C’est par une fin d’après-midi ensoleillée que nous nous mettons en route, direction le Moulin Rouge de Genève, pour une 2ème édition très attendue de la soirée burlesque SweeTease. Après un trajet me semblant interminable, nous atteignons enfin notre destination : la plaine de Plainpalais et son Moulin Rouge.

Pour cette deuxième édition (29 septembre 2018), l’artiste genevoise burlesque Silly Thanh, productrice de cette ‘fine burlesque revue’, a mis le paquet. En effet, pas moins de huit artistes internationaux sont mis en vedette ce soir.

Il est 20h15 quand nous entrons dans le Moulin Rouge, une petite salle intimiste et cosy, d’une capacité d’environ 150 places assises. Après une ou deux cigarettes et la commande de nos boissons, nous prenons place à la table nous étant réservée. Le jingle de SweeTease se fait entendre, le spectacle va commencer.

Reuben Kaye, notre MC pour cette soirée, fait son entrée, et quelle entrée ! Dans une cascade de sequins, de faux-cils, et de dents, Reuben entame sa chanson d’introduction. J’ai déjà pu le voir présenter bons nombres de spectacles, c’est toujours un hilarant plaisir que de le voir sur scène : sa présence scénique est indéniable, une minute suffit pour tomber sous le charme du showman, de son énergie explosive et de son humour crasse. Il domine la scène et nous dévorons son flot de paroles, suspendus à ses lèvres toutes de paillettes recouvertes. Il nous demande si nous aimons sa tenue, qu’il aime à appeler ‘maman j’ai quelque chose à t’annoncer…’ (‘Mother, I have something to tell you…’).

Le premier performeur entre en scène, et oui il s’agit d’un homme, car à Sweet Tease on ne plaisante pas avec les quotas ! Alekseï Von Wosylius nous présente un numéro de fakir indien aux couleurs dorées des mille et une nuits, plein de grâce et de multiples contorsions, nous sommes impressionnés par une telle souplesse et musculature.

La seconde performeuse, Kitty Willenbruch, organisatrice des fameuses soirées néo-burlesque ‘Salon Kitty Revue’ à Vienne d’où elle est originaire, partage ses racines transylvaniennes dans un numéro rouge vif entrainant, plein de piquant et portant bien son nom : ‘Heartbreaker’.

Mara De Nudée nous invite ensuite à la rejoindre au lit dans un acte rempli de douceur et de volupté au son d’une reprise de ‘Where Is My Mind’ des Pixies au piano, les larmes me montent. La Française poétique au visage de poupée rétro sait comment envouter son auditoire. Un ange passe.

Puis vient le tour de Snookie Mono, un jeune Écossais aux allures de dandy. C’est sur une bande-son rock’n’roll qu’il nous fait son show d’avaleur de sabres, passant du plus petit au plus grand, essuyant parfois une petite larme. L’apothéose étant les deux sabres qu’il avale en même temps, et même en les ressortant avec un énorme filet de bave. Avec toujours autant de classe, il les essuie avec le foulard ressortant élégamment de son pantalon.

C’est au numéro de Kalinka Kalaschnikow, surnommée ‘The secret weapon of burlesque’. La jeune femme nous vient également d’Autriche où elle est productrice de l’illustre revue ‘Cirque Rouge’. Sa performance intitulée ‘Into The Woods’ nous emmène dans un conte de fée, dans lequel elle incarne une créature mi-enchanteresse mi-effrayante, pleine de fragilité, aux mouvements artistiquement doux et tendre.

Nous arrivons au dernier numéro de la 1ère partie, avec Sukki Singapora, invitée d’honneur de cette soirée. Originaire de Singapour comme son pseudo l’indique, Sukki est une artiste ultra médiatisée. Elle a notamment contribué à la légalisation du strip-tease à Singapour en 2015, après 4 ans de lutte. On compte notamment parmi ses fans Bill Gates, Cherie Blair (épouse de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair) ou encore Desmond Tutu. Connue pour ses opinions politiques franches tranchées sur la liberté d’expression des femmes dans les pays socialement restrictifs, elle a été récompensée par un « Prix du mérite de la femme asiatique’. Elle est également la première artiste burlesque a à avoir été invitée pour un thé avec la Royal Family à Buckingham Palace, en remerciement pour son activisme et sa contribution aux Arts en tant que role-model d’origine asiatique.

Elle nous présente ici un numéro dans le plus pur glamour Hollywoodien, au cours duquel elle chante une ravissante routine écrite et interprétée par elle-même, dans une tenue ornée de plus de 20’000 cristaux Swarovski. Fin de cette première partie.

C’est après une pause d’une vingtaine de minutes, où nous nous remettons à peine de nos émotions, que débute cette deuxième partie. Nous retrouvons Reuben Kaye nous interprétant de façon magistrale la chanson « Les Marins » (écrite et composée par Charles Aznavour pour sa fille Seda) dans sa version anglaise adaptée par Herbert Kretzmer s’intitulant ‘Sailor Boy’ et offerte par Aznavour à sa grande amie Liza Minnelli à l’occasion d’une émission diffusée sur NBC pour le fêtes de Noël 1973. Chanson participative ou où un spectateur fait les frais des fantaisies de Reuben pour notre plus grand plaisir.

C’est au tour de Silly Thanh, la Vintage Lady genevoise qui parcourt l’Europe et les États-Unis depuis 2015 avec des numéros dans le plus pur style de l’âge d’or du burlesque. Elle nous présente ici le classique ‘Purple Rain’, toute de taffetas drapée, dont je vous laisse bien évidemment deviner la couleur. Elle se défeuille langoureusement au rythme de la musique pour finir par une pluie de plume, munie de deux gigantesques éventails violets la recouvrant presque entièrement.

C’est à nouveau à l’Autrichienne Kitty Willenbruch. Dans un numéro purement néo-burlesque entrainant, elle nous interprète ici une nonne portant sa croix, au son de la musique du groupe Priest, un groupe synthwave/electrodark composé de deux ex-guitaristes de Ghost.

Après avoir avalé des sabres lors de la première partie, Snookie Mono nous revient cette fois-ci pour jouer avec le feu. Comme pour les sabres, Snookie aime le goût du risque, le trouble-maker écossais nous hypnotise avec ses flammes, qu’il avale comme si il s’agissait de banales sucettes.

Apprenant qu’il y a une Australienne dans la salle, Reuben décide de nous interpréter sa version de ce qu’il estime être le vrai hymne national australien, à savoir, le non moins célèbre ‘Down Under’ du fameux groupe de rock australien Men At Work. ‘Down Under » étant une expression anglo-saxonne utilisée pour désigner l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’origine de ce terme vient du fait que ces pays se trouvent dans l’hémisphère sud, ‘en dessous’ de la plupart des autres pays du monde.

Kalinka Kalaschnikow nous revient dans un numéro intitulé ‘Horseplay’, en tenue fétiche de cavalière anglaise en pleine partie de chasse. La sculpturale Autrichienne se transformera en cheval au son de  ‘Closer’ de Nine Inch Nails, dans un parfait jeu entre domination et de soumission.

Nous présentant chacun un numéro dans la 1ère partie, c’est cette fois-ci en duo que nous reviennent Mara De Nudée et Alekseï Von Wosylius. Deux artistes complémentaires partageant ici les mêmes références artistiques et esthétiques. Avec « In The Wood for love », c’est dans un univers poétique et mélancolique qu’ils nous réinterprètent ici leur vision du conte du petit chaperon rouge et du grand méchant loup où l’on pense ici au célèbre Jean Cocteau et au fantasque Tim Burton… Notez qu’avec ce numéro les deux Français ont remporté le prix ‘Best Small Group’ à la compétition ‘Tournament of Tease’ au Burlesque Hall Of Fame à Las Vegas le 2 juin 2018.

Puis c’est au tour du dernier numéro de cette éblouissante soirée, Sukki Singapora, nous présente ici un hommage à Barbara Yung, actrice hongkongaise célèbre pour son rôle dans la série télévisée de ‘Wuxia (film de sabre chinois) des années 80, ‘The Legend of the Condor Heroes’, et morte tragiquement à l’âge de 26 ans. Sukki lui rend ici un hommage dramatique et émotionnel, ornée d’un magnifique costume or et émeraude étincelant, se terminant par la présence de deux énormes et mirobolants éventails traditionnels asiatiques. Magique.

Reuben nous annonce que c’est la fin, tristesse, mais c’est avec une dernière chanson que nous nous quittons, une reprise de ‘Fuck Off’ de Jayne County, une femme trans actrice et chanteuse de rock, ayant notamment pris part aux émeutes de Stonewall Inn, événement marquant du mouvement des droits civiques pour les homosexuels aux États-Unis et inspiré de nombreux artistes tels que David Bowie, Les Ramones, Patti Smith, Pete Burns (Dead Or Alive) ou encore Lou Reed. Les artistes sont rappelés sur scène pour le curtain call. Tombé de rideau, l’after-party durera jusqu’au bout de la nuit en présence de nombreux performeurs restés pour faire la fête. Et nous quitterons le Moulin Rouge des paillettes plein les yeux nous réjouissant déjà de la prochaine édition du 23 mars 2019.

[Justine Lah]

 

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Photos : Luc de Dooij

 

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