Eté 2018. Nine Inch Nails tourne en Europe et, une fois n’est pas coutume, s’est arrêté en Suisse romande pour une date au Montreux Jazz Festival dont l’édition 2018 restera définitivement dans les mémoires des amateurs de rock. Trent Reznor et sa bande ont partagé l’affiche avec Gary Numan, une influence évidente du leader de Nine Inch Nails, pour le plus grand bonheur de l’Auditorium Stravinski, qui étonnamment n’était pas plein. Il faut dire que la musique de Nine Inch Nails est loin d’être grand public, mais on le sait depuis longtemps, cela n’a absolument rien à voir avec sa qualité. Finalement, on est bien entre nous.

A 20.00 heures, Gary Numan prend possession de la scène pour une heure de concert. Fidèle à lui-même, le musicien reste accroché à son pied de micro et marque le rythme de la musique de tout son corps. Fagoté avec son costume momie et sa coupe en pétard, on avait un peu l’impression, comme l’a souligné avec justesse une amie, de voir Didier Bourdon imiter Nicolas Sirkis. Avec un light show stroboscopique, l’effet est sympa, mais vu et revu. Sauf que voilà, Gary Numan a bien le droit de faire ainsi puisque c’est sa marque de fabrique. Véritable pionner du gothique teinté d’industriel, avec un look androgyne qui a dû lui valoir son lot d’ennui à l’époque, le musicien britannique a joué avec conviction ses chansons.

Véritable petit événement, voir un concert de Nine Inch Nails et si rare en live par chez nous dont le dernier passage en terre romande remontait à l’édition 2007 du Rock Oz’. Et là aucune déception. Au contraire.

Pas de caméra dans la salle – vous excuserez donc le manque de photos – et donc les écrans géants sur les côtés sont éteints. Dans la pénombre, les musiciens débarquent ensemble. Trent Reznor arrive en dernier et le groupe attaque d’emblée avec deux morceaux relativement calmes, dont la colère est très contenue. Les deux mains sur son micro, Reznor semble souffrir, à la limite de hurler, sur ‘Me I’m Not‘ puis ‘Sanctified‘. L’oppression est permanente. Impossible de respirer. Dix-huit ans séparent ces deux chansons qui pourtant s’enchaînent sans difficultés. L’éclairage est sobre, avec surtout des spots sur les côtés, plutôt que de dos. Ce soir la règle est simple : quand c’est calme, c’est sombre et quand cela s’allume, cela explose. Il n’y a pas eu à attendre longtemps pour que les guitares se lâchent : ‘Wish‘ et ‘March Of The Pigs‘, puis même encore ‘Burn‘ font monter la température de 100 degrés. Le light show est dantesque. On est noyés dans une lumière blanche, avec au bout du tunnel, notre messie Trent Reznor. Pourtant, il paraît que Nine Inch Nails a renoncé à la surenchère du lightshow et suite à un désarmement massif, il n’y aurait plus que 30% de stroboscopes par rapport à de précédentes tournées.

Il faut attendre 35 minutes avant d’entendre deux mots (‘Thank You’ sans surprise) de Reznor, qui préfère enchaîner les poses christiques que les discours. Il annonce quand même ‘some new shit’ avant de jouer plusieurs extraits de son nouvel EP ‘Bad Witch‘. Pas le meilleur moment du concert. Si cela était parti super fort, cela retombe un peu et je me surprend à trouver le son tellement parfait que la musique perd un peu de son âme. Trop chirurgical. Les disciples de Reznor semblent aux anges et reprennent ses paroles comme les évangiles. La messe semble un peu longue au milieu du concert jusqu’à cette reprise bien choisie de ‘I Am Afraid of Americans‘. Certaines parties sont banales et d’autres, le refrain notamment, sont parfaites, rappelant que l’écart entre quelconque et génial est parfois tenu. Avec pratiquement trente ans de métier au sein de Nine Inch Nails, Reznor sait toutefois tenir la salle à sa merci et Reznor n’hésite pas à laisser quelques parties vocales à Robin Thicke, sorte de chien fou à qui il faut parfois permettre de se défouler un peu. Pas idiot, car il a une voix qui passe bien sur les parties industrielles et une présence sur scène qui contraste bien avec celles des autres musiciens très statiques. Peu dissert, Reznor lâche encore quelques mots sur Montreux et remercie le public d’avoir permis à NIN d’être présent ce soir.

Le set se termine sur deux morceaux énormes, ‘The Hand That Feeds‘, single incompris de 2005, puis ‘Head Like A Hole‘ pour mettre tout le monde d’accord. Quiconque n’a pas vu NIN jouer ce morceau en concert ne sait pas ce qu’il rate.

L’occasion était trop belle pour ne rien en faire. Avec Gary Numan sous la main, Nine Inch Nails ne pouvait que l’inviter à partager la scène pour un morceau, ‘Metal‘, un des titres les plus connus de l’androgyne anglais qu’il avait omis de son set et que Nine Inch Nails avait déjà repris sur album et sur scène avec Numan par le passé. Et comment finir en beauté si ce n’est avec la plus incroyable des chansons du répertoire de Nine Inch Nails, ‘Hurt‘, dans une version sublime, que rien n’aurait pu suivre. Si ce concert a connu une petite baisse d’intensité au milieu du set, sa fin est tellement réussie que l’on ressort avec l’impression d’avoir assisté à un moment magique.

https://www.montreuxjazzfestival.com/

www.nin.com

www.garynuman.com

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.