Soirée comptage de mesures, rythmiques alambiquées, et des morceaux aussi longs que les tiroirs d’une pharmacie. En gros, c’est le principe d’une soirée metal progressif/ djent. Grâce aux Docks de Lausanne, nous n’avons pas pu taper du pied de manière régulière, et c’est tant mieux.


C’est pile à l’heure que Destrage arrive sur scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est que leur style musical colle parfaitement à la soirée. Voix alternées clean/criées, du ‘tapping’ à la guitare, et une basse jouée au plectre qui suit comme son ombre les rythmiques tordues du batteur. Dès les premiers titres des Milanais, un des acolytes m’accompagnant me fit remarquer que c’était de la musique de batteur. En étant un, je n’ai pu qu’abonder dans son sens. Effectivement, le sens mélodique du combo a dû prendre la poudre d’escampette jusqu’au fond du talon de la botte. C’est presque de la rythmique pure. Sur certains titres, un côté plus nu-metal/ metalcore fait surface avec des parties vocales ressemblant un peu à du Rage Against The Machine. Les Italiens savent varier leurs propos musicales en nous offrant un peu de death metal, des influences punks, et même un petit délire reggae fort bien amené. Peut-être une idée du batteur Federico Paulovich et son look dreadlocks.

La mise en bouche est déjà copieuse et le moment agréable. Mais, car il y en a un, le son est en deçà des attentes. Une voix clairement sous mixée, et la caisse claire du batteur qui nous traverse la tête. Dommage. Ce déséquilibre nous gâche un peu du plaisir.

The Contortionist prend possession de la scène. Super bonne nouvelle, leur ingénieur du son est le même que pour Destrage. Alors tout ce qui s’appliquait pour le premier groupe, nous allons le retrouver pour le deuxième. Chouette !

Une ambiance planante mariée à des lumières vertes pose le décor. Avec les Américains, on se prend dans la gueule un mélange de styles musicaux hallucinants. Des instants jazzy, bluesy, électro et metal s’entremêlent, mais pas toujours de façon cohérente. Comme s’ils mélangeaient tous les courants pour en faire une rivière d’influences. On sent parfois le tout un peu décousus. Mais quel talent de la part du sextet. C’est extrêmement fin. C’est une musique très exigeante qui demande de l’attention et de la concentration. On sent d’ailleurs parfois le public un peu perdu. Le manque d’interaction avec la foule et le manque de présence scénique du chanteur Micheal Lessard n’aident pas à faire décoller un auditoire devenu un peu plus calme. Avec une écoute attentive, on voyage au gré de leurs compositions, au travers de groupes tels qu’ Opeth, Meshuggah ou encore Between the Buried and Me.

C’est avec les douces notes de ‘ A black Minute’ que Periphery nous salue. C’est une bonne entrée en matière, avant de nous envoyer la première gifle du set, ‘ Stranger Things’ datant de 2015. (les gifles musicales seront constantes précisons-le). Quand d’incroyables musiciens sont couplés à un incroyable ingénieur du son, ça donne une balance sonore très agréable, quel pied !

Le groupe enchaîne des titres d’anthologie. ‘The way the News Goes’ et ‘Marigold’ permettent à nos tympans de se délecter de compositions du dernier album ‘Select Difficulty’. Le trio de guitariste, dont Misha Mansoor est le leader, rivalise de techniques et d’inventivité. Spencer Sotelo est remarquable au chant. Il atteint ses notes les plus hautes avec une facilité et une justesse déconcertante. James Labrie de Dream Theater devrait en prendre de la graine. Matt Halpern fait indubitablement partie de cette nouvelle génération de batteur à la technique ébouriffante. Sa gestuelle, son jeu de cymbales et sa manière de s’économiser tout en imprimant un groove monstrueux font partie de sa marque de fabrique. Il fait de la sobriété de son jeu une arme redoutable.

Ça déroule comme pas permis, jusqu’à ce que les trois guitaristes prennent possession du centre de la scène pour nous délivrer un morceau tout en douceur. Résonne les notes de ‘Memento’ du groupe Haunted Shores. Ce titre tombe à point nommé. Un peu de répit ne fait pas de mal. ‘Psychosphere’ et ‘ Masamune’, par contre, nous secouent comme il se doit. La partie purement musicale de ‘Masamune’ est une vraie tuerie. Les Américains finissent leur set par ‘Lune’. S’il y a bien un titre dans la discographie du combo qui nous prouve qu’il s’est un peu assagi par rapport à ses premières années, c’est bien celui-là.

Savoir conserver la balance entre la technique, les mélodies et l’agressivité permet à Periphery de faire partie des groupes incontournables de la scène progressive actuelle. Tout cela est très parfait, presque trop. Il manque peut-être une spontanéité dans leur attitude qui serait bien venue et appréciable.

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Photos : Davide Gostoli