NASHVILLE PUSSY – Gronde et Ronronne

C’est juste avant leur concert du soir à l’Undertown de Meyrin que Ruyter Suys, la guitariste et chanteuse de Nashville Pussy accorde la seule interview du jour à Daily Rock et vient gentiment boire un café avec votre serviteur pour discuter ouvertement de tout et de rien.

Vous êtes en tournée en Europe depuis plus de deux mois maintenant, et vous jouez ce soir à l’Undertown, comment se passe la tournée ?

Ruyter Suys : Je dirais exceptionnellement bien jusqu’à maintenant et c’est d’ailleurs la troisième fois qu’on vient en Suisse en deux mois.

Vous étiez d’ailleurs à Corn’Rock ?


Oui et c’était absolument incroyable et un des meilleurs concerts de la tournée, tellement beau dans les rochers et le soir quand ils illuminent on aurait dit une sculpture, les gens étaient fantastiques, vraiment surprise par tout ça !

Qu’est-ce que vous aimez quand vous jouez dans un plus petit lieu comme ce soir (NDLR : 200 personnes) ?

Le public est enthousiaste, mais il n’y a pas de grande différence entre un petit lieu et un gros concert, c’est un peu la même chose même si c’est plus ‘fun’ de se déplacer sur une grande scène ; les petits clubs sont aussi très sympas, ça dépend bien-sûr du public, mais on a toujours du plaisir, c’est le même show à l’intérieur et en extérieur. Et c’est bien si on a une température agréable dans une salle car on a eu des soirées ‘fucking hot’, ce qui est toujours un challenge pour mener à bien le spectacle, avec la sueur et les guitares qui en sont couvertes… Ce soir ce devrait être bien avec aussi plein de gens enthousiastes, ça devrait être un bon show. Hier soir on était à Martigny pour la troisième fois (NDLR : Sunset Bar, 115 spectateurs maximum), c’est toujours vraiment top, c’est tellement petit mais tellement fun, les propriétaires sont très gentils, c’est difficile de dire non à une telle demande et on commence même à connaître le chat de l’hôtel. C’est comme une réunion de famille quand on retourne à Martigny !

Est-ce que vous avez connu des moments particuliers ou meilleurs moments sur ce tour ?

Sweden Rock, était vraiment impressionnant ; nous jouions à minuit, c’est comme si on avait raté la fête mais qu’on se pointait quand-même ! Il y avait encore tellement de gens, même les allées du festival étaient encore complètement pleines (NDLR : plus de 30.000 spectateurs), le reste du tour est un peu flou tellement tout s’est enchaîné, sinon le Petit Bain à Paris, sur un bateau, les spectateurs étaient complètement dingues. Et l’Allemagne s’est aussi bien passée, je pense que les gens sont contents d’être de nouveau de sortie.

Vous arrivez gentiment à la fin de cette tournée (41/46 concerts), ensuite vous avez prévu l’Australie cet été puis retour aux USA ?

L’Australie a été annulée ! Dommage, on adore jouer là-bas, c’est très sympa ; ensuite en octobre on retourne aux USA et on va faire la première partie de Toadies, qui sont vraiment célèbres là-bas, ça veut dire des salles de 1.500 personnes au moins ; c’est sympa et plus facile pour nous de ne pas être la tête d’affiche et aussi voir des gens qui voient Nashville Pussy pour la première fois, se posent des questions pendant les trois premières chansons puis se disent ‘’Oh Wow ! On en veut plus’’.

Et pendant l’été, d’autres plans, festivals ?

Non. Blaine mon mari (NDLR : le chanteur de Nashville Pussy) part en tournée avec son autre groupe Nine Pound Hammer dès que celle-ci se termine ; le lendemain de Barcelona Rocks, il prend l’avion pour la Norvège et retrouve les autres membres du groupe venant du Kentucky pour le premier concert, puis ils s’envolent vers Berlin pour la suite, quant à moi, je prends le bus avec le gars du merchandising et l’ingénieur son et on roule jusqu’à Berlin pour les rejoindre puis je fais la guitar tech pendant les 5 prochains concerts. Nine Pound Hammer était probablement mon groupe préféré, c’est pourquoi j’ai épousé le gars, mais je n’ai jamais pu les voir jouer, donc ce sera sympa pour moi; puis on va à Hambourg, Belgique, Hollande…Et ensuite je prends une ‘’Fucking Vacation’’ ! Et on reprend en automne, après une tournée de deux mois qui précédait les deux ans passés sur le sofa.

Et ensuite après la fin de l’année, vous travaillerez peut-être sur du nouveau matériel ?

On n’a pas vraiment de nouveau matériel, mais on travaille dessus, petit à petit : pendant les shows on a deux sections qui n’ont pas de script et qu’on utilise pour jamer un peu, pour écrire des choses en live, l’ingénieur du son l’enregistre pour que l’on puisse ensuite le réécouter et voir si l’on a écrit quelque chose d’intéressant. Et peut-être que l’an prochain ce serait sympa de mettre ça sur un disque, car ça fait quelques années qu’on n’en a pas sorti à part un album live cette année (NDLR : ‘Eaten Alive’, sorti en janvier 2022). On va peut-être un peu enregistrer sur un projet parallèle cet été, puis éventuellement faire un album de reprises en récupérant des anciens membres du groupe.

Et comment se sont passé les deux dernières années ?
Intéressantes, j’ai creusé plein de trous !  On a été sur la route depuis vingt-six ans, sans jamais être à la maison plus de six mois à la suite ; être forcés de rester chez soi a été magnifique. J’ai vu mon jardin à travers les saisons pour la première fois, je ne savais pas que tel arbre dans le jardin avait de superbes fleurs en janvier et celui d’à côté des fleurs roses en avril, c’était glorieux, chaque mois est différent et on ne savait pas car on n’est jamais à la maison ! ‘’We’re never fucking home and I never could see the shit’’. Je ne savais même pas que j’avais un rhododendron avec des fleurs géantes à l’arrière du jardin et pourtant on habite dans cette maison près d’Atlanta depuis six ans. On a aussi appris à connaître nos voisins, on était à la maison avec le chat tous les jours, on a la chance d’avoir un grand terrain aussi et j’y travaillais huit heures par jour, c’était ma thérapie, ma gymnastique et je n’ai jamais été blasée. Blaine (NDLR : le chanteur-mari) a écrit des chansons pour Nine Pound Hammer, mais pas moi. J’ai fait un break et du jardinage, j’ai eu tellement de plaisir. J’ai même fait du fucking yoga !

Et en plus, les deux, on a presque arrêté de picoler, on avait une bouteille de Jack non ouverte pendant un certain temps à la maison, tout le contraire de quand on était en tournée ! Je déteste le dire, mais ça nous a fait du bien et on a eu un grand moment où on s’est dit ‘’It was Fucking needed’’. On n’était jamais revenus à la maison pour une année, il faut dire que c’est sur la route que l’on gagne notre vie ; c’était difficile mais vraiment bien. Je suis d’ailleurs enfant unique et j’ai l’habitude de m’occuper toute seule, donc à la maison je ne me suis jamais ennuyée, il y avait toujours quelque chose à faire.

Et comment est-ce que vous planifiez un tel tour ?
Cette fois a été différente des autres fois car tout avait été booké il y a trois ans et tout a changé, certains lieux ont même disparu. Normalement tu commences une tournée en organisant trois à quatre shows importants et qui paient bien et ensuite tu organises ce qui vient entre, mais là les big show ont disparu et c’est eux qui finançaient la tournée. C’est difficile d’aller dans des clubs l’été, car les gens n’y vont pas à cette période, donc on a dû tourner dans tous ces petits endroits et faire des choses dingues ! Une heure après être sortis de scène à Sweden Rock, on a dû rouler douze heures non-stop et mille kilomètres pour aller au concert suivant et tout de suite retourner sur scène. Je ne le referais plus, mais tu trouves l’énergie de nouveau, tu ne peux pas ne pas le faire, comme un chien bien dressé, tu entends le premier son et tu y vas, comme une rock machine folle, tu te focalises là-dessus et disparais pour une heure et demi puis redescends sur terre.

Et pour finir, quelque chose à dire à nos lecteurs Suisses ?

Les gars, vous avez été géniaux, ce tour a été fantastique, le passage de la frontière a été parfait (NDLR : leur hôtel pour le show de Meyrin était en France voisine), pas de soucis et ça rend la vie des musiciens plus facile qu’il n’y ait pas de contrôle, car pendant cette tournée on est passé par le Royaume-Uni, avec le Brexit c’était ‘’No Fucking Fun and Bullshit’’ pour passer la douane avec tous les papiers et les règles, rendant les choses très difficiles pour les musiciens, donc j’étais contente que votre frontière soit plus souple. En plus le temps est beau, la nourriture très bonne, on reviendra. [Jean-David Jequier]

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