Tu le sais bien, attentif lecteur, ce n’est pas la première fois dans ces pages qu’on essaie de te détourner des traditionnels jeux de société que tu as de toute façon envoyé caler une porte il y a bien longtemps. Oui, seulement voilà, ce coup-ci, on te réserve un gros morceau…

Il suffit de jeter un œil aux nombre de parutions annuelles, les jeux de plateau ont la cote parmi toute une génération d’adulescents qui ne sait plus comment meubler son temps libre depuis qu’on ne parvient plus à l’avilir devant le divertissement linéaire télévisuel. Des party games les plus simples, tels Cards ‘l’humour-incisif-pour-les-nuls’ Against Humanity aux pharaoniques parties de Civilization, c’est tout un public qui a compris qu’il s’était fait enfler à la douce époque Monopoly. Les thématiques les plus originales et les systèmes de règles les plus novateurs rivalisent à présent d’ingéniosité sur les étals pour tenter à qui mieux mieux de faire asseoir des adultes avec un appart, un job, voire même une famille autour d’une table pour jouer pendant des heures avec des bouts de cartons.

Cette nouvelle vague initiée dans les années 90 a elle aussi ses classiques, remis périodiquement au goût du jour et devenant progressivement indéboulonnables dans toute ludothèque qui se respecte. Celui dont ton serviteur à choisi de te parler aujourd’hui, c’est un peu le pinacle du boardgame à l’américaine. C’est le jeu dont on ose à peine murmurer le nom, un monstre de plusieurs kilos dont la complexité réelle ou fantasmée fait fuir les uns à toutes jambes et plonge les autres dans un état de frénésie à peine contenue : Twilight Imperium.

Sortie aux States à la fin de l’année dernière, sa quatrième itération est une bonne occasion de passer au delà de la hype pour gamer et de t’attaquer de front à celui qui a acquis le titre très prisé de ‘jeu le plus velu de l’histoire’. TI4, pour les intimes, c’est l’apothéose d’une formule qui a rendu taré, soirées après soirée, les plus geeks d’entre nous et qu’on aurait bichonné et perfectionné jusqu’au vice.

On te trace rapidement le contexte ; 17 civilisations s’affrontent, dans une galaxie qui occupera allégrement toute ta table à manger, pour être celle qui rétablira l’Empire galactique déchu et saisira l’ancienne capitale de Mecatol Rex afin d’y installer son gros trône bien badass (non, aucun rapport avec un fauteuil en ferraille bien connu). Prévois la journée, parce que mine de rien, dépasser les huit heures pour une partie n’a rien de rare.

Toi et tes potes assez tarés pour te suivre dans cette aventure devrez vous étendre, à partir de votre système d’origine et essaimer sur toute la galaxie. Vos première planètes vous fourniront les ressources nécessaires pour vous constituer une flotte digne de ce nom, développer de nouvelles technologies, acquérir de l’influence et atteindre avant les autres le seuil fatidique des 10 points de victoire, symbole de la conquête impériale qui s’obtiendra de haute lutte en remplissant divers objectifs assignés par le jeu.

Tu l’auras deviné, ça fleure bon la baston interstellaire à tous les étages. Il convient toutefois de ne pas résumer le jeu à une intense foire d’empoigne intergalactique. Alors oui, il va y avoir des briques, oui, faire feu sur la flotte d’un pote un peu à la bourre avec ton War Sun (sorte d’étoile de la mort qui ne demande pas de verser des royalties à Mickey) a un petit goût perfide et bien agréable en bouche, mais TI, c’est beaucoup plus que ça.

Comme beaucoup de choses en ce bas monde, une partie de Twilight Imperium, c’est avant tout politique. Le système est conçu, dès ses fondations, pour favoriser les actions non belliqueuses. Le commerce, par exemple, sera une source non négligeable de commodités pour peu que tu puisses te retenir de systématiquement pourrir la gueule de ton voisin le plus proche. Les alliances de circonstances seront légions, et les lois et décrets votés par le conseil galactique modifieront radicalement les options offertes à tous les protagonistes.

Tu pourras même gagner la partie sans jamais te retrouver un guerre ouverte avec qui que ce soit pour peu que tu sois suffisamment fourbe pour mener à bien tes objectifs de façon détournée. Oui, parce que malgré le pouvoir de l’amour et de l’amitié, une fois venu le moment de compter les points, c’est chacun pour sa gueule, faut pas déconner non plus. Les scores étant publics, rester durablement en tête est le plus sûr moyen pour te dessiner une attirante cible sur le torse, et mieux vaudra parfois faire profil bas sous peine de te retrouver avec l’ensemble de la table au cul pour démanteler ta flotte.

Tu l’auras compris au ton de cet article, on est déjà conquis et emballés. Tel que le jeu est présenté, tout en robe de carton coloré et de figurines de centaines de vaisseaux, on pourrait croire à une activité enfantine, mais la puissance du thème, le soin apporté à l’ambiance et au design et la profondeur des possibilités offertes sont un véritable générateur de situations mémorables. Prépare-toi à haïr tes amis pour un coup de poignard dans le dos bien senti, à flipper comme un porc en voyant l’un d’entre eux prendre de l’avance au score pendant que tu galères à assembler une armée digne de ce nom, ou à jubiler comme un petit vicelard en déclenchant le mouvement qui te fera remporter la mise alors qu’on ne t’avait pas vu venir.

Twilight Imperium est une activité physique, tant par la durée titanesque que par le degré de concentration continue nécessaire à surveiller ton jeu, à ne pas omettre une règle qui fout tout ton plan génial par terre ou simplement, à ne pas laisser de brèche grossière dans tes défense que le premier venu se fera une joie d’exploiter lâchement. Sans compter qu’en huit heures non-stop, tu risques fort d’avoir une bière dans le nez au moment crucial, t’es humain après tout. Un un mot comme en cent, un jeu pour les connards, les vrais.

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