Qui pense metal, pense en général chaos, pogo, sueur et testostérone. Souvent perçue comme une musique viscérale, force est pourtant de constater que le metal sollicite tout autant l’intellect. La Modern Heavy Metal Conference en est une preuve de plus ! Organisée pour la quatrième fois consécutive à Helsinki, elle réunit chaque année une quarantaine de participant.e.s du monde entier qui, en l’espace de trois jours, vont ausculter le metal sous toutes les coutures. Après la théorie, vient la pratique, puisque cette conférence n’est qu’un prélude au Tuska Open Air, l’un des plus grands festivals de metal en Finlande et qui se tient à deux pas du centre d’Helsinki. Que demander de plus !?


En effet, la scène metal, avec ses rituels, ses identités, son esprit de cohésion, ses codes, son uniforme, son langage verbal et corporel est un sujet d’étude de plus en plus prisé par des scientifiques de tous bords. La prochaine fois que vous headbanguez furieusement devant un concert de Gojira, pensez-y : peut-être que grâce à vous un.e thésard.e est en train de gagner sa vie !

Et cet intérêt ne date pas d’hier. Ce qu’on appelle aujourd’hui les « metal studies » a débuté dans les années 80 avec les journalistes et critiques de rock, dans une veine d’abord assez critique. Le son metal, dans toute sa nouveauté et son agressivité, n’était pas bien reçu par ces vétérans d’un rock qui tache et aurait déjà tout dit. Les psychologues s’en donnent également à cœur joie pour tâcher de tirer un lien entre goût esthétique, comportements violents et penchants autodestructifs. Les critiques pleuvent également du côté de la frange conservatrice et catholique de la société américaine, du fait notamment de l’imaginaire jugé sataniste exhibé par certains groupes. Les condamnations morales ne se font pas attendre et l’apogée de cette traque aux sorcières sera ce fameux débat devant le Congrès américain en 1985 autour du « porn rock », demandé par l’association conservatrice Parents Music Resource Center, co-fondée par Tipper Gore, et qui devait définitivement condamner le heavy metal comme musique dangereuse. L’histoire en décidera autrement.

Après cette entrée en matière peu amène, la deuxième vague d’étude sera de type académique et viendra d’horizons divers. Les deux premières études de fond sur le sujet – véritables jalons de la discipline – seront Heavy Metal, the Music and its Culture de Deena Weinstein (1991) et Running with the Devil. Power, Gender and Madness in Heavy Metal Music de Robert Walser (1993). La première est de nature plus sociologique, alors que la seconde se veut plus musicologique, mais dans les deux cas, les auteurs se sont donnés pour mission de prendre le metal et ses adeptes au sérieux, pour les comprendre en leurs propres termes.

Aujourd’hui, la tendance est aux cultural studies et de plus en plus d’études de nature musicologique et ethnomusicologique voient le jour. En l’espace de plus de 30 ans, le metal est donc passé d’un objet de panique sociale à un objet d’étude en voie d’être légitime, prisé cette fois non plus par des « outsiders », mais des « insiders », que Jenkins appelle les « Aca/Fan », cette créature hybride, entre le fan et le chercheur (Jenkins, 1992). Et c’est bien d’eux dont il s’agit à cette Modern Heavy Metal Conference.

Oubliez les docteurs grisonnants, les complets et les keynotes pompeux. Ici, quasiment tous sont aussi fans de metal. Troquez plutôt les polos à l’envers sur chemises à carreaux tachées de café par des t-shirts de groupes ! La conférence elle-même s’affiche sur un t-shirt inspiré de l’univers metal, puisqu’en son dos, en lieu et place des traditionnels line-up de festival, vous y trouverez les noms des conférenciers ! C’est donc accompagné.e.s de la soundtrack du Tuska à venir que nous prenons notre premier café, avant de s’installer dans une ambiance à moitié studieuse, à moitié détendue, mais avec des personnes pleines de curiosité et de passion, pour ce qui promet d’être un « voyage au cœur de la bête ».

Un programme riche 

En l’espace de trois jours, nous allons donc faire le tour du monde et parler de scènes locales à Puerto Rico, au Canada, au Japon, en Afrique ou encore en Indonésie, et bien sûr en Finlande. On parlera éthique, avec un premier keynote de Nelson Varas-Diaz sur la contribution du metal dans les scènes d’Amérique latine concernant la décolonisation. On parlera lyrics, avec Lauro Meller venu présenté son tout nouveau livre sur les paroles historiques d’Iron Maiden. Cristina Ornellas et Maila-Kaarina Rantanen viendront également nous présenter leur travail en cours concernant le rockumentaire « A Heavy Metal Civilization », qui analyse l’émergence et la stabilisation de la scène metal finlandaise, admirée de par le monde. Sur ce programme déjà bien chargé viendront encore se greffer des panels de discussion avec des professionnels de la scène (labels, artistes, manager, etc), dont certains membres de Shiraz Lane et Doug Blair, guitariste de W.A.S.P, pour nous faire part de leurs expériences de la scène. Les débats vont bon train autour des différences culturelles, des problèmes éthiques et de l’actualité du metal de par le monde.

Ce programme riche témoigne s’il en faut de l’éclectisme des metal studies, aujourd’hui en pleine expansion. Après y avoir apporté ma maigre contribution (Chiara) concernant l’expression somatique propre aux concerts de metal et avoir mérité mon nom sur le dos du t-shirt, nous prenons la direction du Tuska avec une seule idée en tête : passer au volet pratique !

 

Photos : Mikko Raskinen, Aalto University Communications

Site de la conférence

Site du Tuska

Vendredi

Samedi

Dimanche

Chiara Meynet & Alain Foulon

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