Après de longues vacances, Daily Rock fait sa rentrée ! Et pour reprendre le chemin des concerts, autant commencer par une affiche qui ne fait pas dans la dentelle, Dark Funeral, Dimmu Borgir et Behemoth. Trois poids lourds du metal extrême réunis au Luxembourg et plus précisément à la Rockhal. Autant dire qu’on n’est pas venus pour tricoter. La soirée se déroule dans la grande salle, qui n’est pas configurée en capacité maximale et pourtant le public est bien présent, prêt à accueillir ces trois formations aux univers aussi obscurs que singuliers.
La soirée s’ouvre avec le groupe Dark Funeral.Le groupe s’estformé en 1993 en Suède et s’est imposé dans l’univers du black metal scandinave avec son univers satanique, ses guitares glaciales et ses rythmiques effrénées. Le téléphone affiche 18 h 58 au moment où les Suédois entrent sur scène, avec un peu d’avance sur l’horaire annoncé. Visages blanchis, yeux noircis et costumes sombres aux allures guerrières, les musiciens ressemblent à une version maléfique de Kiss.
Dès la fin du premier morceau, le chanteur lance un « Hail Satan ! ». Les présentations sont faites. La suite et une avalanche de notes qui déferle à toute vitesse. Les guitares mitraillent, la batterie pilonne et le chant déchire l’atmosphère. À ce rythme, on pourrait craindre une bouillie sonore, mais le mixage est remarquablement équilibré. Chaque instrument conserve sa place. Dans la fosse, les têtes s’agitent furieusement. Les torticolis du lendemain sont presque garantis. Un immense drap noir orné du logo du groupe et de croix inversées habille l’arrière-scène. Le chanteur brandit le drapeau de la formation avec une attitude conquérante.
Pas de longs discours ni de fioritures, après trente minutes d’une efficacité redoutable, Dark Funeral salue brièvement et disparaît. Court, intense, sans concession.

La soirée continue avec le groupe Dimmu Borgir. Cette fois c’est du côté de la Norvège que le groupe s’estfondé en 1993. Le groupe a développé au fil des années un black metal symphonique où la violence des riffs côtoie les arrangements orchestraux et les envolées majestueuses. Il est 19 h 50 lorsque les lumières s’éteignent et les premières notes retentissent, là encore avec dix minutes d’avance. Décidément, tout le monde semble pressé ce soir. Dès les premières vocalises de Shagrath, les flammes jaillissent. Les musiciens, maquillés de blanc et de noir, prennent place dans un décor de colonnes ornées de gargouilles. Les éclairages rouges et verts découpent l’espace, tandis qu’au fil des titres, les vasques décoratives présentes sur la scène s’embrasent.
A l’instart du premier groupe, l’atmosphère est davantage celle d’une cérémonie occulte que d’un champ de bataille. Musicalement, les claviers apportent une ampleur presque cinématographique aux compositions. Après environ 1 h 10 de jeu, « Progenies of the Great Apocalypse » vient conclure cette performance spectaculaire. Dimmu Borgir aura privilégié la mise en scène et les arrangements monumentaux, sans sacrifier la puissance de son répertoire.

Originaire de Pologne, Behemoth voit le jour en 1991 et évolue progressivement du black metal vers un mélange particulièrement incisif de black et de death metal. Il faudra toutefois patienter près d’une heure après Dimmu Borgir. Une attente qui casse un peu la dynamique de la soirée. Après deux groupes montés sur scène en avance, Behemoth accuse finalement cinq minutes de retard. Le concert commence par la projection d’une vidéo en noir et blanc sur le drap qui servait entre autre a dissimuler le plateau avant l’arrivée du groupe. Le décor dévoile ensuite deux structures immenses placées en hauteur, baptisées « Trivmviratvs » de chaque côté de la scène. Le fond de la scène est habillé par un drap noir floqué d’un symbole représentant un soeil stylisé avec des rayons ondulés semblable à des flammes à l’intérieur duquel l’on peut lire « sHt ».
Les musiciens affichent des maquillages cadavériques, tandis que Nergal le chanteur apparaît torse nu, le corps peint en blanc. Dès les premiers morceaux, le contraste avec les formations précédentes est évident. Ici, pas de déluge orchestral ni de course effrénée permanente. Tout semble réglé au millimètre. Le batteur est phénoménal, enchaînant double pédale et blast beats avec une précision chirurgicale. Les frappes résonnent jusque dans la cage thoracique, les guitares tranchent et la voix impose une autorité implacable. L’éclairage privilégie les reflets bleutés et les éclats blancs, avec quelques incursions de rouge. Une esthétique froide, presque clinique, que viennent brutalement interrompre les lance-flammes fixés aux avant-bras de Nergal. Oui, ça crache du feu, et ça fait son effet !
Plus loquace que ses prédécesseurs, le chanteur évoque les presque trente années passées à parcourir le monde avec les groupes de leur génération. Il affirme qu’ils sont toujours aussi « sharp » qu’avant. Précis, affûtés, incisifs, ce terme résume parfaitement leur prestation. Le chanteur annonce ensuite qu’ils vont accélérer un peu, précisant avec humour que jusque-là, ce n’étaient que des ballades, avant d’entamer « To Drown the Svn in Wine ». Autre moment fort de la soirée avec une reprise du groupe Venom, « In League with Satan », surlequel Shagrath, le chanteur de Dimmu Borgir les rejoindra sur scène débarrassé de son maquillage. Pour les derniers morceaux, les effets pyrotechniques sortent le grand jeu et embrasent le plateau dans un final explosif.

Dark Funeral aura privilégié la vitesse et la brutalité d’un black metal sans détour. Dimmu Borgir aura misé sur les arrangements symphoniques et une scénographie un peu plus théâtrale. Tandis que Behemoth aura, quant à lui, imposé une rigueur impressionnante, portée par une exécution millimétrée. On pourra néanmoins regretter le peu d’interactions avec le public, les échanges restant assez limités, hormis quelques prises de parole de Nergal. Mais cette affiche aura tenu ses promesses avec trois identités fortes, des ambiances travaillées et une bonne dose de décibels pour marquer cette rentrée.
Texte : Adeline Pusceddu
Photos : @DeadlySexyCarl
Liens Utiles :
Behemoth – Dimmu Borgir – Dark Funeral – Rockhal
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