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Utopie assassinée, vie cauchemardesque, absence de repères, politique à l’abandon, époque jetable. D’un bout à l’autre du nouvel album du combo français emmené par Thomas Boulard, on se sent poussé dans les cordes, le souffle court. Le chanteur semble ne laisser que peu de place à l’espoir. On a voulu en savoir un peu plus avec lui.


Le nouvel album de ton groupe est autant un cri de rage qu’un regard mélancolique posé sur le monde d’aujourd’hui. Quand tu observes la société, qu’est-ce qui t’effraie le plus ?
L’absence de frayeur chez les autres. Ce qui me met le plus en colère, c’est l’absence de colère, l’acceptation généralisée, plus encore chez les élites et chez les artistes.

Malgré tout, qu’est-ce qui te donne de l’espoir, qu’est-ce qui pourrait faire changer les choses ?
Les indignés. C’est un mouvement d’une légitimité morale profonde, méprisé et regardé de haut par les principaux dirigeants européens. Et puis, même si malheureusement c’est parti en eau de boudin, surtout en Tunisie où ça produit l’effet inverse, le printemps arabe, ce sont des choses comme ça qui me donnent de l’espoir. Ce disque est aussi une manière de dire à cette jeunesse que tout le monde qualifie d’apathique, de flemmarde, de désintéressée du monde qui les entoure, «vous vivez dans un monde bien plus dur, où l’on ne vous laisse aucune place, où on vous maltraite, vous méprise, ne vous laissez pas faire !» Ce disque est pour eux.

On évoque souvent l’idée que la musique pourrait faire changer les choses, mais j’ai l’impression que plus on avance, plus on pisse dans un violon. On a beau hurler, dire les choses depuis trente, quarante ans, malheureusement ça n’avance pas grâce à la musique.
Peut-être le dit-on mal, peut-être que dans la manière de dire les choses on a trop aseptisé le propos. Il est difficile de voir la mécanique, ce qui fait qu’une chanson fait changer les gens. L’imagination devrait probablement plus avoir voie au chapitre dans la réflexion, sur la manière de façonner le monde qui nous entoure. Ce n’est pas pour rien que des livres comme ‘Le meilleur des mondes’ d’Aldous Huxley, ou les écrits de George Orwell, ont eu des incidences. simple- ment les défis qui s’annoncent à nous sont bien plus compliqués que ceux auxquels les gens avaient à faire face dans les années soixante.

Ce message que tu veux faire passer, il semble plus simple de l’amener de manière aussi incisive, aussi brutale sous le nom de Luke, que sous ton propre nom en solo.
Oui, c’est une question de stylistique. Mais il ne faut pas se tromper, peut-être qu’il y a un message dans mes textes, mais il ne faut pas oublier la simple peinture du monde d’aujourd’hui. Ces chansons sont comme un miroir tendu sur une certaine laideur. Et cette laideur, je l’ai tout juste répertoriée dans mes textes. C’est une vision hallucinée, d’un monde hallucinant, un maelström d’images qui n’ont rien à voir les unes avec les autres et qui nous sont bombardées et font que notre cerveau devient une mélasse.

Le rêve doit-il rester le plus beau des moteurs?
C’est un peu plus compliqué que cela. Il faut tout de même avoir un certain réalisme. Je crois foncièrement à la démocratie locale. Et je te l’ai déjà dit, je suis fasciné par cette jeunesse qui a monté les mouvements indignés avec une véritable conscience politique qui commence à vouloir changer les choses, à essayer de se détourner des spécialistes. Mais je crois aussi qu’il faut avoir de l’imaginaire, sinon on n’a pas conscience de soi. Il faut faire un mélange des deux, avoir un cœur et un cœur intelligent.

Est-ce que l’écriture t’amène une forme d’apaisement ?
Non, j’arrive rarement à satisfaction. J’aime surtout le moment où j’écris. Ensuite une fois qu’une chanson a reposé un certain temps, je trouve souvent que c’est moins bien que le fantasme que j’avais en tête. C’est pour ça qu’il est très dur de travailler avec moi. Je suis toujours en train de tour refaire et c’est usant, même pour moi.

En concert le 6 novembre au Metropop Festival à Lausanne

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