Voilà douze mois que le premier méfait de Zeal & Ardor a ébranlé la sphère musicale. Son alliage (d)osé de sonorités métalliques et de chants d’esclaves, serti de bruits de chaînes, a ouvert le champ des possibilités. Son mentor, qui peine à se dévoiler, jette un coup d’œil dans le rétro.


 

Dans le livret qui accompagne le CD, aucun nom, aucune indication. Vous aimez cultiver un certain mystère?

Manuel Gagneux: Ce n’était pas pour entourer l’album de mystère, mais plutôt pour mettre la musique en avant. Je trouve cool que même le nom des musiciens n’y soient pas mentionnés (rires). C’était bien mon intention, mais je ne savais pas que le label avait joué le jeu (il regarde l’intérieur de l’album, paraissant étonné).

Alors qui es-tu?

Je m’appelle Manuel Gagneux et j’ai grandi en Suisse, à Bâle. Mon père vient de Bâle et ma mère de New York. J’ai vécu quatre ans à New York avant de revenir m’établir en Suisse il y a deux ans, car mon groupe vient d’ici. Je connais mes musiciens depuis longtemps. Ce sont mes amis, ce qui est très important quand on passe autant de temps ensemble, notamment sur la route.

Est-il plus facile de bâtir ta carrière depuis la Suisse?

La moitié de nos fans vient des Etats-Unis et moins de dix pour cent de Suisse. Mais grâce à Internet, tout est décentralisé. Le lieu où tu vis devient donc relativement peu important, car ta musique est accessible à tous, partout. La Suisse est imprégnée d’une culture pop internationale. Les gens ont de la peine à s’intéresser aux groupes suisses, ils font preuve de peu d’introspection. Nous commençons à avoir une certaine base de fans, mais surtout parce que nous avons fait parler de nous à l’étranger. Cela n’a pas toujours été le cas: Celtic Frost, Yello ou les Young Gods ont été immensément populaires en Suisse. Mais de nos jours, la situation a changé.

Comment juges-tu ton parcours avec un recul d’une année?

Beaucoup de choses se sont passées dans un laps de temps très court. Je n’ai même pas eu le temps de faire une rétrospective. Je ne réalise que maintenant tout ce qui s’est passé. Cette année a été turbulente et irréelle. Un deuxième album est prévu en 2018, sans aucune date de sortie précise. Je ne souhaite pas qu’il sorte trop vite. Nous avons davantage de budget pour cet album et je veux qu’il sonne de manière professionnelle. C’est pourquoi nous ferons appel à un producteur.

Nergal, de Behemoth, a sorti sous le nom de Me And That Man un projet similaire au tien.

Je trouve sa démarche fantastique. J’aime beaucoup Behemoth. Nergal a osé quelque chose d’audacieux et paradoxal, tout à fait authentique. Cela prouve que personne n’écoute un seul genre musical exclusivement.

Est-il vrai que vous allez vous produire dans l’Eglise de Satan à Los Angeles?

Il est prévu que nous nous y produisions cette année. Nous y avons été invités par le biais de Facebook.

 

A quel point le côté satanique du groupe est-il sérieux? N’est-ce juste qu’une question d’image ou y a-t-il une vraie démarche spirituelle?

Pour moi personnellement, c’est une question très sérieuse. Je l’aborde d’un côté plus philosophique que spirituel. Je suis attiré par le néo-satanisme. Il s’agit davantage de développement personnel, d’affirmation de soi. Je ne suis pas d’accord avec certains postulats du satanisme, comme le slogan ‘pas de pitié pour les faibles.’ Je me pose simplement une question: que ce serait-il passé si les esclaves noirs avaient adhéré au satanisme plutôt qu’au christianisme, qui a un côté trop fataliste? S’ils s’étaient rebellés au lieu de se soumettre? Mon projet se décrit comme une fiction alternative à l’histoire. Zeal & Ardor, comme Ghost, c’est avant tout une question de rébellion.   [PV]

www.zealandardor.com

Fiche CD

Nom de l’album : ‘Devil Is Fine’

Label : Radicalis

Note : 4/5

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