Formation punk-rock basée dans la région lausannoise, Hello My Name Is poursuit son bonhomme de chemin avec brio et caractère ! Rencontre avec un groupe qui n’a pas sa langue dans la poche et qui défie le diktat de ‘l’anglais, langue du rock’n’roll’ !


Hello ! Pour commencer, quel était le leitmotiv du groupe à ses débuts ? Aviez-vous déjà une idée bien précise de ce que vous vouliez faire, autant d’un point de vue musical que d’un point de vue éthique ?
[Julien, guitariste-chanteur :] Aux débuts du groupe, Piero et Julien tuaient le temps en écoutant à balles les albums d’Off With Their Heads, Strike Anywhere, Against Me!, Hot Water Music, Red City Radio, Dear Landlord… Forcément, on avait en tête de faire un truc plutôt typé ‘orgcore’. Puis, on s’est rapidement pris de passion pour les albums de groupes comme Guerilla Poubelle, Justine ou Intenable, dans lesquels nous nous retrouvons pas mal, tant pour les paroles travaillées et en français que pour le côté politique. Encore maintenant, toutes ces influences se ressentent dans notre musique et ce sont des groupes que nous écoutons toujours avec plaisir.

Au niveau éthique, nous n’avons jamais changé notre discours, bien que le temps et nos propres remises en question aient permis d’aiguiser nos avis politiques et sociétaux. En se lançant dans le punk-rock, nous souhaitions intégrer un milieu réfléchi et humain, cela nous a toujours paru normal de prendre position. Nous savons que parfois, ça peut paraître ‘relou’ aux yeux d’autres personnes, mais bon, c’est ce que nous pensons et nous le disons, quoi ! Nous avons aussi remarqué que souvent, les gens qui nous trouvaient chiants il y a 3 ou 4 ans nous disent qu’ils voient maintenant de quoi nous voulions parler (rires) !

Est-ce que Hello My Name Is est un trio ou un quatuor ? Raphaël semble faire partie intégrante du groupe, sans pour autant monter sur scène !
Je crois qu’on ne s’est jamais posé la question ! Nous prenons nos photos de groupe tous ensemble, nous citons régulièrement Raphaël comme membre du groupe et d’ailleurs, nous ne lui avons jamais interdit de monter sur scène (rires) ! Plus sérieusement, il fait un gros travail pour le groupe, que ça soit sur la route, aux concerts ou depuis chez lui pour le booking, la gestion des commandes et la promotion. Nous ne sommes pas des rockstars avec des fonctions bien définies, où chacun porte un t-shirt avec son rôle dessus genre ‘guitariste’ ou ‘roadie’ (rires) ! Hello My Name Is, c’est quatre personnes, ça a toujours été le cas !

Vous avez sorti ‘Fluctine’ il y a déjà bientôt deux ans ! Le titre est plutôt bien choisi car les textes traitent essentiellement de la dépression et d’un certain malaise lié à l’époque dans laquelle nous vivons. Avez-vous trouvé une certaine vertu thérapeutique dans le fait d’écrire ces textes ?
Ça fera deux ans en juillet, en effet ! Merci pour le titre, nous avons été plutôt surpris par les retours, nous pensions que c’était peu facile d’accès, ‘fluctine’ étant le nom commercial pour la Suisse d’un médicament antidépresseur. Apparemment, ça a été plutôt bien compris et beaucoup ont trouvé le titre approprié, ça fait plaisir ! C’est marrant, notre nom, qui lui nous parait beaucoup plus évident est souvent écorché. On nous demande d’ailleurs souvent la signification.

‘Thérapeutique’, ce n’est pas un peu fort, quand même ? Est-ce que l’écriture a réellement le pouvoir de soigner ? Peut-être… c’est vrai que c’est quelque chose qui peut soulager. Une séance chez un psychologue dure une heure et tu n’exprimes pas forcément tout ton vague à l’âme. Il y a même des trucs que tu penses ou fais que tu n’abordes pas avec ton psy, car tu sais que c’est inutile d’en parler et pas forcément constructif. C’est un peu cliché de parler d’écriture comme exutoire, mais c’est certainement ce qui correspond le plus à notre façon de la concevoir.

Vous avez tous au sein du groupe une conscience politique développée et vous n’hésitez pas à pointer du doigt certains problèmes sociétaux, tels que le sexisme, l’homophobie et globalement toutes formes de discrimination. Pourquoi ne pas avoir plus abordé ces thématiques à travers les paroles de l’album ?
Bien que ces sujets nous soient importants pour tous, nous ne ressentons pas vraiment l’envie d’écrire des chansons qui, à nos oreilles, sonneraient comme un exercice scolaire, une peu comme une rédaction, avec le premier argument, puis le second et enfin la conclusion… Julien s’est déjà essayé à l’écriture de telle chanson, mais les contraintes inhérentes à la composition tels que le respect des temps, la construction de rimes, le jeu syllabique et le style musical font qu’au final, on ne peut que survoler les sujets, rendant le tout plutôt maladroit et didactique, ce qui est assez frustrant. Ce sont des thématiques pointues sur lesquelles nous n’avons pas envie de nous exprimer de façon légère, voire naïve.

Le pire serait que des auditeurs comprennent l’inverse de ce que nous voulons exprimer, ça voudrait dire que nous nous sommes plantés et que nous desservons la cause en question plus qu’autre chose. Du coup, nous préférons glisser dans nos chansons des phrases affirmant nos propos et aborder régulièrement les sujets que nous considérons comme cruciaux sur scène, dans les soirées en général ou via des prises de position sur les réseaux sociaux, notamment. Pour finir, nous ne pensons pas non plus être forcément légitimes, ni les mieux placés pour nous exprimer au nom de certains combats.

J’ai mentionné l’aspect éthique précédemment. Je sais que vous avez toujours poliment refusé de participer aux divers tremplins mettant les groupes en compétition ! Pouvez-vous expliquer en quelques mots la raison de votre positionnement ?
Nous n’avons jamais vu la musique comme une compétition, mais toujours comme un moyen d’échange et de partage. À nos yeux, le meilleur moyen de soutenir ses amies et amis qui ont des groupes, c’est d’aller les voir en concert, puis d’écouter et partager leur musique. Depuis quand avons-nous besoin d’un jury d’experts autoproclamés ou d’un applaudimètre pour savoir ce que nous apprécions écouter ? On ne va pas se mentir, ces histoires de tremplin, c’est de la poudre aux yeux ! À quelques rares exceptions près, ces événements ne sont qu’un moyen promotionnel de plus aux mains de grosses structures.

Pour illustrer notre propos, prends MyCokeMusic Soundcheck, par exemple. Il faut faire un effort surhumain pour se rappeler du dernier gagnant et si tu en as ne serait-ce qu’entendu parler, ce n’est déjà pas mal… D’ailleurs, la plupart des lauréats sont des groupes qui aujourd’hui ont splitté…tu parles d’un tremplin !

Vous chantez en français. Au niveau international, pensez-vous que cela vous mette des barrières ou, au contraire, que cela attise une certaine curiosité et vous ouvre des portes ?
Nous chantons en français parce que c’est notre langue maternelle et que c’est celle dans laquelle nous nous exprimons le mieux, ça nous semble plutôt logique de l’utiliser pour Hello My Name Is ! Est-ce qu’un groupe américain ou anglais se demande dans quelle langue il devrait chanter avant de commencer les compos ? Nous trouvons même un peu étrange de choisir une langue avant de monter un groupe. Choisir pourquoi ? Pour percer dans le monde entier ? Comme si tous les groupes suisses ou français qui chantent en anglais avaient des carrières internationales… Nous pensons qu’il n’y a pas forcément besoin de comprendre nos paroles pour savoir ce que nous véhiculons, c’est plus large que ça ! Beaucoup de personnes qui vont aux concerts s’en tapent même des paroles, d’ailleurs. Bref, nous faisons notre truc comme nous l’entendons, et si ça plait, c’est tant mieux !

On nous a beaucoup dit qu’en chantant en français, on n’ira jamais loin et qu’on se ferme des portes ! Même certains de nos potes nous avouent ‘ne pas pouvoir’ avec le chant en français… D’un autre côté, histoire vraie, nous assistions à un concert d’un autre groupe suisse, lorsque des Américains nous ont demandé dans quelle langue ils chantaient, alors que c’était de l’anglais ! Les types ne comprenaient rien à cause de l’accent et des tournures de phrases hasardeuses, ils nous ont même demandé pourquoi ils ne chantaient pas ‘en suisse’ (rires). Vraiment, c’était pour eux quelque chose d’étrange d’entendre quelqu’un chanter dans une langue qui n’est pas la sienne…

Quelle est votre actualité ? Pensez-vous enregistrer de nouveaux morceaux prochainement ?
Nous nous voyons et nous travaillons beaucoup. Nous avons plusieurs projets qui sortiront dans différents formats et qui comprennent effectivement de l’enregistrement studio. Nous avons aussi deux tournées de prévues, du coup, nous avons décidé de nous pencher davantage sur notre jeu de scène, nous souhaitons l’améliorer, c’est quelque chose de plutôt rafraichissant et motivant. 

hellomynameis.bandcamp.com

Auteur : Bastien Benedetto

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