Madrugada – Renaissance tout en naturel

Suite au décès subit de son guitariste Robert S. Burås en 2007, Madrugada avait tiré la prise après la publication d’un album posthume. Et rien ne laissait augurer que le combo norvégien de rock alternatif, porté par la voix profonde et vibrante de Sivert Høyem, oserait retrouver le chemin des studios. C’est en décidant de partir en 2019 pour une tournée célébrant les 20 ans de son premier album que l’idée a petit à petit fait son chemin. Le chanteur revient sur cette nouvelle aventure et un album que les musiciens défendront sur scène à Fri-Son en mars.

Près de quinze ans après le décès de Robert S. Burås et la parution en 2008 de ‘’Madrugada’’, il était difficile d’imaginer qu’il serait possible de réentendre un jour le groupe en studio. Quand avez-vous senti que le moment était venu de ressusciter Madrugada ?

Je te confirme qu’aucun des membres du groupe n’avait jamais imaginé que ça allait se produire. Et pourtant avec cette tournée de retrouvailles, tout a repris doucement vie, nous voulions que cela continue un peu plus longtemps. Le sentiment que de cela devait naître une nouvelle musique a fini par s’imposer. Il faut avouer que quand tu as une guitare en main, tu ne peux t’empêcher de jammer, et nous avons joué de nouvelles choses durant les répétitions dès le début de la tournée. Cela s’est fait tout naturellement.

Le souvenir de Robert a-t-il évolué dans vos esprits pendant les deux dernières années, période durant laquelle anciens membres et nouveaux guitaristes avez vécu ensemble ?

C’est évident, nous avons toujours Robert à l’esprit et, au début de la tournée, son nom a été mentionné à de nombreuses reprises, les guitaristes voulaient savoir comment il jouait. Mais cela montrait que c’était bien de se retrouver et de revenir à la musique. Il faut évidemment se rappeler que le groupe s’est arrêté brusquement à sa mort, une fin tragique pour nous tous. On a perdu notre meilleur ami, notre groupe. Ce qui a été bénéfique, c’est de se retrouver avec les deux autres membres fondateurs, Jon Lauvland Pettersen et Frode Jacobsen, et de revivre la musique qu’on avait faite ensemble. Il y a tant de choses que l’on a accomplies ensemble qui valaient la peine qu’on s’en souvienne, pas seulement de la façon tragique dont ça s’est terminé. Cela a été une motivation pour en faire quelque chose de positif.

Au moment de faire cet interview, seules trois chansons du nouvel album sont disponibles, mais ‘’Nobody Loves You Like I Do’’ propose une approche différente de la plupart de vos travaux précédents, avec un piano très présent. Est-ce une façon de déplacer votre cadre musical pour évoluer ?

Il était assez naturel de trouver de l’espace autour de quelques accords de piano, les deux guitaristes qui nous accompagnent sont de brillants claviéristes. Je pense que le format du groupe n’est pas si strict que ce que l’on pourrait croire. Il y a de l’espace autour des voix et des guitares, il y a bien un son Madrugada, mais aussi beaucoup d’autres choses plus orchestrées.

 ‘’Chimes at Midnight’’ sera-t-il un album tourné vers l’énergie comme ‘’The Deep End’’ ou plutôt sombre et introspectif comme ‘’Industrial Silence’’ ?

Pas plein d’énergie, plutôt énergique. Il y a des titres rock, un peu plus sombres, et c’est très mélodique, orienté chanson. Une sorte de songwriting étoffé par le son d’un groupe. Il a bien ces sortes d’ambiances que ‘’Industrial Silence’’ avait plus que les autres, c’est un album très chaleureux, qui était marqué par notre innocence de l’époque, j’étais très amoureux pour la première fois de ma vie, pour de vrai.

Quelle a alors été ta source inspiration cette fois ?

L’esprit est un peu le même, j’ai essayé de procéder comme j’avais l’habitude de le faire à l’époque, en jouant simplement la chanson, en trouvant le mot le plus musical qui te vient à l’esprit. C’est tout le mystère, je ne sais même pas pourquoi certains mots me viennent à l’esprit. La principale différence est la maturité, nous sommes tous pères de famille. J’essaie de refléter ça aussi dans la musique, sans tomber dans le quotidien. C’est une vie bien différente et c’est juste très bizarre comment cela colle avec mon autre vie de musicien. J’aime me rendre compte que ça se ressent dans mes chansons.

Robert était-il présent dans ton esprit au moment de l’écriture ?

Je ne pense pas qu’il soit particulièrement présent dans les paroles, mais en quelque sorte son esprit musical était avec nous. L’avoir connu, avoir expérimenté l’énergie qu’il dégageait en tant que personne, en tant que musicien, c’est quelque chose d’extrêmement précieux. Je ne suis pas sûr qu’il apparaisse directement dans les paroles, mais il se peut que cela ce soit fait sans que j’en fasse un choix conscient.

Madrugada a enregistré un premier titre ‘’Half-light’’ pour la B.O. du film ‘’Amundsen’’, en 2019. Cette chanson a-t-elle permis de vous faire comprendre qu’il était possible d’enregistrer à nouveau?

Pas vraiment. C’était juste une opportunité qui s’est présentée. Nous nous préparions à partir en tournée fin 2018. L’enregistrement de cette chanson a été extrêmement chaotique, donc si quelque chose nous a rendus un peu plus enclins à ramener Madrugada en studio, ce n’est certainement pas ça. Non, c’est surtout à un autre musicien, Rob McVey, que je dois l’étincelle. Je l’ai vu jouer avec Marianne Faithfull, et j’ai été frappé par la qualité de son jeu, sa passion. C’est un type très différent de Robert, mais avec la même confiance, et il fait sonner la guitare de façon énorme, explosive. Après le concert, j’ai été invité à boire des bières avec le groupe, et j’ai discuté avec ce type, et par la suite nous avons fini par monter un groupe ensemble, Paradise. Cette expérience a été une forte source d’inspiration, m’a rappelé les qualités de Madrugada, de mon chant, de mon écriture. C’est vraiment Rob qui a redonné une nouvelle perspective à ma musique ces dernières années.

En ce moment, je peux bien imaginer que vous répétez pour la tournée à venir. Comment se passe l’alchimie entre les nouvelles chansons et les anciennes ?

Nous essayons de ne pas charger le set avec trop de nouvelles chansons, mais bien sûr, il est logique de présenter le nouvel album. Nous essayons de trouver le bon équilibre. Nous avons toujours travaillé de manière particulière sur la façon dont notre set est construit. Nous voulons être très dramatiques, pour trouver la bonne façon d’atteindre les gens. Donc c’est toujours un peu frustrant d’essayer d’y arriver, mais je pense qu’on y parvient toujours à la fin, ça prend juste beaucoup de temps parce qu’on ne veut pas juste jouer une chanson après l’autre, ça doit devenir comme une sorte voyage. [Yves Peyrollaz]

FICHE CD
Nom de l’album : Chimes at Midnight
Label Warner
Note 4/5

madrugada.no

En concert à Fri-Son, Fribourg, le 22.03.2022

Related Posts