On a parlé albums instrumentaux (‘Unfall’, sorti le 22 septembre), santé psy et méthode créative avec Chris Corner, ex-Sneaker Pimps et l’homme derrière IAMX.

Tu as dit que ‘Unfall’ était un « désencombrement du cerveau’’ ; en tant que tel, a-t-il toujours une sorte de thème, ou s’approche-t-il plus d’une anthologie d’ambiances ?

Un désencombrement, en effet. Un album d’IAMX implique d’habitude un grand attachement émotionnel, une sorte de psychothérapie nécessaire, et ça peut être épuisant. Je n’étais pas prêt pour cette charge morale mais j’avais tout de même envie de faire de la musique.
 Je voulais ressentir le plaisir ludique qui découle de la création sonore sans avoir à m’enchaîner à un message, ou à une structure traditionnelle. L’incertitude et la tourmente naissent du besoin de transmettre un message au monde ; lorsque tu retires les paroles et la voix, tu allèges ce fardeau. J’ai enlevé ce poids et laissé le sound design se placer au premier plan : sans structure auxquelles adhérer, les surprises et les excentricités peuvent fleurir. Le son pour le son, le rythme pour le rythme. De la pure indulgence. C’était rafraîchissant de ne pas avoir à regarder dans mon ‘miroir mental’ tous les jours, et de pouvoir me consacrer à la résolution des problèmes techniques.

Comment as-tu envisagé le processus artistique sans la ligne directive narratrice des mots ? D’autant plus que tu es particulièrement visuel ! Les mots sont une manière d’évoquer une image plutôt littéralement, comment est-ce que ça a changé en peignant un ‘tableau’ de mots ?
Les paroles, en musique, peuvent amplifier l’émotion, toucher droit au cœur, mais elles peuvent aussi limiter le tableau que tu peins. Les chansons tendent souvent à forcer une sorte de narration, ce qui me déplaît. Je trouve que la musique instrumentale laisse plus de place à la visualisation. Ça n’est ni pire, ni meilleur que la musique avec des paroles ; juste différent. La projection est beaucoup plus discrète et subjective, le contenu peut être plus anonyme. Mon identité a été définie par IAMX, les gens voient ‘ce type qui joue dans IAMX’ : ce type d’abstraction musicale me permet de montrer mon autre côté, le côté moins égocentrique, plus excentrique, le nerd éternel.

‘Everything is Burning’ a été produit à base de chansons écrites pendant la création de ‘Metanoia’ (ndlr : son album précédant ‘Everything is Burning’ et sorti en 2015 – un homme productif), et pourtant, il sonnait beaucoup plus ‘organique’ que ‘Metanoia’, qui était très électronique. Est-ce que ça a été instrumental dans la ‘séparation’ des deux albums (quoique reliés, ‘Everything is Burning’ ayant été présenté comme un addendum à ‘Metanoia’) ou est-ce que ça a été décidé après la sortie de ‘Metanoia’ ?
Quand j’écris/produis/enregistre, c’est essentiellement le chaos. Certaines chansons sont uniquement basées sur des beats, certaines sont des petites chansonnettes à la guitare toutes douces, certaines sont des expressions de deuil misérabilistes symphoniques, certaines sont des hymnes dance en mode ‘je veux baiser le monde entier’. Je veux tout dire, et je veux le dire vite et parfaitement – ou, en tout cas, c’est cette envie pressante et bestiale que je ressens lorsque je nage sans but au début de mon processus créatif. Mon procédé est une sorte de lente réduction méthodique, une espèce de nettoyage de ce bordel créatif. Je ne suis pas assez naturellement talentueux pour créer une bonne chanson d’un seul coup, c’est un travail de longue haleine. Pendant ce procédé, la musique se révèle à moi. J’ai l’idée naïve que c’est moi qui contrôle tout, mais c’est faux. Je gratte, je gratte et ça vient, et je dois croire au fait que ça va venir. En travaillant sur ‘Metanoia’, l’album m’a dit qu’il était un album électronique, alors je l’ai écouté. Je me suis permis d’être plus laxe avec ‘EIB’ parce que l’essentiel de ce que je tenais à dire était dans ‘Metanoia’.

www.iamxmusic.com

FICHE CD :
Nom de l’album : ‘Unfall’
Label : Caroline
Note : 4/5

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