Tout comme le jour précédent, la soirée s’ouvre avec une production locale on-ne-peut-plus aboutie – celleux qui ont déjà eu l’occasion de voir Emilie Zoé en live savent bien qu’il ne s’agit pas tant d’un concert que d’une espèce de messe distordue d’une honnêteté émotionnelle folle. Dès les premières notes, cette préoccupation sous-jacente pour le partage interpersonnel se voit matérialisée en une chorale surprise sur Tiger Song : « on voulait se faire un petit cadeau avec les gens qui bossent sur cette scène, et aussi quelques autres bénévoles ». Les longues interventions entre les chansons ont tendance à faire sortir de l’ambiance, mais pas ce soir. « Ce qui me rassure le plus, c’est aussi ce qui m’angoisse le plus. C’est terrifiant de savoir que l’univers est énorme et qu’il continuera d’exister sans nous, et que le temps continuera de passer. Mais aussi, c’est rassurant de savoir que l’univers continuera d’exister et que le temps continuera de passer ! ». Ironiquement, les soixante minutes du set existent hors du temps, dans une petite bulle de connexion humaine. « J’ai l’impression que c’est ça qui fera que ça va aller, en fait ; on sera toustes ensemble. » Une petite heure de projection astrale collective pour penser profondément au monde terrifiant, avec l’assurance qu’au moins, on est ensemble pour l’affronter. La chorale revient pour Sailor, puis tout le monde sort de scène. Un dernier rappel avec Would You Still Be Here, quelques instants de remerciement sincère pour le public et la scène est vide, les lumières allumées.

Emilie Zoé. Crédits photo: Thomas Ebert.

Edmond Jefferson & Sons n’ont jamais joué sur une scène si grande, disent-iels. Ça ne se remarque pas du tout ; jamais dans l’excès, l’espace se voit constamment occupé, et le groupe ne donne pas une seconde l’impression de replier sur lui-même. Les Biennois.es proposent un son abouti et pourtant changeant en permanence, fun (« le prochain morceau s’appelle ‘The Munchies’ ») et très, très propre sans jamais devenir guindé. Nos régions ont du talent.

Sur la petite scène, Blood Red Shoes offrent une prestation énergique (une mention toute spéciale à Steven Ansell, batteur-hypeman-voltigeur extraordinaire) quoique parfois un peu mécanique. Le filtre sur la voix de Laura-Mary Carter a tendance à enlever de la profondeur au son, mais les guitares sont assez lourdes pour compenser en texture.  Le groupe tente de s’exprimer en français et leur effort est solide – « this is our only festival in Switzerland this summer – sorry, I can’t remember how to say all of that in French parce que je suis un peu bourré » avec un accent impeccable. Sur la fin, Bangsar leur permet de démontrer proprement leurs prouesses dans l’interaction rythmique entre les instruments, et je sors du concert hypée au possible.

L’entrée sur scène d’Eels sur fond de theme song de Rocky ponctué de vuvuzela transforme instantanément le degré de sérieux de l’ambiance, et cet humour de papa sera le maître-mot des deux prochaines heures. Le groupe est rôdé et tout est exécuté à la perfection, entrelacé de petits commentaires (« if this is dad rock, I’m all in ! »), mais je peine à rentrer dedans. La performance est irréprochable (et tous les groupes devraient inclure leur signe astrologique dans leurs présentations), mais j’admets volontiers que mon allégeance est plutôt à l’autre extrémité du spectre ‘rock de daron’, côté synthés progressifs ; ‘c’est pas toi, c’est moi’, quoi.

LØRE. Crédits photo: Laura Gambarini.

Mes notes du concert de LØRE commencent comme telles : « jvm putain ». Le coup de cœur est instantané, et je me surprends à sourire bêtement les yeux fermés, imbécile heureuse sur fond de gros riffs maxi-efficaces. Le son est sérieux, mais le dress code semble être ‘chemises fantaisie et chaussettes kitsch’, un choix esthétique que je soutiens entièrement (un shout out tout particulier à la chemise imprimée agrumes) – après tout, le noise n’est-il pas un jeu de contrastes ? Les Fribourgeois se voient décerner l’award ‘Groupe que j’ai écouté en rentrant du festival’, le seul vrai gage de qualité. Jvm putain, donc.

 

La perle du jour
Mark Oliver Everett (Eels) : « would you mind if I jam on my new castagnettes ? »