Tomahawk -Tonic Immobility

Ce disque aurait été parfait si le groupe s’était appelé Dead Cross.
Je résume pour ceux du fond.
Parmi les innombrables projets de Mike Patton, les Big 4 sont Faith No More, Mr Bungle, Fantômas et Tomahawk. Un petit dernier est apparu en 2015, Dead Cross qui sort son unique album de punk hardcore en 2017. Le groupe jouera aux Docks un set bien court l’année suivante. C’était pas mal, bien bourrin et m’a permis de me remettre au stage dive malgré un public plutôt clairsemé.
Le hic, c’est que ce petit projet formé avec Dave Lombardo quand même, semblerait avoir infusé dans tout ce que Patton a fait de notoire par la suite.
Pour preuve le remake de la première démo datant de 1986 de Mr Bungle, du thrash virtuose au casting de luxe. J’avais exprimé dans ces pages mon léger désappointement il y a quelques mois lors de sa sortie.
Fan de bizarreries et d’ambiances en demi-teintes, j’espérais plutôt un vrai successeur à leur chef-d’œuvre de 1999, ‘California’.
Ici, rebelote avec Tomahawk.
Dead Cross, son groupe le moins passionnant, a vampirisé ‘Tonic Immobility’.
Ma théorie est que sa midlife crisis, c’est maintenant que l’ami Mike se la fait.
A en juger par ses coupes de douilles impossibles et la musique qu’il aide à créer, le potard en permanence à 11.
Dommage quand on a ici la chance de collaborer avec des pointures comme Duane Denison (The Jesus Lizard), John Stanier (Helmet) et Trevor Dunn (Mr Bungle, Fantômas).
Les quatre premiers albums étaient chronologiquement superbes avec des chansons puissantes mais subtiles (‘101 North’, ‘God hates a coward’), de l’électro-rock de nuit (‘Captain Midnight’), des ballades cruelles en espagnol (‘Desastre Natural’), des hymnes amérindiens conquérants (‘Crow Dance’) et des slows vénéneux comme ‘Sweet smell of success’ ou ‘Cradle Song’.
Sur ‘Tonic Immobility’, c’est un peu le rouleau compresseur qui prime ; même la voix de Patton semble plate par moments.
Le titre Howlie’, qui pourtant pris isolément surclasse la production actuelle, représente l’épitomé du problème, des couplets souvent fantastiques viciés par des refrains vocalement en force.
Attention, l’album n’est pas mauvais, loin s’en faut.
Duane Denison, l’éminence grise du groupe, fondateur et compositeur principal a réussi avec ses complices à trousser des thèmes accrocheurs et surprenants mais la plupart semblent suivre ce même schéma : Début mid tempo éthéré puis ça part en hardcore ou mathcore avec une voix moins incarnée que d’habitude.
Le sens de l’album et même son double sens.
La ”tonic immobility” désigne ce moment de paralysie lorsque face à un danger on ne sait plus trop quoi faire.
Tomahawk s’est-il mis trop de pression pour sortir ses chansons au point d’en faire et refaire de trop similaires ?
Ou est-ce un clin d’œil à la thanatose, cette catalepsie simulée. Lorsqu’un animal chassé feint d’être mort pour pouvoir ensuite mieux s’enfuir ou au contraire mordre.
J’ai envie de croire que c’est cette deuxième possibilité qu’a tenté Tomahawk et que derrière les salves automatiques se cachent pour un peu plus tard des chinoiseries alambiquées mélodieuses.
Là va mon goût personnel et c’est ce que constatait Duane Denison lors de notre entretien, sur ‘Tonic Immobility’ j’aime bien quand Black Flag rencontre Franck Zappa (‘Scavengers & Predators’), le crooning échevelé de ‘Tatoo Zero’, le flashback de Fatback, mais aussi les nappes évaporées d’’Eureka’ (comme la ville natale de Patton ou Archimède, j’ai oublié de demander). Ma préférée ‘Sidewinder’ reflète le mieux le titre oxymore du titre de l’album, du calme et de la colère. Ainsi qu’une forme de désabusement.
Si d’aventure, Tomahawk pouvait passer par la Suisse lors de la tournée de leur vingtième anniversaire, réservez vos places, même si cet album n’est pas le plus abouti, le set sera suffisamment panaché pour vivre un concert ahurissant.

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Note : 3,5/5

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