Premier mai, jour férié, soleil dehors et premier soir de tournée européenne pour Madball : la combinaison aurait pu jouer contre la soirée. Elle a fait l’inverse. Quand les New-Yorkais montent sur scène à PTR, la salle est déjà compacte — pas tout à fait pleine à craquer, mais pas loin — et le profil du public dit quelque chose de l’état du hardcore en 2026 : autant de visages qui ont vu Agnostic Front il y a trente ans que de gamins qui n’étaient pas nés à la sortie de Set It Off. Le NYHC n’a manifestement pas perdu sa capacité à recruter à travers les générations.
Mind Operator ouvre les hostilités. Set d’ouverture solide, public déjà là, et l’avantage du match à domicile pour le projet genevois — composé de membres de Sprint, Revanche et Dewback. Échange après le concert : ils étaient contents de cette date, et ça se comprend. Ouvrir pour Madball à Genève, c’est le genre d’occasion qu’on ne se voit pas refuser.
Henriette B prend le relais avec une autre proposition — metalcore mélodique, plus moderne, plus carré dans la construction. Le quintette de Tavannes est rodé, ça s’entend immédiatement. L’énergie est là, le set tient, et le public suit — surtout les plus jeunes, qui semblent reconnaître davantage leurs codes dans cette esthétique-là que dans le hardcore old school qui va suivre. Le grand écart aurait pu créer un creux, il crée plutôt une montée en puissance.
Et puis Madball arrive.
Deux secondes. Il a fallu deux secondes après les premiers riffs de Nuestra Familia pour qu’une bière vole au-dessus du public et finisse sa course quelque part vers la scène. La suite du concert allait confirmer que ce n’était pas un accident isolé : pendant une heure et demie, PTR s’est progressivement transformé en flaque collective. Si on faisait un ratio « bières bues / bières au sol », on tomberait sans doute sur des chiffres préoccupants pour le bar de la salle.
La setlist est massive — vingt-cinq morceaux plus rappel — et elle dit clairement où en est le groupe à l’orée de cette tournée. Les classiques sont là, évidemment : Set It Off, Hold It Down, Pride, Hardcore Lives, Look My Way. Mais Freddy Cricien en profite aussi pour glisser plusieurs titres inédits — Tethered, Rebel Kids, etc. — avant même la sortie de Not Your Kingdom, prévue dans quelques semaines via Nuclear Blast. Le nouvel album n’est pas encore là, mais il arrive sur scène en avant-première, ce qui change pas mal la lecture du concert. Première date de tournée, premier test grandeur nature des nouveaux morceaux : pour l’instant, ça passe sans accroc, et certains des inédits encaissent déjà la comparaison avec les morceaux historiques sans rougir.
Le son est bon, et de toute façon ce n’est pas exactement le critère décisif sur un concert de hardcore. Ce qui compte, c’est ailleurs : dans cette mécanique de pit qui se met en place dès Can’t Stop, Won’t Stop et qui ne lâchera plus. Et surtout dans les stage dives, qui culminent à plusieurs reprises dans la soirée avec plusieurs personnes qui montent sur scène en même temps pour se rejeter dans le public. Pas un par un, en file indienne. En grappes.
Le rappel sur un morceau d’Agnostic Front referme la boucle de la manière la plus logique qui soit : Cricien, demi-frère de Roger Miret, ramène toujours quelque chose de l’ADN d’origine sur scène. Trente-huit ans après la naissance de Madball, le lien tient.
Quand les lumières se rallument, le sol est jonché de gobelets, le public est trempé, et on a la nette impression d’avoir assisté au coup d’envoi d’une tournée qui va bien se passer. Madball part en Europe avec un set déjà calibré, des nouveaux morceaux qui fonctionnent, et la confirmation — si tant est qu’elle soit nécessaire — que le NYHC vieillit sans s’assagir. Genève a eu la primeur. Les villes suivantes peuvent commencer à s’inquiéter pour leur stock de bière.
Texte : Antony Pradervand
Photos : Jacques Apothéloz
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