A la sortie voici plus de quatre ans de la première galette des new-yorkais, on s’était inquiété de voir cette formation aux textes forts et engagés, sous la coupe d’une major. Comment son rock contestataire pouvait-il se plier aux contraintes d’une telle machine à gros sous, même s’ils avaient été pris sous l’aile bienveillante de Tom Morello ? La réponse tombe avec ce second effort, autoproduit et publié sur un label indépendant. Le dos tourné au business, la tête haute, comme pour faire table rase d’un passé que l’on imaginera facilement hyper contrôlé, Delila Paz et Edgey Pires commencent par marquer un vrai décalage d’avec ‘We Will Reign’ en accueillant l’auditeur d’une intro en forme de déchirure sonique.

Et cette première fissure ne va pas mettre longtemps à se creuser, ne résistant pas aux assauts concoctés par le duo, avec l’aide de Joey Castillo le batteur des Queens of the Stone Age, qui succède avec brio derrière les fûts à Brad Wilk (RATM). Plus sombres, plus rauques, presque inquiétants, les titres d’ouverture dessinent à merveille entre rock rugueux et blues ce monde froid qui rudoie, maltraite, mets en marge, mais qui au final ne peut que rendre plus fort (‘Hard Times’). Paz pousse sa voix à la rupture pendant que Pires tisse une toile de riffs collants, qui laissent l’auditeur captif. Et comme s’il fallait bien le rappeler, l’indépendance est la clef de cet album, la chanteuse d’insister ‘Tu peux briser tes chaînes, mais si ton esprit n’est pas libre, cela ne vaut rien pour moi’ (‘Mind Ain’t Free’).

Si la cassure sonique est poussée à son paroxysme avec un ‘Freak Revolution’ lorgnant vers les rives d’un rock industriel poisseux, la seconde partie de l’album offre des ouvertures mélodiques d’une beauté rare. La voix de Delila se fait plus aérée, presque hypnotique, pour dire que quand l’amour se fait attendre on est prêt à tout, quitte à en perdre son propre contrôle. Au terme de ce deuxième album, on ne pourra que rejoindre Tom Morello qui voit en The Last Internationale ‘une formation aussi brute qu’elle a les pieds encrés dans la réalité, une sorte de mélange idéal entre le rock d’East Village et la puissance de feu du cuirassé Potemkin’.

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Note: 4.5

Label: Pledgemusic