Musicien de tous horizons, il est grand temps de vous révéler ce que l’on vous a toujours caché. Être dans un groupe n’est pas une sinécure, et si vous voulez une activité de groupe, autant vous lancer dans le football, c’est moins cher et c’est meilleur pour la forme. Parce que le rock n’est plus ‘sex drugs & rock’n’roll’. Voici les quatre points clés qui détermineront le succès de votre petite sauterie.

1 – Le talent

La musique, on la fait pour soi ou on la fait pour les autres. Une fois que tu décides de sortir de ton appart/canapé/local de répétition avec Roger, tu te places dans la deuxième catégorie, devant affronter critiques et remarques désobligeantes bien loin des avis de ta mère et de tes amis qui, curieusement, maintiennent toujours un ‘ouais c’est cool ce que tu fais !’. Dès lors, ton talent de songwriting doit sortir du lot. Et il ne s’agit pas d’être le prochain Ed Sheeran, il s’agit là d’un tout autre monde qui a des écoles et des universités entières dédiées à l’art en question. Si ta mère aime tes chansons au sujet de ta vie pourrie, n’est pas Sum41 qui veut ! Il te faudra sortir de tes idées préconçues et retravailler tes morceaux jusqu’à l’os, les user et les abuser jusqu’à trouver la combinaison et le mariage parfait qui plaira à toi et surtout, surtout aux autres. Autre chose : les musiciens. Ton pote Roger se débrouille pas mal en basse mais préfère sa vie de couple, chaque soir depuis dix ans, avec Mauricette ? Retour à la phase 1 : la musique, pour toi ou pour les autres ? S’entourer des bonnes personnes est crucial : il faut une bonne dynamique au sein d’un groupe et surtout une bonne ambiance de travail. Trouver des partenaires de business, quitte à laisser Roger et Mauricette se palucher tranquille pour laisser les grands entre eux.

Espoirs fortement nourris lors du concert de Fukitol comme chaque dimanche après le marché

2 – Le travail

Qui n’a jamais vu un groupe sur scène en se disant ‘ouais bon’, et les revoit six mois plus tard et en reçoit plein les mirettes ? Pas de miracle ici : du travail, du travail, du travail. On ne parle pas de répétitions toutes les semaines afin de peaufiner ses gammes, on parle ici de présence scénique. L’argent n’est plus dans la vente de CD, on s’en branle que votre groupe ait un bon son, on veut qu’il aille des couilles et qu’il balance tout sur scène. Ou qu’il nous mette en transe à la Chelsea Wolfe ou Mono, selon vos orientations musicales. Créez un univers quoi, allumez des bougies, je sais pas, c’est pas difficile ! Un conseil : filmez-vous en répètes, faites des retraites musicales, repoussez vos limites, jouez à poil sur scène, attachez-vous l’un à l’autre (littéralement), pensez à vos visuels et à la façon d’anticiper votre musique. Sans oublier de rester professionnels. Assurez-vous que, pour chacun de vos concerts, les programmateurs aient les informations nécessaires (rider, moyen de paiement, site web, matériel promo pour le print), et que de votre côté vous vous assuriez d’avoir toutes les infos (l’heure du soundcheck, l’évènement Facebook, les horaires de passage, le nom du club (eh oui…), et tous les instruments nécessaires à la promotion de votre concert). On gardera plus souvent en tête un groupe extrêmement professionnel lorsqu’il s’agit de les booker à nouveau, peut-être avec des plus grosses têtes d’affiche que la soirée étudiante de quartier.

3 – jouez moins

Là vous me faites ‘mais ta gueule Laure tu me dis un truc et ensuite tu me dis son contraire !’ : c’est là toute la subtilité. Trop souvent, les groupes se disent qu’avoir son nom sur une affiche fera se déplacer le public jusqu’à Perduland dans le seul but de distraire ses mirettes. Grossière erreur ! Il va vous falloir harceler vos amis pour qu’ils bougent leurs petits culs pour vous voir. Et c’est ça que les programmateurs attendent : des groupes qui ramènent du monde. On s’en branle un peu, dans le fond, si vous faites de la bonne ou mauvaise musique, ce qui compte c’est que votre public mette des sous dans la caisse. Qu’ils paient leur entrée, qu’ils picolent. Et que vous, vous rangiez votre matos d’emblée dès ton set terminé, merci bien. Un conseil : une fois que vous vous sentez prêts, misez tout sur les festivals, c’est là que les programmateurs et autres médias influents se trouvent (faut pas croire qu’ils vont faire le déplacement jusqu’à Perduland pour vous voir, déjà que vos amis le font pas). Et pour être programmé en festival, il faut avoir joué auparavant et fait ses marques, n’est-ce pas ? Le serpent qui se mord la queue ? Un peu. La recette secrète ? Faites de chaque concert un évènement particulier. Invitez des musiciens en special guest, faites un concert secret dans une forêt (pensez à amener votre propre génératrice), créez le buzz, faites parler de vous sans devoir faire du porte à porte. Rendez votre public curieux. Utilisez votre marché de niche à bon escient. Il y a de la demande, suffit de fournir la bonne offre.

4 – Gardez la foi, toujours (mais pas trop)

Ayant travaillé dans l’industrie musicale (oui, c’est une industrie, le but des gens c’est de faire du pognon, c’est pas une association à but non lucratif) depuis plus de dix ans, on en a vu des groupes défiler. Tous ceux qui firent de leur carrière un feu de paille avaient écumé les scènes trop tôt et trop vite, sans avoir acquis le réseau, le talent et l’attention de la part des bonnes personnes. On les a vus se reformer sous d’autres noms (impatients), essayer d’autres musiciens (divas), faire des tournées au Japon (facile, faut juste trouver un bon agent et le payer grassement), avant de se dissoudre sous prétexte que ça ne ‘marchait pas’. Rares sont les groupes sans expérience qui se retrouvent sur un label et tous ont expérimenté différents groupes avant de trouver ladite bonne combinaison (CF. Point 1), ou se sont cassés la tête à avoir un son propre à eux avant de monter enfin au sommet des charts. Faites confiance à votre instinct. En musique comme en amour, on sait quand c’est la bonne.

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