sunno_rocking-chair

© Camille Piot

En plein boulot sur mon ordi, une pensée brise soudain ma concentration bancale : ‘on est le 10 septembre, il me semble que j’ai quelque chose de prévu …’ Trente secondes plus tard, je cours en direction de la gare. Et ouais, j’avais bien des plans pour ce soir : Sunn O))) au RKC, ma première occasion de voir ces pionniers du metal drone en live. Je sors du train, et je commence mon pélerinage veveysan. Je me rends compte que je n’aurais aucune chance de voir le support act, Big Brave, qui avait pourtant l’air prometteur. J’arrive aux abords du club, avec l’espoir fou de pouvoir voir le concert dans son intégralité. Premier constat : ‘comme c’est bizarre, du brouillard au début de septembre ?’ En réalité, j’avais bel et bien loupé le début du set, et les portes entrouvertes du RKC laissait échaper le surplus de fumée et des infrabasses sourdes. Deuxième constat après quelques mètres : il y avait beaucoup de fumée dehors, dedans, c’est encore une autre histoire. En me dirigeant vers la fosse, je suis frappé par l’ambiance singulière : la salle est bondée, personne ne bouge, personne ne parle, et je me perds petit à petit dans une trance. La scène est à peine distingable avec toute ces machines à fumées, certaines dirigées vers le public, qui crachent incessemment leur brume opaque. Des silouhettes en capuche se meuvent, et chacun de leurs mouvements semble faire partie d’un vaste rituel ésotérique au-delà de la compréhension du simple mortel que je suis. Moog tellurique. Textures vocales d’outremonde. Éclat fugasse d’un cuivre. Un mur de distortion qui s’intensifie en un build-up infini, une tension titanesque que le public rêve unanimement de voir éclater. Et ça y est, les lumières se rallument, les premiers applaudissements crèvent le lourd silence, et on réintègre le monde réel, et c’est la ruée vers le stand merchandising. Dernier constat : 1h30. Je viens de me prendre 1h30 dans les gencives, et je n’ai rien vu passer. Mon corps vibre encore un peu, et je me dis que la prochaine fois je n’arriverai pas en retard.

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