Feu! Chatterton © Saee Haldule

Feu! Chatterton © Saee Haldule

La pop aventureuse de Jeanne Added a été la véritable surprise d’une soirée qui a tenu toutes ses promesses. Malgré ses deux excellents tubes A war is coming et Look at them, elle reste encore relativement peu connue du grand public. Et pourtant, cette française sortie du conservatoire risque fort de devenir l’un des grands noms de la scène musicale internationale. Elle a démontré ce soir qu’elle a beaucoup à dire et à montrer, même si cette passion bouillonnante qu’elle vit pour la musique semble encore en maturation. En effet, il manque à son son brut ce petit quelque chose à affiner pour prendre de l’ampleur. C’est tout l’intérêt d’une artiste dont l’univers musical, plein de surprises, risque de s’enrichir au fil des années, vers des contrées lointaines et inexplorées.

Même si je vous conseil fortement son premier album, c’est sur scène que sa musique prend toute sa dimension, elle qui arrive à emmener le spectateur dans son univers, à le faire danser au rythme des beats et des stroboscopes frénétiques. Tout de charisme, au caractère affirmé, la chanteuse est magnifiquement portée par une pop électronique expérimentale qui ne veut plus vous quitter, une fois qu’elle vous a touché. A découvrir de toute urgence !

Puis Lou Doillon, contraste saisissant et douceur de vivre empreinte de nostalgie. Elle paraissait pourtant bien fade après une telle décharge d’énergie. La musique est belle, certes, sa voix particulière est tout ce qu’il y a de plus charmant, mais sa musique pêche par sa simplicité. Extrêmement répétitive : même style de guitare, même façon de chanter presque chacune de ses chansons, elle reste crochée dans son style confortable sans oser / vouloir aller plus loin. Elle joue à la chanteuse, avec bonne humeur, gentillesse et nulle doute qu’elle ait satisfait ses fans, mais elle a ramollit quelque peu ceux venus pour la tête d’affiche. Mais comme on dit, le calme avant la tempête…

Avec Feu! Chatterton aux commandes, il fallait s’attendre à un déluge de beaux mots, chantés, déclamés avec intelligence comme ballade dans un univers où la littérature des grands auteurs d’antan, représenté par Arthur, son costume trois pièces et sa fameuse moustache, côtoie le rock indé et blouson cuir tout en sueur des ses musiciens.

Récitant avec passion, que dis-je, avec acharnement, ces mots, ces flèches, qui transpercent son coeur, rouge de douleur à porter sur ses épaules, un monde étrange, se débattant, hébété, lendemain de cuite, nouveau né, agacé, pleurant pour que l’espoir soit cette étoile dans sa nuit sans ciel ni refuge. Feu! Chatterton tue sans coup de semonce la morosité d’un rock français stéréotypé et cantonné à se simplifier la vie dans une langue anglaise futile, et il revigore une vivace langue de Molière, affutée comme des couteaux pour trancher dans les esprits des parcelles de tendresse, de surprise, de nostalgie, d’espoir. Feu! Chatterton émerveille les foules, venues en nombre, pour se laisser conter leur quotidien avec poésie par les mimiques fugaces de leur chanteur, porté par un rock électrisant.

Que vous dire, Feu! Chatterton détonne dans le paysage rock actuel et une fois sur scène, ces troubadours des temps modernes mettent tout le monde d’accord ! [Vincent Bonvin]

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