Dans l’antre cosi de la Bobine, cet espace dédié aux évènements plus intimistes de Fri-Son, la soirée portait le doux nom de Post-Hardcore & Industrial Techno Collision. Eh oui, ce n’est pas parce que l’on imagine une soirée intimiste qu’elle ne peut être terriblement remuante et proposer des croisements hors norme! Mieux, si le terme de collision peut engendrer de l’appréhension routière, ce soir-là il ne pouvait mieux raconter le cœur du travail artistique et les performances scéniques.

Avec ErreurJean pour démarrer la soirée, ces collisions on avait bien l’impression de les vivre comme avançant dans un tunnel sombre, bousculés par des boucles renversantes déboulant de tous côtés. Evoluant sur un tapis sonore poisseux et obsédant, l’artiste fribourgeois placé au centre de la salle, au cœur de l’audience, faisait corps avec ses machines. S’il joue sur des prises de sons chaotiques, s’il baigne les compositions d’un chant maltraité, s’il fait de l’erreur son terrain de jeu, il le fait avec autant de maîtrise que de précision. Et de faire s’entrechoquer touches pop,  sonorités bretonnes, saillies vocales punk, fulgurances électro et des basses vous precutant les entrailles. On avait l’impression de croiser des robots d’enfants, des ombres magiques, de sentir passer des paquebots en suspension. Un début de soirée qui nous a emmené quelque part entre colère, cri sorti des entrailles, monde virtuel et univers en délabrement.

La suite n’allait pas être moins sombre et intense avec Pain Magazine. Le combo, né de l’envie de fusion des genres entre le noise-rock des Lavallois de Birds In Row et des pulsations techno indus des franco-américains Maelstrom & Louisahhh, allait proposer un set dense et percutant. Avec désormais sur scène la discrète Berlinoise Kimi Recor qui a repris les commandes de la partie électro, la collision des genre confirme surtout très vite être connivence. Les mondes s’enlacent autant qu’ils se toisent. Les textures ne font plus qu’une tout en traçant des routes bien définies.

Au centre de l’édifice, avec sa voix forte, portant les mélodies avec fièrté, il y a Louisahhh. De chaque côté avec les guitares de Bart Balboa et Quentin Sauvé qui griffent des structures, se dessinent des reliefs et le paysage prend ses teintes finales. Et à la base de tout il y a la batterie de Joris Saïdini. Depuis l’interview faite avec le combo pour la sortie de leur album, on avait bien compris que le bonhomme est le moteur, le poumon, du projet. On en a eu une cinglante confirmation ce soir-là en découvrant l’interprétation des titres sur scène. Les parties rythmiques ont gagné en pulsation organique et sa frappe densifie les structures. 

Baigné dans une ambiance faite autant de lumières vaporeuses que de fulgurances et de jaillissements lumineux (la marque de fabrique Birds In Row), le quintet a passé en revue l’ensemble de son album «Violent God», tout en proposant un ordre revisité et en ménageant des plages de respirations différentes. Les voix sont désormais plus entrelacées et les échanges mélodiques plus fréquents. Et c’est une vie intense qui habite les musiciens, même si l’interaction avec le public n’est pas une priorité. Jusqu’à cette fin de set où Louisahhh descendue au cœur du public va parachever, les yeux dans les yeux, une prestation haletante.

[Yves Peyrollaz]

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