Au milieu d’une programmation principalement dédiée aux musiques actuelles, soit en gros le rock sous toutes ses formes, le hip-hop et la chanson, il y a parfois des artistes impossibles à classifier qui se retrouvent à l’affiche. Ce soir, c’est le cas du Mystère des Voix Bulgares, un ensemble folklorique d’Europe de l’Est qui doit beaucoup au Suisse Marcel Cellier. De son vivant, ce dernier s’était passionné pour ces chants féminins qu’il a enregistrés pendant ses voyages commerciaux en plein stalinisme, puis distribués sur son label avant que Philips et 4AD ne prennent le relais.

Comble du bonheur, depuis l’an passé, ce chœur est rejoint sur disque et en tournée par l’australienne Lisa Gerrard, chanteuse de Dead Can Dance et connue du grand public pour ses participations aux bandes originales de plusieurs films.

Ce soir, pas de première partie car le nombre de musiciens présents sur scène est déjà conséquent. Ce sont d’abord quatre musiciens (guitare, violon, percussions et flûte) qui se présentent à 20.30 heures pour lancer la soirée avec un bref morceau instrumental, avant d’être rejoint par le chœur de 18 femmes en habits traditionnels et sa directrice.

La première partie du concert se fait sans Lisa Gerrard. Le public se demande un peu quand elle va arriver. Cela dit, déjà sur le dernier enregistrement du MDVB, elle ne participait en réalité qu’à 4 morceaux et ce soir elle ne le rejoindra que pour la seconde moitié. La qualité de cette première moitié est telle que son absence n’est pas un problème, d’autant plus que sur Zableyalo Agne, la soliste Gergana Dimitrova, probablement la plus jeune de tout le chœur, nous illumine de son talent vocal qui n’est pas sans rappeler celui de Lisa Gerrard. C’est même assez frappant d’entendre ces lignes de chants qui sont assez proches de celles de certains anciens morceaux de Dead Can Dance.

Alors que le chœur vient de quitter la scène sous les applaudissements, le groupe de musiciens reste et se lance dans un long morceau où chaque instrument est mis en avant à tour de rôle. Mention spéciale au violon absolument sublime qui nous fera oublier que l’on est venu voir un choeur chanter.

Après une heure de concert, le moment que tout le monde attend se produit enfin avec l’arrivée sur scène de l’Australienne, qui jouera d’abord seule avec les musiciens pendant deux morceaux dont The Beginning. Rejointe par le chœur, le public a ensuite eu droit à un second extrait de son album avec David Kuckhermann, Rite Of Passage. Autant les solistes du chœur ont de très belles voix que quand Lisa Gerrard s’approche du micro, on se rend compte sa puissance et de sa pureté. Il y un monde ou deux d’écart entre elle et le reste de la planète. Même sur le morceau suivant, le single Pora Sotunda, qu’elle chante avec Gergana Dimitrova, la différence est nette. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer bienveillante envers elle et les autres musiciennes. A aucun moment, elle ne se met en avant. Elle n’est que l’invitée d’un chœur qui ne l’a pas attendue pour exister et se faire connaître.

A titre de rappel, ce sera le thème de Gladiator, toujours aussi magnifique pour clôturer une soirée exceptionnelle. Comme avec Dead Can Dance, on ressort du concert avec l’impression d’avoir assisté à un moment privilégié. Un instant hors du temps où la musique est à la fois triste mais pleine d’espoir, où le temps et l’espace ne comptent plus. Merci pour ces émotions et bravo aux Docks de laisser de la place dans leur programme pour des événements aussi uniques.

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