Samedi est décidément le jour phare du Tuska, avec le plus gros nombre d’entrées, qui en 2018 s’élève à 13’000 personnes. Les concerts ne commencent que vers 14h, ce qui nous permet de visiter un peu Helsinki, voire même de faire un petit sauna matinal, avant d’aller nous soumettre à la Force. Pas seulement la force d’attraction qui attire tous les métalleux vers l’épicentre du Tuska, mais la Force, avec un grand F, celle de Dark Vador et de son groupe sur la Helsinki Stage, Galactic Empire. On a tou.te.s déjà entendu l’une ou l’autre reprise version metal de ces musiques venues d’une galaxie fort fort lointaine, mais le groupe pousse le concept loin, avec des costumes dignes de cosplayeurs : Dark Vador à la guitare lead, Boba Fett à la batterie, Kylo Ren, ainsi qu’un garde impérial et un Stormtrooper qui, pour une fois, ne rate pas le coche ! Interprétant chaque morceau comme si c’était un de leurs propres tubes, le groupe passe de La Cantina au Duel Of The Fates sans sourciller. Techniquement, ce n’est pas mal du tout, c’est plus que de simples power chords et blast beats ; du coup, on reste jusqu’à la fin avec plaisir en se gaussant lors des quelques mises en scène (étoile de la mort gonflable et sabres laser dans le public, Kylo Ren qui fait le kéké devant papy Vador et bien sûr un traître étouffé par la Force sur scène). Le set se termine sur un medley des plus grands classiques de Star Wars qui ravit les nombreux fans présents. En bref : vraiment divertissant et parfait pour 45 minutes ; au-delà de ça, ce serait probablement l’overdose !

Après cette entrée en matière originale, on opte pour une bière, tout en regardant de loin la nouvelle sensation excessivement poussée en avant par Nuclear Blast, Beast in Black. Après son éviction de Battle Beast en 2015, Anton Kabanen a fondé Beast in Black, clairement dans l’idée d’aller chasser sur les mêmes terres, avec un groupe qui paraît copie conforme. Si on peut regretter ce point, il faut en revanche reconnaître la maîtrise et le coffre que dégage Yannis Papadopoulos, le chanteur. Il projette avec aise très haut dans les tours, plutôt impressionnant ! Quoiqu’il en soit, du bon heavy/power bien catchy, plein d’énergie et avec une belle maîtrise technique, pour ceux qui apprécient le genre.

The 69 Eyes offre de son côté une prestation plus posée, classique pour du sleaze rock – style qui perdure tranquillement en Finlande et qui y a son lot de fan. Le chanteur se dandine nonchalamment, avec la chemise ouverte jusqu’au nombril, mais malheureusement pas le temps de lambiner plus longtemps devant leur concert pour nous : les trublions de Mokoma s’apprêtent à monter sur la grande scène.

Dans un tout autre genre, mais tout aussi finlandais, Mokoma entame son set avec une intro très folk, à la limite de la polka, mais très vite, leur thrash/heavy en finnois reprend ses droits. Le groupe semble attendu par le public, qui anime le set de nombreux sing along et d’un pit particulièrement mixte et actif. Le frontman Marko Annala le leur rend bien et c’est un plaisir que de voir sa chevelure grisonnante se secouer comme si leur metal brut était du funk !

Cette journée sera l’occasion d’un autre événement bien finlandais dans le genre : le final de la campagne « Capital of Metal » (et bien oui, si la Finlande est le pays du metal, il fallait bien en définir la capitale), qui a vu la petite ville de Lemi recevoir le titre, des mains même de Meira Pappi, le ministre des affaires étrangères, en direct de la main stage ! On voit mal Ignazio Cassis faire de même ! Voilà pour la parenthèse politique.

Reprenons les choses sérieuses ! C’est au tour de Carpenter Brut, avec son synthwave assez unique sur ce line-up 2018 , d’investir la Helsinki stage. Peu d’info filtrent sur cet artiste dont on sait au mieux l’origine française. C’est donc la musique qui prime et qui ce jour-là s’exprime dans un cadre assez sobre. Le trio batterie/guitare/synthé mène la cadence avec un jeu de light minimal et un grand écran en backdrop, des passages très rock/metal en alternance avec d’autres très électro, mais bien équilibré dans l’ensemble, le tout devant un public plutôt réceptif, qui peut avoir l’impression, après Star Wars metal, d’écouter maintenant Blade Runner sous stéroïdes. Sans engager d’échanges avec le public, les morceaux et les ambiances s’enchaînent, avec le chanteur d’Hexvessel, Mat McNerney, sur Beware the Beast et un final complétement assumé avec la reprise de Maniac de Michael Sembello. Le contraste avec la performance d’Ice-T hier soir n’aurait pu être plus marqué !

Après cette parenthèse dansante, qui apporte son vent de fraîcheur, nous changeons encore une fois complétement d’ambiance avec l’arrivée d’une des légendes de la scène black metal : Emperor. Au t-shirt-o-mètre, c’est clairement Emperor qui remporte la palme du groupe le plus attendu ce samedi, devant Kreator et Gojira, la tête d’affiche. Leur dernière sortie date de 2001, mais les fans sont encore bel et bien là. Cela dit, avec le temps, les prestations se font moins black et plus propres, scéniquement et phoniquement, ce qui permet d’apprécier d’autant plus les mélodies, par exemple sur I Am The Black Wizards. Pour notre part, nous avons opté de profiter du concert depuis la zone « bière », à deux-cents mètres de la grande scène. Mauvaise idée ! Le vent qui ne nous quittera jamais franchement fait des siennes, tant et si bien que le son va et vient, sapant complétement la moitié de la prestation des Norvégiens.

Logiquement, il nous a fallu après ça nous réchauffer et manquer le concert d’Hallatar, à propos duquel nous avons reçu d’excellents échos. Hallatar est le dernier né (2016) de la scène doom/death finlandaise, sorte de super-groupe mené par Juha Raivio, guitariste de Swallow the Sun, Gas Lipstick, ex-HIM, et de Tomi Joutsen d’Amorphis au chant, rien que ça ! Avis aux intéressés. Attention, le show est à la limite du dépressif, parsemé d’hommages à la chanteuse et femme, malheureusement décédée, de Juha Raivio.

Impossible en revanche de rater Kreator tant leur set et leur prod’ est imposante. Le set démarre sur le morceau éponyme de leur album de 2012, Phantom Antichrist, avec une pluie de confettis qui ne tardent pas, poussés par le vent, à envahir tout le festival et tomber comme de la neige sur Helsinki en plein été. Dans la même veine, leur dernier effort s’intitule Gods of Violence. Rien d’étonnant à ce que le décor de scène souligne la récurrence des propos religieux et l’annonce de l’effondrement du christianisme, avec des croix renversées à foisons et des écrans incrustés comme autant de vitraux. Pour le reste : Kreator restent les dieux teutoniques du thrash. Ça va vite et fort. Le final sur le très attendu Pleasure to Kill finit de mettre tout le monde d’accord dans le pit. Le tour de chauffe est plus qu’accompli ; Gojira va pouvoir commencer.

Mais avant ça, nous avons encore le temps pour un petit détour par At The Gates et son death qui poutre sans reprendre sa respiration, dans une ambiance épileptique qui n’a peut-être pas laissé tout le monde indemne sous la tente de la Helsinki stage. Comme toujours ici, le son est impeccable et permet d’apprécier le jeu des Suédois. Ils finiront en chantant « We love death metal », comme un hymne à l’amour dans ce monde de brutes et de nuques brisées. Cette fois, les planètes semblent bel et bien alignées pour le show de Gojira !

Pourtant, les choses ont failli mal tourner. Comme va le souligner Joe lors du set, le show de ce soir était sur la balance jusqu’au dernier moment et n’a pu être joué que grâce à la persévérance de l’équipe du festival et du crew de Gojira. La veille, deux pneus de leur camion explosent et immobilisent leur matos sur l’autoroute. Ils ne récupèrent à Helsinki que l’essentiel : les guitares, les pédales et sont forcés pour le reste de rassembler le matos manquant sur place, ce qui explique la prod’ un peu minimale pour une telle tête d’affiche. Mais avec le stress occasionné et le contexte du concert, on ne peut que rester admiratif devant la constance du groupe ! Jamais encore Gojira n’a manqué (Chiara) de m’impressionner et, bien que ce soit probablement le « moins bon » concert de Gojira qu’il m’ait été donné de voir, et bien… ça restait de l’ordre de l’excellent, tout simplement. Bien qu’il y ait peu de mise en scène, lorsque la musique se fait vertigineuse, impossible de résister !

Le show commence malheureusement avec quelques problèmes techniques, notamment du micro qui vont entacher la performance lors des trois premiers morceaux, jusqu’à Stranded. La situation retourne à la normale pour l’excellent Flying Whales, où Joe invite le pit à s’écarter encore, encore et encore jusqu’à donner le plus gros circle pit du festival. À partir de là, la machine est lancée ! Chacun avec sa présence bien particulière, Gojira tient la scène avec un jeu carré, précis, millimétré et explosif. On pardonnera même l’épisode du solo de batterie, que Mario peut se permettre grâce à son groove sans pareil. Le puissant Vacuity mettra un terme à cette prestation en demi-teinte pour des raisons techniques, mais héroïque humainement parlant. Le concert nous laisse éreinté.e.s, complétement consumé.e.s par la musique. Les dieux du rock ont décidément encore une fois été cléments avec nous.

Photos : Entropia Photography, Tuska Open Air

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Chiara Meynet & Alain Foulon