Page 28 - Daily Rock 149 - Février 2023
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CHRONIQUES
ANTIMATTER THE ARCS
A Profusion Of Thought Electrophonic Chronic
Music In Stone Easy Eye Sound/Universal Music
Miraculés, ces dix titres du nouvel album d’Antimatter. De la Voilà une histoire d’amitié qui fait un bien incroyable à un
bouche-même de Mick Moss, créateur du groupe, ces chansons début d’année plus que marqué par les conflits humains.
ont été esquissées pour certaines il y a plus de vingt ans, issues Imaginez que si The Arcs, le side-project de Dan Auerbach
des prolifiques sessions des albums précédents. Destinés à (la moitié des Black Keys), était silencieux depuis sept ans,
n’être jamais entendus ou enregistrés, Mick Moss s’est fait la c’était parce que le décès en juillet 2018 du batteur Richard
rélexion que ces titres disparaîtraient avec lui et qu’il devait Swift avait poussé la formation au mutisme. Un mutisme
entreprendre une ‘mission de secours’. Il les a ainsi remis sur qui pouvait bien sembler être définitif tant Swift était un
son chevalet musical, les a retravaillés, complétés, transformés apport primordial d’énergie et de cohérence pour le combo.
pour nous les livrer dans « A Profusion Of Thought », son dernier Mais c’était sans compter sur l’envie des protagonistes de ne
album fraîchement paru. Avec Daniel Cardoso, ancien claviériste pas laisser les innombrables moments de travail en studio
d’Anathema au mastering et à la production, Mick a réalisé une prendre la poussière sur une étagère. On y retrouve l’amour des
œuvre toute en finesse, aux teintes subtiles et diverses. Ainsi musiciens pour les juxtapositions de soul, de psychédélisme ou
l’album s’ouvre avec le magnifique « No Contact » où l’on apprécie de rock garage, avec ce goût prononcé pour les collages sonores
le timbre de voix particulier de Mick et son tremolo naturel luxuriants. Jouant souvent de cassures rythmiques il semble
auxquels répondent de chaudes notes de saxophone. Saxophone que le temps ne s’arrête jamais vraiment entre les morceaux,
que l’on retrouve sur le très bon « Heathen ». Un rock progressif renforçant cette impression de voyage sans escales. A travers
indie parfois teinté d’électro subtilement distillé à la Depeche la fenêtre ouverte on entend tout d’abord un ressort de reverb
Mode sur « Templates ». On aime aussi beaucoup la flûte et la qui s’ébroue. Puis passent des violons poussiéreux, des pianos
guitare acoustique de « Redshift », parenthèse enchantée au cœur en sous-bois, des flûtes champêtres, des guitares acoustiques
de l’album où le temps est suspendu. EN soi, « A Profusion Of mielleuses, certaines électriques plus graveleuses, d’autres
Thought » est un album à absorber avec sagesse et à écouter au capiteuses, et au-dessus de tout, des chœurs qui s’entremêlent
calme, au coin du feu un soir d’hiver. On adorerait le découvrir en langoureusement et poussent à une rêverie infinie. [YP]
live dans nos contrées… croisons les doigts, qui sait ? [JBB] www.thearcs.com
www.antimatteronline.com
ous en connaissez beaucoup qui lancent leur album par un graveleux « J’ai une bite
et deux couilles, c’est plus que vous tous » ? C’est signé Iggy. Le temps ne fait rien à
l’affaire, les clous il se refuse à rentrer dedans, éructe, gesticule, et fini par toiser la
mort parce qu’il ne s’imagine pas à la retraite. On l’avait cru perdu pour le rock après
V ses reprises de chansons françaises ou ses circonvolutions jazzy (« Après » paru en
2012 et « Free » en 2019). C’était bien mal connaître la bête. La première réponse fut un soi-disant
chant du cygne, mais en fait magistral coup de pied au cul vénéneux (« Post Pop Depression »)
asséné grâce à la collaboration de Josh Homme. Aujourd’hui, il nous balance une imparable claque
et nous épingle tous, losers, branleurs, couilles molles, moutons, pigeons, nantis. Mais loin de jouer
les êtres supérieurs, il se montre aussi malicieux et érudit qu’il peut être lubrique et impertinent,
ne cachant ni les addictions, ni l’égo, ni un amour un peu béat pour Miami, sa nouvelle maison.
Échevelé pourrait-on dire, comme une cohérence musicale que l’album ne cherche jamais à
trouver. C’est que le producteur Andrew Watt a bien compris que le chanteur voulait du plaisir avant
IGGY POP tout. Même si la palette musicale a un petite quelque chose d’Iggy collection, entouré de ferrailleurs
Every Loser de choix, l’iguane traverses les styles avec autant de sérieux que de désinvolture. Sauvagement
Warner Music stoogiens Chad Smith (Red Hot Chili Peppers) et Duff McKagan (Guns N’Roses) ouvrent les feux
sur « Frenzy » alors qu’ils se la jouent pop sur « New Atlantis » et métalleux sur « Modern Day Rip
Off ». Josh Klinghoffer (ex-Red Hot Chili Peppers) est vénéneux sur « Strung Out Johnny », tandis
que Travis Baker (Blink-182) soumet « Neo Punk » au feu rythmique rendant Iggy hilare. Avec le tranchant sec et brillant de Stone
Gossard (Pearl Jam) l’album frise les sommets sur « All the Way Down ». Et ne redescend qu’une fois que le regretté Taylor Hawkins
(Foo Fighters) a apporté sa roublardise rock à « Comment » et « The Regency », où il croise deux ex-Jane’s Addiction, Eric Avery et Dave
Navarro. Râleur, crooner, brailleur, Iggy a 75 ans, et alors ? [YP]
www.everyloser.iggypop.com
28 DAILY ROCK • #149 • FÉVRIER 2023

