Trois ans après leur remarquable performance au Hellfest , les  maîtres du techno thrash opèrent un retour en France particulier, marqué d’abord en août dernier par le second concert sur le Vieux Continent du nouveau batteur Diego Rapacchietti au Sylak Open Air en région lyonnaise . Seconde étape de cette mini tournée française en Alsace, avec la présence du groupe en co tête d’affiche avec Carcass du Rock Your Brain festival. Une nouvelle fois les liens de proximité liés au fil du temps par notre reporter du Daily Rock nous permettent de vous montrer la face cachée, côté coulisses, d’un show de Coroner .

 

En 2011, Coroner faisait un comeback remarqué sur la stage 2 du Hellfest. Un concert frigorifiant dans la fosse, mais bouillant sur scène, au point même de mettre aux oubliettes, pour les vrais connaisseurs ayant décidé de rester malgré l’heure tardive, le concert poussif de Scorpions. Le groupe zurichois ayant par la suite choisi de prolonger l’expérience de la « Réunion » en multipliant les concerts un peu partout, un vrai choix stratégique s’offrait inévitablement au trio, que dis-je, quatuor suisse. Devant la décision personnelle du batteur Marky de ne pas s’investir dans un processus de création d’un nouvel album, le reste du groupe n’avait d’autre alternative, après son choix de prolonger l’aventure, que de trouver un nouveau batteur. l

L’intronisation de Diego Rapacchietti, vieux compagnon d’arme de Tommy Vetterli , ne fut guère une surprise. Talentueux, expérimenté, Diego était la solution la plus évidente.

Après trois mois de répétitions acharnées avant un premier show faisant figure de test à Winterthur au printemps, devant des fans de la première heure et … devant Marky himself, Diego Rapacchietti commençait à maîtriser « à peu près », selon ses propres termes, les morceaux de la set list , avant de s’envoler pour une tournée événementielle en Australie. Au grand dam d’un Marky qui avait toujours rêvé de se produire au pays des kangourous…

Rassuré par le succès de cette tournée à l’autre bout du Monde, le Coroner new look s’est donc mis au travail pour enfin apporter une nouvelle pièce d’art à sa discographie. En parallèle le groupe continue à donner des concerts un peu partout.

Deux shows en France étant programmés d’ici la fin de l’année, en attendant mieux, l’occasion était trop belle pour suivre à la trace la performance de Diego et de ses nouveaux acolytes au Sylak Open Air. Un concert en tête d’affiche d’un festival de moyenne envergure donnée en région lyonnaise.

La seconde étape permet au quatuor thrash zurichois de se produire cette fois sur un festival indoor, l’automne étant arrivé, plutôt typé metal extrême cette fois.

19h30 : Coroner investit les lieux

La relative proximité géographique entre Sélestat, charmante petite bourgade alsacienne où est organisée la seconde édition du Rock Your Brain Fest, et Zurich permet aux différents membres de la famille Coroner d’arriver en électrons libres. A mon arrivée sur le site , une très belle structure où deux salles différentes voient les groupes enchaîner les concerts sans temps mort, seuls les techniciens sont déjà sur place. On m’apprend que Ron Broder, Tommy Vetterli et Daniel Stoessel ont retrouvé à l’hôtel leurs vieux amis de Carcass, avec qui ils partagent l’affiche ce soir.

Alors que je patiente dans la zone artistes je constate rapidement l’excellente organisation du festival. Des loges préfabriquées ont été personnalisées à l’attention de chaque groupe, et un coin salon a aussi été prévu. Je m’y installe et quelques minutes plus tard c’est Diego Rapacchietti, notre fameux batteur qui arrive le premier.

Comme toujours, Diego semble très concentré à son arrivée. Une concentration extrême qui peut presque ressembler à un stress palpable ? Seul l’intéressé saurait vraiment qualifier ses états d’âme personnels dans les heures précédant un show. Néanmoins, force est et sera encore ce soir de constater que Diego a définitivement apprivoisé les morceaux pourtant si techniques de Coroner.

Une dizaine de minutes plus tard c’est au tour de Ron, Daniel et Tommy de débarquer en zone réservée, un sourire franc barrant leurs visages respectifs. Comme de coutume, de franches accolades marquent nos retrouvailles un mois après la prestation du groupe à Lausanne.

A peine arrivés, les zurichois fraternisent rapidement avec les teutons de Destruction. L’emblématique trio thrash allemand fait depuis ses débuts partie de la même scène et de la même génération que Coroner. Les plus anciens d’entre nous se souvenant de l’époque Noise records où des groupes tels que Helloween, Kreator, Celtic Frost, Destruction et donc Coroner représentaient la vague européenne du mouvement thrash, en écho à la mythique scène de la Bay Area outre atlantique.

Une fois les retrouvailles célébrées, l’heure du catering a sonné. Une vaste zone a été aménagée en sorte de cantine à métalleux . Un moment toujours un peu surprenant de voir des artistes parfois élevés au rang d’icônes qui font la queue pour dîner…

Nous nous retrouvons donc tous, techniciens et musiciens, attablés ensemble, à H moins 2 du show de Coroner. Ambiance paisible. Sérénité des techniciens rôdés à ce genre de situation, alors pourtant que le timing est toujours plus stressant en mode festival, chaque groupe ne pouvant bénéficier d’un vrai soundcheck mais d’un simple line check d’une trentaine de minutes au maximum juste avant le concert. Confiance et tranquillité aussi chez les musiciens, qui ont la grande chance de pouvoir s’asseoir sur le grand professionnalisme de leur staff technique.
21h : phase de concentration personnelle

A force de partager de façon aussi intime nombre de prestations de Coroner, j’ai pu évidemment apprendre et à peaufiner (même si rien n’est jamais définitif) la place qui est la mienne. La phase qui précède de peu le début du concert est à chaque fois un moment délicat à gérer. Les musiciens ont chacun leur façon propre de se mettre en conditions. Ron et Tommy en général aiment à rester au calme dans leurs loges afin de s’échauffer tranquillement sur leurs instruments respectifs. De leur côté, Diego et Daniel restent en apparence plus relax. Peut être ont ils tout simplement besoin d’évacuer leur stress . Ce soir, ce début d’automne étant particulièrement agréable, ils s’installent en terrasse et discutent tranquillement autour d’un café.
Je profite de mon côté pour enfin aller prendre la température du festival côté public. Sorti de la zone réservée, je découvre un festival très bien organisé, à la dimension humaine, comme je les affectionne…

La seconde scène se trouve au dessus d’un escalier surplombant un long couloir où sont installés les stands de merchandising divers. A l’extérieur, une sorte de grande cour avec les stands de nourriture et boissons. Plusieurs centaines de métalleux y profitent de la douceur exceptionnelle et peuvent à tout moment facilement rejoindre la scène de leur choix.
D’ailleurs, sur la scène principale, Destruction a entamé son set. Toujours aussi proche de l’efficacité d’un panzer allemand, le trio ne fait pas dans la dentelle mais enchaîne avec efficacité ses hymnes qui martèlent les tympans.

22h : soundcheck

A une demi heure de son show, l’heure est venue pour les musiciens de Coroner d’effectuer leur line check. Comme d’habitude le travail le plus fastidieux concerne Diego Rappachietti et le réglage de son kit de batterie.
Pendant celui-ci je remarque le petit manège de Daniel Stoessel qui semble installer de petites caméras. On sait que le quatrième membre de Coroner est « l’oeil » du groupe. Féru de technologie audiovisuelle, il a déjà réalisé de nombreux clips. Amateur aussi de nouveautés, il aime tenter de nouvelles expériences et apporter parfois sa vision décalée des événements.

Daniel Stoessel à l’oeuvre

Lors du soundcheck, dans les minutes qui précèdent le début du show, j’ai pris l’habitude de scruter le public qui patiente tranquillement en observant avec intérêt généralement le travail de fourmis qui s’opère sous ses yeux. Sélestat étant à la fois proche de la Suisse et de l’Allemagne, je m’attends à voir de nombreux fans du groupe. Celui-ci, et je l’ai déjà précisé lors de mes derniers reportages, a quelque peu évolué. Aux fans de première heure, toujours restés fidèles au groupe, s’est ajouté une horde de jeunes inconditionnels. Force est de constater l’effet bluffant procuré par la vision de fans d’une vingtaine d’années affublés de « déguisements » dignes des années 80. Les vestes à patches en étant le plus bel exemple.

Et c’est devant ce genre de constatations qu’une fois de plus me paraît comme une évidence l’urgence pour Coroner d’offrir le plus vite possible du nouveau matériel, qu’il soit (d’abord probablement) audiovisuel que musical (patience est de mise pourtant…). Croyez bien que les discussions informelles que j’ai pu avoir récemment avec les les protagonistes vont dans ce sens. Mais la marque de fabrique du groupe étant la qualité et la perfection, il n’y aura d’autre solution que de prendre son mal en patience…

22h30 : quand les trois coups sonnent

A quelques minutes du show, j’ai décidé d’aller saisir dans la mesure du possible le moment particulier où les musiciens sont sur le point de prendre la scène d’assaut. Ce court instant consiste en un témoignage particulièrement privilégié, j’en suis parfaitement conscient. Les loges étant situées juste en face de l’entrée arrière de la scène, ma marge de manoeuvre est étroite. Je me positionne donc à une dizaine de mètres de là, discrètement installé dans le coin salon de la zone VIP. L’appareil photo prêt à dégainer .

Je dois d’ailleurs ici rappeler que la photographie n’est pas ma compétence ni ma qualité première. J’essaye juste de faire de mon mieux possible afin de rendre hommage au groupe et y mets le meilleur de mes mes modestes compétences…

Des voix et des rires s’élèvent des loges. Je sens que le moment est venu. Un à un les musiciens sortent des loges. Ma chance est qu’au lieu de monter directement sur scène, la petite troupe Coroner se rapproche, s’encourage mutuellement avant de grimper vers les spotlights…

Dans la salle retentit l’intro toujours aussi glauque de Coroner. L’ambiance est déjà bien chaude. Et lorsque Tommy Vetterli vient brandir sa guitare pour haranguer la foule, on pressent déjà que le show de ce soir ne sera pas ordinaire.

J’avais émis quelques réserves personnelles, et n’engageant que moi évidemment, sur l’opportunité de conserver l’intro de « Divine Step » en jouant le titre dès le début du set lors de la dernière prestation du groupe à Lausanne. Ce soir, le groupe rectifie le tir avec beaucoup d’à propos et balance illico ses riffs assassins de ce morceau incontournable de la discographie de Coroner !

Évoluant devant une assistance plus « extrême » qu’à l’accoutumée, Coroner ce soir a l’excellente idée de proposer une set list percutante, moins progressive que parfois, et c’est à tout à son honneur. Les missiles que sont « Internal Conflicts », « Semtex Revolution » et « D.O.A » font ainsi des ravages dans la fosse où se multiplient ce soir circle pits et stage divers. Les agents de sécurité ne sachant plus où donner de la tête…

Mais Coroner ne se contente évidemment pas d’un show rentre dedans : l’essence même du groupe, sa quintessence, ce sont aussi ses titres plus lourds, oppressants, groovy, autrefois considérés comme avant-gardistes et finalement paraissant toujours aussi modernes en 2014.

Ainsi « Serpent Moves » et ses riffs malsains et ce qui reste, sans conteste, comme l’éternel clou d’un show de Coroner, le monumental « Metamorphosis » et ce pont dantesque, uniquement joué sur scène par le groupe… Ce morceau et ce passage procurant à chaque fois et sans exagération de ma part la chair de poule…J’en veux d’ailleurs pour preuve ce soir la réaction d’un de mes amis qui découvre Coroner ce soir. Rivé à la barrière, juste devant Tommy Vetterli, toujours aussi habité d’ailleurs pendant le show, il se retourne et me regarde, incrédule, quand surgit l’intro pesante de « Metamorphosis »… Il ressortira d’ailleurs totalement abasourdi par le spectacle proposé ce soir là.

Les brûlots que sont « Masked Jackal » et « Reborn Through Hate » font le reste, et finissent de mettre le feu à la salle où se sont entassés un bon demi millier de curieux et de connaisseurs. Placé en avant dernière position sur la set list, « Reborn Through Hate » laisse donc le soin à l’alambiqué et hypnotique « Grin » d’achever le public ce soir. Quel final, les riffs syncopés s’entremêlant au éclairs lumineux aveuglants s’échappant des lights afin de laisser la fosse exsangue…

On serait à deux doigts de compter les morts une fois les derniers larsens s’estompant et les musiciens ayant quitté la scène, laisser ainsi les rescapés dans un état de choc incomparable.

Ce soir, Coroner a frappé fort, très fort…

Epilogue

Je rejoins une quinzaine de minutes plus tard les musiciens dans leurs loges afin de les saluer. Diego a été bluffant de justesse et je le félicite chaleureusement quant à sa prestation. Ron et Tommy, éternels personnages d’une humilité incompréhensible tant ils débordent de talent, sont aussi dans l’attente de mes sentiments. Mais l’ambiance qui règne dans la loge à ce moment précis de la soirée en dit long sur le sentiment du travail bien fait. De l’orfèvrerie à vrai dire…A ce moment précis je sens l’esprit des musiciens se libérer et la décontraction prendre le dessus. Au moment de prendre comme à l’accoutumée la photo de la set list du soir , Tommy Vetterli apporte sa petite touche personnelle…


Alors que Carcass achève en toute impunité le public, l’ensemble du groupe rejoint alors l’intérieur de la salle afin d’assister pendant une quinzaine de minutes au show du mythique groupe britannique. Le hasard faisant parfois bien les choses, c’est au moment de la présence des zurichois que Carcass décide de dédier l’un de ses titres à Coroner, provoquant sourires et incrédulité chez les intéressés…

Professionnels jusqu’au bout, Ron, Tommy et Diego doivent ensuite, non sans avoir partagé un verre de vin rouge pour célébrer la réussite de ce soir, rejoindre au salon VIP un journaliste de « Guitariste Metal » (http://guitariste-metal.fr/) pour une interview.


[Texte et photo : Hervé Rakowski]

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