Je suis un des seuls festivals suisses à assurer chaque année le genre de programmation qui garantit, tous les soirs, des groupes certes alternatifs mais cultes. Je suis froid (thermiquement) et chaleureux (dans l’ambiance). Je vends de l’absinthe à cinq francs. Je suis… je suis… Rock Altitude!

Il m’en faut beaucoup pour décider de mon plein gré d’aller au Locle la nuit ; la notion d’été n’a pas prise à cette altitude. J’ai pourtant débarqué dès l’ouverture, armée de mon plus beau pull de secours et d’une veste habituellement réservée au mois d’octobre. Je serais venue en t-shirt pour les Neuchâtelois d’Euclidean – dont vous vous souvenez peut-être si vous étiez au concert de Darkspace à la Case-à-Chocs en février – s’il l’avait fallu. Transe post-metal black-adjacente et pourtant, le son est épais et enveloppant, comme une bulle de noirceur chaude sous le soleil faiblard de fin de journée. Superbe début de festival.

Devant la grande scène, Promethee, figures de proue de la scène hardcore genevoise (qu’on aime beaucoup), arrivent sur scène et offrent dès les premières notes une prestation investie à 100% d’une intensité rare. Le son est agressif et pourtant construit très progressivement, l’ambiance s’installe et reste jusqu’à la toute fin.

Le groupe que j’attendais tout particulièrement, c’était Daughters. On m’en parle en boucle comme d’un groupe à voir absolument en live, et tout le public sous la petite tente a très vite compris pourquoi. Toujours dans l’intensité, les Américain.es ont ce que j’ai appelé dans mes notes une BBE (Big British Energy) – en même temps, si on s’habille comme Nicky Wire des Manic Street Preachers… Big British Energy, donc, dans l’excentricité du son et de la performance, mêlant chaos et stoïcisme en fonction de la partie de la scène observée. De la scène et du public, en fait, car le concert se voit devenir une expérience interactive lorsqu’Alexis S. F. Marshall – vêtu de sa plus belle chemise 70s, s’arrachant au fil des chansons – s’aventure dans la fosse et y reste pour la majeure partie de la fin du set. Tout son être exsude l’autodestruction, mais celle qui s’exprime de manière constructive au travers de l’expression artistique, moment cathartique pour toutes les personnes présentes.

Alexis S. F. Marshall (Daughters). Crédits photo: Jonathan Velazquez.

C’est parce que la soirée était placée sous le signe de l’ambiance fervente que le contraste avec Meshuggah est si saisissant. Rien à redire sur la performance en elle-même, généreuse et carrée (parce que math rock, qu’est-ce qu’on rigole). Le son est relativement bien mixé mais étonnamment bas, et c’est une expérience déconcertante que d’écouter d’une manière si lointaine un groupe aussi lourd dans ses sonorités. Le light show est, lui aussi, ultra-propre, mais l’ajout ponctuel de lumière blanche intense en direction du public me sort de l’espèce d’hypnose requise par le genre musical. J’entends bien l’intérêt ‘disruptif’ de la démarche – re : le math rock et ses rythmes changeants – mais les flashs sont si fréquents que le sort se brise, et je me sens extérieure à ce qui se passe sur scène. Les trois pattes du proverbial canard sont malheureusement intactes.

Cette année, le classique tremplin du Rock Altitude a sélectionné non pas deux mais bien quatre groupes régionaux prometteurs, et c’est Mouche-Miel (« duo Math-Rock/Metal/Miel », pour les citer) qui ouvrent le bal en cette fin de soirée. Au vu de la qualité des groupes locaux s’étant présentés au tremplin, on comprend qu’il ait fallu en choisir plus que prévu, et Mouche-Miel sont ceux qui, instantanément, m’ont vendu du rêve. À juste titre : il est difficile de croire que ce mini-mur de son vient seulement d’une guitare et une batterie. C’est fou, l’amplitude sonore que tu peux atteindre quand tu sais ce que tu fais, et les interactions entre les deux instruments emplissent chaque silence, une couche supplémentaire de musique à lire entre les lignes. Un mercredi soir concrètement super bien dosé.

 

La perle du jour
Mon amie Audrey (au sujet de Meshuggah): « on m’avait dit de prendre des lunettes de soleil, effectivement. »

 

Mouche-Miel. Crédit photo: Laura Gambarini.

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