Le perpétuel cycle album/tournée est réputé éreintant. Pas pour Justin Sullivan, le leader de New Model Army, qui profite d’un temps mort dans le planning de son groupe pour s’offrir quelques dates européennes en solitaire dans des salles adaptées à des concerts intimistes. Et parmi elles, la cave bleue préférée des Lausannois, dont la taille aurait dû pourtant rendre impossible la venue d’un artiste de ce calibre. Alors alignement des planètes, heureux hasard du calendrier ou  fidélité du musicien déjà venu, peu importe. Sans importance également que le concert tombe un mardi soir avec une ouverture des portes à 21 heures, la soirée est bien évidemment sold out.

Aucune première partie, le show débute après trente minutes d’attente. Justin Sullivan est bien là, vêtu sobrement de noir, même le veston. Seul sur scène avec une guitare acoustique qui ne paie pas de mine, il lance la soirée avec ‘All Consuming Fire‘ devant un parterre totalement conquis d’avance.

Avec un tel répertoire, environ 230 chansons à son actif comme il le rappellera en fin de set en se moquant de sa setlist, Justin Sullivan n’a que l’embarras du choix. Alors il pioche bien sûr dans le dernier album studio de New Model Army ‘Winter‘, ainsi que dans les albums post 2000. Pratiquement rien en revanche de la grande époque du groupe de la fin des années 80s.

Justin Sullivan est également très à l’aise sur scène pour s’adresser à son auditoire à qui il raconte des anecdotes entre les morceaux tout aussi savoureuses que ceux-ci. Il faut dire qu’il a eu une vie assez incroyable et qu’il a un avis sur beaucoup de choses, que ce soit Theresa May, le Brexit ou les migrants. Mais là où il apparaît le plus touchant c’est au moment où il parle du voyage, de sa passion pour le stop et surtout de son sentiment préféré, celui qui l’envahit quand le sac est fait et que la voiture l’attend prêt à l’emmener. A passé 60 ans, Justin Sullivan est un éternel vagabond de la route, au point que l’on peut se demander s’il a un jour posé ses valises quelque part pendant plus d’un mois.

Outre ses qualités de conteur, il y a cette voix tellement reconnaissable. Le public sait se taire pour en savourer toutes les nuances, hormis un bruyant abruti aviné. C’est encore plus fort et prenant quand il lâche sa guitare quelques instants pour se lancer dans ‘Another Imperial Day‘ façon slam. Et pourtant question guitare, il s’y connaît aussi car il s’accompagne seul, martyrisant son pauvre instrument pour battre la rythmique sur les cordes. Seule exception pour ‘You Werent There‘ sur laquelle il s’aide de son téléphone portable pour la backing track et d’un harmonica. Il appelle cela le moment karaoké, mais c’est vraiment réducteur car le rendu est bien. Le set se termine avec ‘Snelsmore Woods‘, lui aussi extrait de l’album ‘Eight‘.

La difficulté pour les artistes dans la cave du Bleu, c’est qu’ils doivent sortir de scène en traversant le rideau de fans pour passer sous le bar et rejoindre la minuscule loge. Du coup, l’attente n’est jamais très longue. Deux morceaux anciens pour ce rappel avec ‘Headlights‘ et ‘Marrakesh‘. Mais le meilleur est encore à venir avec ‘Autumn‘ dont le refrain « Everything is Beautiful because Everything is Dying » est repris en chœur. Ceux qui aiment chanter sont invités par Justin Sullivan à venir aux trois concerts que New Model Army donnera au mois d’avril dans une ancienne église (Round Chapel) à Londres et lors desquels il est prévu que le public chante en chœur avec le groupe !

Pas de seconde sortie de scène, trop compliqué, alors Justin Sullivan enchaîne un dernier morceau, le mal nommé ‘The Beginning‘, comme pour dire demain tout recommence (à Zurich).

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