Imaginez un line-up contenant The Talking Heads, avec Talk Talk et The Gossip en première partie. Une soirée improbable, mais qui se retrouve pourtant quotidiennement aux premiers rangs de chaque concert : des têtes qui discutent, et parlent, et parlent encore… et souvent de potins. Sans interruption, avec plus ou moins de gêne d’entendre leur voix dépasser le niveau sonore entre deux chansons : certains se tairont entre deux morceaux, d’autres continueront avec gaité, souvent heureux qu’ils puissent enfin continuer leur discussion sans être dérangés par le volume sonore qui fait qu’ils doivent tout répéter fort, très fort. Pourtant, il y a de nombreux endroits où avoir une conversation : dehors, au bar d’à côté, aux chiottes, bref dans des endroits donc le volume sonore ne dépasse pas 100db et qui ne risque pas de déranger les illustres inconnus qui partagent nos côtés.

En première partie de Lord Huron cet été, l’artiste londonien Flyte reprenait acapella l’excellent ‘Archie, Marry Me’ des Canadiens d’Alvvays. Magique et intimiste… en tout cas sur papier, car pour moi qui était dans la salle lors de sa prestation, il était plus cas de connaître ce que mes voisins de droite pensaient faire après leur soirée. Et si le fameux ‘Archie’ était dans la salle, il aurait sûrement répondu à sa dulcinée ‘Quoi ? J’ai pas bien entendu, tu peux parler un peu plus fort?’

Sommes-nous tous devenus insensés ? Avons-nous perdu nos bonnes manières et notre bienséance, et devenus si égoïstes que l’on doit forcément immédiatement communiquer tout ce qui nous passe par la tête, sans passer par la case ‘monologue intérieur’, pourtant si salvatrice ? Même avec un son poussé à son maximum sur des amplis qui crachent leur âme, pourquoi tout le monde dans notre entourage proche veut filtrer les bruits des musiciens pour faire prôner les leurs ?

Le désir d’interaction semble avoir atteint un niveau supérieur. Après les téléphones levés au détriment des gens derrière nous, pire encore, les visages au teint blafard balayant leurs réseaux sociaux comme on passerait l’aspirateur dans sa chambre, nous voici à blablater, coupant ainsi l’opportunité d’une interaction artiste-public qui rend le tout si magique. On a acheté un billet, du coup on fournit le son aussi ? Ce n’est pas le but premier de la musique live, d’offrir une armée de musiciens proposant des bruits variés, dans le but de distraire les yeux et les oreilles d’une audience sélectionnée ? Lorsque vous allez voir un match de foot, vous et vous amis vous rendez-vous sur la pelouse du stade à la mi-temps histoire de se faire un match?

Au fond, on devrait vraiment faire ça : mettre un micro à chaque personne qui rentre dans une salle de concert, afin que tout le public présent puisse entendre ce que les autres ont à dire, et limite fournir une animation buccale dès que les musiciens terminent l’un de leurs titres… pour que tout le monde se batte à armes égales. [Jon Kean – Bristol Live Magazine]

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