EDITORS- EBM

Depuis 2010 et l’album « In This Light And On This Evening » on savait que Editors avait une garde-robe à géométrie variable. D’un côté de l’armoire la panoplie rock avec guitares et clavier que le groupe portait depuis ses débuts, de l’autre les machines électro revêtues sur cet album charnière. Restait en commun une influence, une tonalité sombre, la new-wave des années huitante. Si après ce disque la formation semblait en panne d’inspiration, s’attifant souvent de fringues quelconques, à tendance rock sans fards, l’arrivée de « Violence » voici quatre ans, avec ce choix de ne plus privilégier une tenue uniforme, avait permis de reprendre espoir, la fusion des deux modes ayant pris un captivant aspect aventureux.

Aujourd’hui pourtant, avec l’arrivée au sein du groupe de Mister Benjamin John Power, alias Blanck Mass, arrangeur et grand prêtre de l’électro, le choix est pourtant radical, la porte rock sans chichis de la penderie reste bel et bien fermée. Pour apprécier ces neuf nouveaux titres il faut donc faire une cure dans notre collection de dépêches modes pour en apprécier la nouvelle vague.

Et ça commence plutôt fort avec le single « Heart Attack », ses rythmiques martiales, ses effluves de jungle, sa mélodie fine et ce message inquiétant, parlant d’un amour si inclusif qu’en cas de rupture il serait source d’attaque cardiaque. La suite sera presque menée tout du long sur un tempo aussi soutenu, les variations s’opérant autour des textures et matières choisies pour la coupe. Certaines fois très dancefloor, tout en pulsations et lignes serrées (« Strawberry Lemonade »), d’autres fois osant carrément les paillettes disco (« Vibe »).

Souvent juste dans les mélodies du chanteur Tom Smith, le groupe s’enlise en revanche parfois dans des choix discutables d’instrumentation à la limite du mauvais goût, ou disons plutôt un peu ringardes pour nos petits cœurs de rockers (« Kiss », « Educate »), et surtout lassantes, quand on sait que ces titres durent sept minutes. Dommage parce que l’on sent bien qu’avec la présence de Blanck Mass, Editors a trouvés des réponses à des questions musicales qu’il ne pouvait pas élucider seul, à l’image de « Silence », de son tempo ralenti et de son travail vocal colossal tout en tessitures opposées, ou à l’image aussi de « Strange Intimacy » qui clôt l’album sur un beat lourd, monomaniaque et oppressant.

Difficile de dire si à l’avenir le combo va rouvrir la porte à ses guitares ou va se suspendre définitivement à son ceintre discoïde. Peut-être que les lives de Lausanne et de Zurich apporteront une réponse.

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Note : 3.5/5

En concert: 16.10.22 Les Docks, Lausanne – 19.10.22 Volkshaus, Zürich

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