Joan Baez - Montreux Jazz Festival 03.07.2019 Alex Pradervand

La 53ème édition du Montreux Jazz Festival restera celles des adieux, avec pas moins de trois artistes qui tirent leur révérence à l’issue de leur tournée. Après Elton John pour une première et dernière performance à Montreux, c’était au tour de Joan Baez de venir faire ses adieux au public suisse dans le cadre de sa tournée Fare Thee Well dans une salle qu’elle connaît bien.

Militante infatigable, l’Américaine est une des dernières figures d’un mouvement hippie qui continue de croire, 50 ans après Woodstock (où elle se produisait déjà), qu’un monde en paix est possible. De tous les combats et  jamais prise à défaut dans ses convictions, Joan Baez dénonce en musique les injustices de ce monde avec ferveur, n’hésitant à payer de sa personne si nécessaire.

La dernière fois qu’elle était venue en Suisse romande, c’était en 2015 au Paléo festival pour une soirée assez incroyable durant laquelle après son passage sur la grande scène, elle n’avait pas pu s’empêcher de rejoindre Patti Smith et Robert Plant pendant leur concert respectif.

Alors évidemment, savoir qu’à la fin de ce mois, elle ne donnera plus de concert rend cette date du 3 juillet 2019 à l’Auditorium Stravinski absolument immanquable. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé et la soirée est complète.

Sans première partie, mais avec dix bonne minutes de retard, elle débarque seule sur scène avec une veste blanche, comme désormais ses  cheveux (et ceux de son public), et sa guitare. Elle débute avec deux reprises de Bob Dylan, ‘Don’t Think Twice It’s Alright’ et ‘Farewell Angelina’ qu’elle espace avec ‘The Last Leaf On The Tree’ de Tom Waits.

Son groupe la rejoint ensuite, dont Gabe son fils aux percussions. Le temps d’aller poser l’appareil photo aux casiers, elle est en train de refaire du Dylan, avec ‘It Ain’t Me Babe‘, à se demander si ce n’est pas plutôt son ex qui part à la retraite. Néanmoins, le public apprécie beaucoup et décide de lui faire une première ovation après ce titre.

Le prochain morceau, elle l’introduit en rappelant que ce n’est pas le moment de construire un mur, mais d’aider, puis joue ‘Deportee’ la chanson de Woody Guthrie sur les immigrés clandestins mexicains.

Finalement, le public a quand même droit à une chanson originale de Joan Baez et pas des moindres. Sa voix n’arrivant plus à atteindre les notes trop hautes, elle présente Grace qui va l’accompagner sur une très belle version de ‘Diamonds And Rust‘, où effectivement on entend que sa voix peine un petit peu. Comme quoi même les diamants rouillent un peu avec le temps.

Le milieu de set est un peu moins convaincant avec ‘Catch The Wind’ de Donovan et le traditionnel ‘No More Auction Block’ qui lui permet de parler des droits civiques, son combat permanent. Elle joue ensuite une des meilleures reprises de son dernier album, le superbe ‘Another World‘ d’Anthony And The Johnsons (« I need another world, this one is nearly gone »), avant ‘Le Temps des Cerises’ en français (avec une antisèche assumée à la main dans laquelle elle s’est perdue et rattrapée de justesse en riant), puis le morceau que j’ai le moins aimé ‘The President Sang Amazing Grace’, vraiment très quelconque et qui aurait mieux fait d’être remplacé par la chanson dont il parle.

Le meilleur passage débute juste après pour une fin de set parfaite : d’abord une inattendue reprise de Leonard Cohen (auteur de sublimes concerts sur ces mêmes planches) avec ‘Suzanne’, puis une chansons qui est « famous everywhere » : ‘Joe Hill’ et ‘House Of The Rising Sun’, avant le phénoménal ‘Gracias A La Vida‘ qui me donne des frissons.

Le dernier morceau du set ‘Ain’t Gonna Let Nobody Turn Me Around’ est aussi le plus énergique. A la fin du morceau, le batteur tient le rythme pendant que les musiciens sortent de scène, puis reviennent terminer le morceau.

Frissons à nouveau pendant le rappel parce que c’est la dernière chance d’entendre une ultime fois les au moins 287 autres chansons de son répertoire. Plus encore si on compte aussi le répertoire de Bob Dylan déjà bien visité ce soir. Suffisait de le demander et voilà le rappel qui débute avec ‘Forever Young‘ de qui vous savez, enchaîné avec  ‘Imagine‘ de qui vous savez aussi (pas le même) dont les paroles auraient très bien pu être écrites par Joan Baez tellement elles sont en ligne avec son message de paix.

Enfin, ‘The Boxer‘ de Simon & Garfunkel avant un ultime ‘Dink’s Song‘, chanson traditionnelle durant laquelle elle glisse quelques mots en français (‘Adieu les amis’) avant de s’éclipser définitivement.

Joan Baez – Montreux Jazz Festival 03.07.2019 Alex Pradervand

Au final une superbe prestation de presque deux heures, qui laissera un beau souvenir à ceux qui y étaient et des regrets surtout à ceux qui n’y étaient pas (NB : ultime séance de rattrapage dans quelques jours (13 juillet 2019) au festival Guitare en scène à Saint-Julien-En-Genevois).

Difficile de s’imaginer que c’était la dernière fois, mais tout a une fin. Le plus grand regret est quand même de constater qu’il n’y a personne pour reprendre son flambeau. Ce manque de relève fait prendre conscience à quel point Joan Baez était unique.

www.montreuxjazzfestival.com

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