fait référence, mais cela ne se passe pas toujours comme ça. Je dois parfois l’expliquer longuement. En même temps, jouer de la musique ensemble, c’est souvent une histoire de chimie, de capacité à se comprendre, mais ce n’est pas toujours facile à obtenir. Mes musiciens n’arrivent pas forcément toujours à s’identifier à ce que j’écris. Parfois, c’est un long procédé, cela prend du temps de trouver des références communes. Pour cet album, nous y avons passé beaucoup de temps. Nous avons énormément répété pour être sur la même longueur d’onde.

Quel regard poses-tu sur ta carrière longue de dix années maintenant et riche de quatre albums ?

Lorsque j’ai commencé, je ne trouvais pas de label, mais je savais que je devais faire un album car j’avais plusieurs chansons dont certaines dataient de mes vingt ans, voire encore plus anciennes lorsque j’étais à l’école secondaire. Je savais que si je ne les enregistrais pas un jour, je les oublierais. Lorsque j’ai enfin eu un label en Belgique, je vivais à Berlin. Sur ‘Philharmonics’, c’était vraiment une collection de tous mes titres. Avec ‘Aventine’, j’ai mis l’accent sur la production, sur l’orchestration. Ensuite sur ‘Citizen of Glass’, c’était le changement de la perception extérieure et sur ‘Myopia’, le changement de la perception intérieure… C’est aussi la première fois que je suis un thème qui induit la production et l’instrumentation et aussi la façon d’écrire. J’avais besoin de cela pour me pousser dans une nouvelle direction et ainsi éviter de me répéter. Je ne peux pas dire de quoi sera faite la suite car j’ai toujours un pied dans ‘Myopia’.

Depuis tes débuts sur scène, il y a eu une vraie évolution. Tu as commencé très timide cachée derrière tes cheveux et maintenant, tu fais face au public avec ton piano, tu as coupé tes cheveux. As-tu constaté cette évolution?

Merci c’est très gentil. Je reste une personne de studio, j’aime travailler en studio. La performance scénique est vraiment quelque chose que je dois m’apprendre à moi-même. Au début, j’avais même des black out avant de monter sur scène, c’était très dur pour moi. Je me suis habituée au fil du temps. Pour ‘Citizen…’, ça a été plus facile car je me cachais derrière un concept plus abstrait qui n’était pas lié si clairement à ma vie. Pour ‘Myopia’, je repars dans quelque chose de très personnel et cela risque d’être à nouveau difficile pour moi (rires). Je ferai de mon mieux pour ne pas être trop timide (rires).

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