Au contraire de la veille, on sent que le line-up de cette dernière journée manque d’une grosse tête d’affiche pour vraiment attirer le public. Avec seulement 9’000 personnes au compteur, c’est la journée la moins dense du festival, malgré une météo plus clémente. On a presque eu chaud pendant l’après-midi, c’est dire !

Comme chaque jour, le public est mixte tant en termes d’âge (les générations en canne croisent celles qui n’ont pas l’âge de boire), que de style (outres les métalleux de tous bords, on rencontre des cyber-punks à plumes roses, des robes rockabilly, des vikings, des t-shirts Moomin ou des lunettes arc-en-ciel, un cosplay de Leïa ou encore des femmes d’affaires avec leur sac Marimekko) et de nationalités (ça parle finnois, anglais, espagnol, et bien d’autres).

C’est devant ce public bariolé que Stick to your guns ouvre les hostilités sur la Helsinki stage. Pour une raison qui m’est encore inconnue, le groupe finira 10 minutes plus tôt que prévu, alors justement que je commençais (Alain) à me faire à ce hardcore punk bien senti. Le public est poli et applaudit volontiers, malgré cette ambiance de début de journée où le parterre est encore bien clairsemé.

Quant à la main stage, c’est à nouveau un groupe très finlandais qui se produit avec Rimo Rautiainen & Trio Niskalaukaus. Après discussion avec les locaux, la meilleure description qu’on puisse probablement en donner, c’est « ce groupe que tous les finlandais connaissent et que ceux qui n’aiment pas vraiment le metal apprécient quand même ». En gros, le groupe à faire écouter à sa grand-mère quand elle veut savoir ce que c’est que cette musique de sauvage qu’on écoute, sans lui faire risquer la crise cardiaque. Bien qu’accessible et soft, c’est assez bien fait, et ce n’est pas déplaisant, à part lorsque les subs de basse grésillent – pour la première et dernière fois durant le Tuska.

Tout aussi finlandais Lauri Porra Flyover Ensemble se produit sur l’Inferno stage dans un genre autrement plus expérimental. Le groupe est emmenés par Lauri Porra, l’actuel bassiste de Stratovarius, mais aussi l’arrière-petit-fils du compositeur Sibelius, qui a donné à la Finlande son hymne et est célébré comme un héros national ! Sans surprise, Lauri Porra s’est mis très tôt à la musique et, comme tout bon génie borderline qui se respecte, nous propose des choses à la fois excellentes et proprement horribles ! Déjà mis à l’épreuve par la sono assez exécrable de la salle, nous arrivons sur un solo de synthé porté sur les aigus particulièrement difficiles à supporter pour les oreilles ! Mais sitôt cette excentricité passée, on retombe sur nos pattes et un rock prog/psyché dansant issu des années 70, accompagné par moments d’une touche de trombone. Par contraste, on se voit forcé de filer sur un excellent solo à la basse de Lauri, sans trop de complexité technique mais qui dégageait un feeling intime, pour aller voir ce qu’il se passe du côté d’un autre concert prog’ curieusement programmé en même temps : Ihsahn.

Décidément, après Leprous et Emperor, Ihsahn aura résolument été central lors de cette nouvelle édition du Tuska ! Cette fois chaussé de ses lunettes de vue – musique « intellectuelle » oblige – Ihsahn propose avec son groupe perso, mais qui a néanmoins pris le pas sur Emperor (désormais qualifié de side-project !!), de passer allègrement du black au jazz, sans jamais quitter la veine prog. Toujours accompagné d’excellents musiciens, Ihsahn maîtrise son sujet : des mélodies superposées, malaisantes parfois et ce sans lésiner sur les synthés. La tente est vite en transe, surtout lorsque le côté prog’ prend le dessus. Sur scène, on voit surtout Ihsahn, évidemment, et parfois un nuage de fumée brune… qui n’est pas voulu, mais apporté là par le vent. Bien que ça colle au contexte, ça pique les yeux. Mais pas assez pour nous faire pleurer. Le morceau Pulse non plus, mais presque, tant il est chargé d’émotions.

C’est ensuite au tour des légendaires Suédois d’Europe de prendre en main la Radio Rock stage. Pour dire que le groupe a pour habitude d’électriser la foule dans les plus grands festivals d’Europe, à commencer par Wacken, c’est un peu étrange de les voir monter sur scène devant un public clairsemé. Cela ne semble pas affecter l’énergie de Joey Tempest, vraisemblablement heureux d’être là et qui va tout faire pour que l’ambiance prenne. Après une entrée en scène assez humble dans un décor par ailleurs sobre, alimenté que d’un backdrop, Rock the Night (de leur album acclamé The Final Countdown) réveille un peu la ferveur de la foule, comme tous les morceaux qui seront tirés de cet album, Cherokee et bien sûr le titre éponyme. Difficile de ne pas y voir une injustice, tant Europe est consistant dans la qualité de ses albums depuis. Même The Final Countdown ne rencontrera pas l’enthousiasme escompté, auquel le groupe est probablement plus habitué. On ne peut en vouloir à Joey Tempest, qui malgré un souffle parfois un peu court qui témoigne de l’ancienneté du groupe, se démène et va jusqu’à tenter quelques mots de finnois bien au-delà du simple « kiitos ! », sans jamais parvenir à percer la carapace de ce public vraisemblablement tout juste curieux de voir les Suédois sur scène. Dommage ! Surtout que sans être du gros son lourd qui tache, à les voir livre on ne peut que remarquer que leur musique est devenue plus hard avec les années.

Avant d’aller voir la véritable tête d’affiche de ce dernier jour de festival, on s’autorise quelques morceaux de Clutch. Juste ce qu’il faut pour remarquer que l’ambiance est autrement plus animée pour ce rock’n’roll très musclé et entraînant !

Mais déjà, c’est la coqueluche de la scène metalcore australienne qui clôt le festival, Parkway Drive, avec ce qui est probablement la plus grosse production de cette édition. Le quintet force son chemin à coups de pétards et de pyrotechnie, avec une déco imposante, dont une batterie qui tourne sur elle-même, que Mötley Crüe ou X-Japan n’auraient pas reniés. Le groupe joue les gros bras sur scène alors que le public reprend facilement en chœur les airs les plus connus, comme Wild Eyes. Probablement un show excellent pour les fans du genre, que malheureusement nous ne sommes pas, alors nous prenons congé du Tuska après trois jours bien remplis. Parkway Drive termine à 21h, ce qui nous laisse amplement le temps de rallier le centre de la capitale et de choisir l’un des nombreux bars rock/metal d’Helsinki pour une joyeuse after party.

La soirée officielle au On The Rocks, où se produit Lost Society, étant complète, nous optons pour un autre bar, le Praha, où la musique fait tout de même honneur au metal que l’on vient de célébrer pendant trois jours, mixée par un DJ proche de la soixantaine, qui passe autant de hard rock finlandais que du Iron Maiden, Amorphis ou Pantera. Nous y retrouvons de nombreux festivaliers, pour conclure comme il se doit le festival.

En guise de bilan, nos tops et nos flops concernant ce festival urbain :

Tops :

  • Pas de boue !
  • Un festival à taille humaine, où on respire et où il ne faut pas se pointer 3h en avance pour espérer voir son groupe favori, même aux premiers rangs.
  • La Finlande étant ce qu’elle est, il est très facile de croiser au détour d’un concert des artistes du coin (d’expérience : Jari de Wintersun, Eino d’Apocalyptica, etc.).
  • Pas de camping, donc le confort d’une vraie chambre.
  • La possibilité de faire un sauna sur le site ! Mais finnish-style, donc à condition de ne pas être timide à l’idée de se retrouver nu.e avec ses voisin.e.s de pit.
  • Le soin apporté au choix de nourriture, élargi avec les années, avec plus de propositions vegan notamment.
  • Une expo BD des fameux Belzebubs et des tables rondes ouvertes à tou.te.s, dont une en anglais.
  • Un vrai restaurant, le Black Dining, avec déco en bois et fer forgé.
  • Des coiffeuses qui peuvent vous tresser la barbe ou les cheveux et y arranger des fleurs, pendant que vous pouvez voir (de loin) la grande scène.
  • Un présentateur avant chaque tête d’affiche, qui donne une certaine proximité avec le public malgré son état parfois avancé d’ébriété.
  • Accessibilité pour les fauteuils roulants.
  • « Aspirators » à la chasse du moindre mégot durant le festival, qui assurent une propreté certaine.
  • Des bières d’un litre ! (…de qualité « buvable »).
  • Les zones détente / VIP / restaurant / bar à whisky, avec un minigolf et des écrans pour regarder les matches de la coupe du monde ( !).

Flops :

  • Ok, pas de boue, mais du béton et c’est pas forcément idéal pour les moshers ! (Alain) Mon genou peut confirmer… d’ailleurs j’en profite pour souligner la sympathie de l’équipe des samaritains.
  • Un peu trop de restrictions concernant l’alcool, pour la fumée aussi dirons les fumeurs, puisque fumer est également interdit à proximité des scènes.
  • L’Inferno stage, qui en l’état n’est clairement pas agréable.
  • Le prix des bières et de la nourriture !
  • Pas de camping, donc le prix d’une vraie chambre et l’ambiance en moins.
  • Quasi pas de merch à disposition, et la plupart des T-shirts officiels du festival n’ont pas le traditionnel line-up dans le dos.
  • Un line-up qui cette année, il faut bien le dire, était un peu léger, mais le plaisir était bel et bien là !

Photos : Mikko Raskinen, Aalto University Communications

Site de la conférence

Site du Tuska

Vendredi

Samedi

Chiara Meynet & Alain Foulon

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