L’année 2020, à ce jour du moins, c’est vraiment du grand n’importe quoi. Aussi, quitte à assister en temps réel au passage de la civilisation au statut de sketch funèbre qui pue l’hydrogel, pourquoi ne pas essayer des choses complètement improbables ? Pas comme si on avait quelque chose à perdre… C’aurait pu être la motivation des membres de ce trio, respectivement rescapés de Knut, Abraham et Coilguns, sauf qu’ils se sont formés en 2018. L’explication aurait été savoureuse, tant pis. Consolons-nous en constatant que leurs productions semblent faites sur mesures pour les temps imbéciles et foutraques que nous avons l’honneur de vivre depuis quelques mois. Près de quinze minutes pour un premier titre craché à la gueule des foules, rien que cela méritait une mention. Sur un fond indus/tribal, des grattes Black Metal à l’ancienne lancinantes se contorsionnent, en une sinistre parodie des sirènes vous invitant à attendre la mort dans un abri PC mal ventilé, tandis qu’un clodo enroué vous dégueule des instructions en une langue oubliée depuis Cro-Magnon au moins. Puis percus et guitares s’estompent, et vous voilà enveloppé, câliné, étouffé dans l’ambiance dudit abri, recroquevillé au milieu de la vermine post-humaine, attendant votre ration de protéines de synthèse ou de tranquillisants (goût citron vert ou grenadine, au choix). Peu à peu, c’est votre conscience qui se met en mode veille, à peine troublée par les secousses électriques de la folie qui, l’air de rien, s’y installe et prend ses aises, se foutant maternellement de qui, jusqu’alors, vous pensiez être. Puis la lumière s’éteint, une ultime fois. Hypnotique et pesant comme un Stonehenge d’acier rouillé, cette variation sur le thème du Tout-devenant-Rien est à privilégier pour vos réunions de famille (si elle ressemble à celle de Hereditary) ou pour danser tout nu et sans masque dans les files d’attente de votre hard discounter préféré. https://strommorts.bandcamp.com/
Note: 5/5

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