À vos marques, prêts, miaulez! Car Les Chatons, formation montréalaise de métal humoristique, nous as balancé leur tout premier album Miaou Métal le 14 août 2026. Une date de sortie symbolique (mi-août) pour un groupe qui cultive sa singularité avec un contraste calculé; derrière son allure félinement loufoque, s’élancent quatre petites bêtes rugissantes de riffs saturées et arrosées d’une bonne dose d’autodérision. Proposition artistique insolite ou show de boucane? Oscillant entre mélange hybride de sous-genres du métal et expression chansonnière, l’album synthétise bien leur identité musicale; un funambule créatif qui, après tout, s’en sort habilement.
Sous les traits de Loko, Floppy, Toto et Chipitt, le quatuor présente un chaos stylistique où plane l’héritage de Mononc’ Serge & Anonymus pour ses chansons aux thématiques populaires, mais avec l’attitude provocatrice et la prose vulgaire en moins. Ces doux griffés de l’enfer nous charment par leur bonne bouille, mais c’est leur audace musicale qui résonne. À travers ses compositions efficaces, les quatre amis exposent, comme point fort, un lot de transitions imprévisibles dans ses chansons, s’autoproclamant du death au nu métal, et surtout du trash au power métal par ses pirouettes de guitares et ses cassures rythmiques. Le tout est lié au récit Belle journée, qui relate les mésaventures et les contrariétés d’un jour de malchances, tandis que Coupon King dépeint la caricature d’un personnage déjouant l’inflation alimentaire avec une chasse aux aubaines. Même le célèbre Rap des aliments de Jean-Lou Duval, de l’émission jeunesse Radio Enfer, s’invite dans cette folie. Intéressant! L’épopée d’un déprimé, quant à elle, se moque du mythe de la tristesse comme ingrédient magique à l’écriture d’une bonne chanson. Qu’on soit avisé de Tirer une pisse lorsqu’on lève trop souvent le coude ou qu’on se retrouve à cracher du feu en état d’ébriété lors d’une Saint-Jean dans L’dragon, l’ironie est reine chez Les Chatons notamment dans la balade Poésie culinaire, ode exhaustive à la poutine. Les thèmes sont tout de même traités avec légèreté. Le groupe retrouve un tantinet leur sérieux avec L’hypocrisie du soleil, un morceau à saveur de métal progressif qui se distingue du reste de l’album.

« Melchior nous apporte un peu de frites
Gaspard le fromage, Balthazar la sauce
Pour les fringales grosses ou petites
Cadeau des rois mages, ma prière s’exauce »
–Poésie culinaire
Certaines oreilles aiguisées considéreraient Miaou Métal comme un condensé musical aux relents des années 1990, combiné à de nombreux référents communs. Ce mélange mélodique et de technique amuse, parfois, au détriment du sens des paroles enterrées par l’enrobage des arrangements, jusqu’à devenir un frein pour interpeller pleinement l’auditeur. Elles ne perdent cependant pas de leur portée grâce à la voix de Guillaume « Loko » Lessard, dont l’étendue de son registre, allant du falsetto au growl, démontre agilité et assurance. Cette alternance dynamique s’enrichit de ses camarades Pascal « Floppy » Desroches (guitare), Julian « Toto » Jodoin (basse) et Hugo « Chipitt » Delarosbil (batterie).
Alors, à qui s’adresse-t-on au juste? Comme le fil conducteur de l’album repose sur un humour second degré, leur approche contre-intuitive dénote qu’humour et métal, sans être impossible, s’accordent plus ou moins bien ensemble. On en saisit pleinement les nuances que durant les moments épurés. Soulignons toutefois cette volonté de concilier musique métal et langue française; un autre choix audacieux, qui relève du défi, dans lequel ils détiennent une matière première propice à susciter l’adhésion d’un plus large public. Car s’il n’est pas mal perçu dans la culture du métal de s’inspirer de ses groupes fétiches et d’en incorporer les codes dans son œuvre, ici, l’innovation n’est pas l’intention du projet. L’approche se veut divertissante et accessible. Pour renforcer ce trait particulier, ils offrent leur version « métallique » de Mentir, reprise du grand succès pop de la chanteuse Marie-Mai, qui a marqué leur passage au concours télévisé Quel talent!.
Essentiellement, ces quatre minets sont assis entre deux chaises; celle du métal et celle du chansonnier humoristique. Et si cette proximité avec la chanson pop ne tombe pas dans la trappe de l’insignifiance travestie en formule tape à l’œil, Les Chatons a besoin d’encore un peu de chair autour de l’os pour parfaire sa griffe. Cela dit, Miaou Métal arrive à éveiller la curiosité et le sourire, avec une touche d’allégresse — sans pour autant déclencher une « Miaou-mania » — ces éléments séduiront les adeptes de rock comique, là où le Québec a été un terreau fertile. À l’opposé, l’omniprésence de l’absurdité pourrait être reçue comme une transgression des coutumes par les plus puristes métalleux. Toutefois, même si leur univers n’est pas encore abouti, Les Chatons s’affirment et tiennent un bon filon pour grandir comme nouvelle bibitte abrasive de la chanson québécoise : son Miaou Métal ouvre la voie au « métal de variétés ». Chat alors!
Crédit photo : Ally Neah
Pour écouter l’album :
