C’est la stage-manager Detroit qui m’accueille tout sourire, pleine d’entrain et de bonhomie à l’arrière de la salle des Docks. Comme le soleil règne en maître, elle décide d’organiser l’entretien dehors. Puis non, trop frisquet. Pas grave ! Un appel radio plus tard, et me voilà aux portes du bus-tour, en attente des artistes, pour une discussion dans leur maison sur roues. Et finalement après un second appel radio au tour-manager, c’est dans les loges des Docks que je me retrouve pour rencontrer les héros du soir, Lzzy et Arejay Hale, respectivement chanteuse et batteur de Halestorm. Un entretien chaleureux avec ces très sympathiques frère et sœur.

Deux concerts cette années en Suisse, un ce soir et l’autre à Zurich demain, vous êtes plutôt généreux ! On est aussi sympas que ça ici ?
Lzzy : Oui, vous êtes vraiment adorables en Suisse, en plus, j’adore cette ville de Lausanne. Mon Dieu, il va falloir que je me rappelle ce nom sur scène (rires) ! Hier nous sommes allés nous promener dans la ville et c’était vraiment beau, avec une belle atmosphère et des gens très accueillants. C’est du reste la première fois que nous venons dans la partie francophone de la Suisse.

Arejay : D’habitude, nous allons toujours à Zurich, comme on le fera demain. Alors là, être à Lausanne, c’est vraiment cool ! Nous avons été près du lac et c’est incroyable, on voit la France, je crois, de l’autre côté !

‘Into The Wild Life’ fut un énorme succès pour vous. Pensez-vous que cet album a influencé d’une manière ou d’une autre votre nouvel album ‘ Vicious’ ?

L : Bien sûr, absolument ! Quelque soit l’album que nous faisons, nous l’enregistrons dans l’état d’esprit que nous avons à ce moment-là. Quand nous avons écrit ‘Into the Wild life’ nous étions très excités par composer dans ce style en particulier.

A : Oui, pour nous, la musique doit être comme un tableau, une pièce d’art. Avec ‘Vicious’ nous sommes revenu à quelque chose de plus brut, de plus ‘live’ et nous aimons que ça sonne de cette manière.

L : Nous détestons nous répéter, alors nous essayons toujours d’aller de l’avant et de nous renouveler.

Pour ‘Vicious’, quelle a été l’influence de Nick Raskulinecz (Foo Fighters, Rush, Evanescence…) votre producteur, sur la manière d’aborder et de créer cet album ?

L : Il a été d’une aide très précieuse. C’était une espèce de ‘cheerleader’ ou de ‘coach’. Il était aussi pour nous le cinquième membre du groupe et était présent dès le début avec nous. Il a participé à la conception des idées de l’album. C’était très stimulant, car il nous demandait tout le temps ‘ ok, qui a une idée ? Qui a un ‘riff’ ? ‘. Puis nous encourageait, nous poussait dans une direction lorsqu’il sentait que c’était la bonne. Ce qui est drôle, c’est que Nick est un grand fan de rock, mais il est aussi un fan de notre groupe. C’était presque effrayant car il nous connaissait presque mieux que nous-même nous nous connaissons (rire). Parfois, il nous regardait avec des yeux de fans et nous disait ‘ mais non, vous pouvez faire plus fou, plus fort, tu peux chanter plus haut etc..’ !

A : En même temps, nous sommes aussi fans du travail qu’il a fait avec les nombreux groupes avec lesquels il a travaillé. Du coup, tout le monde était fan de tout le monde (rire) !

J’adore votre titre ‘Uncomfortable’. Vous adressez un joli message à vos fans et je le trouve aussi techniquement intéressant. Tu chantes super vite entres autres ! (Lzzy se marre.) Est-ce que c’était logique pour vous que ce morceau devienne votre single ?

L : Avec ce titre, nous avons fait quelque chose de différent. C’est un morceau très rapide que nous avons tout simplement écris en faisant des ‘jams’ tous ensemble. La partie vocale dont tu fais référence était en fait quelque chose que j’utilisais pour m’échauffer la voix. J’ai ensuite décidé de l’intégrer dans une composition. Mais quand nous avons commencé à l’enregistrer, je me disais non, les fans ne vont pas aimer, les radios non plus ! Mais au final en l’écoutant nous nous sommes dis que c’était ce titre-là qu’il nous fallait en single. Ça nous montre finalement que quand tu as aimé faire quelque chose, ça porte ses fruits. Je pense que les fans ressentent ça aussi.

A : Pour ma part, j’ai dû aller rechercher un peu dans mon passé punk pour l’interpréter, quand je débutais la batterie. J’y met beaucoup d’énergie. D’ailleurs, Nick m’a énormément poussé pour que je délivre la meilleure performance possible pour ce single.

Lzzy, pourquoi à ton avis, ne voit-on pas beaucoup de femmes musiciennes, hormis les chanteuses, dans les groupes de rock ? Il n’y a pas beaucoup de guitaristes ou de bassistes féminines par exemple.

L : Je pense que c’est seulement récemment que les parents ont commencé à dire à leurs filles que finalement ce n’était pas parce qu’elles étaient des filles qu’elles ne pouvaient pas faire ce dont elles avaient envie. Nous avons grandi avec des parents vraiment cools et ouverts. Ils me disaient que si je voulais être mécanicienne, docteur ou chanteuse de rock, je pouvais faire ce que je voulais. Par contre, je pense que pour ma génération et celles d’avant, l’éducation se faisait d’une manière beaucoup plus classique. Tu devais aller à l’école, penser à tes diplômes, à une carrière professionnelle, te marier etc… et seulement après tout ça, tu pouvais penser à faire du rock ou de la musique. Les jeunes filles pouvaient être découragées au final par prendre ce risque. Mais fort heureusement, j’en vois de plus en plus maintenant. C’est une question d’envie, de talent et de passion, pas de savoir de quel sexe tu es. J’ai l’intime conviction que justement ces chanteuses qui ont percé, ont donné la force à d’autres femmes d’empoigner la batterie, la guitare ou la basse. Et d’ailleurs, quand je rencontre des fans, j’ai très souvent l’occasion de croiser des jeunes filles qui me disent avoir commencé le rock, la guitare et qu’elles adorent ça !

Quand j’étais jeune, je jouais beaucoup de musique avec mes sœurs et je trouvais ça franchement cool. Vous concernant, à quel point ou de quelle manière la musique a-t-elle influencé votre relation frère-sœur ?

L : Oh (réfléchissant) ! Je pense que la musique a eu une grande influence sur nous, mais notre musique a été influencée aussi par le fait que nous soyons frère et sœur. Nous n’avons pas que ce lien de sang qui nous unis, mais aussi ce langage musical que nous partageons. Je pense que nous communiquons d’une manière que tout le monde ne peut pas comprendre. Avec Arejay, nous sommes très proches. Peu de personnes peuvent se targuer de voyager à travers le monde avec son frère comme je le fais. Je fais ce que j’aime faire avec les personnes que j’aime, c’est génial !

A : Par le passé, nous tournions même avec nos parents (le premier bassiste du groupe n’était autre que Roger Hale, leur papa.) Mais le truc hyper cool, c’est qu’avoir grandi dans une telle famille nous a ouvert l’esprit. La totalité de notre équipe actuelle, c’est comme une famille, nous nous comportons comme telle en tout cas.

L : Je suis la grande sœur, et j’ai toujours été vraiment très fière de mon petit frère. L’avoir vu évoluer et devenir l’incroyable batteur qu’il est aujourd’hui me remplit de joie. Il influence de jeunes batteurs ce qui n’est pas rien. (Arejay visiblement gêné lui demande d’arrêté en souriant).

Effectivement, tu sembles très fière de lui, mais es-tu aussi une grande sœur protectrice ? Ayant des sœurs, je ne serais pas étonné que ce soit le cas…

L : (rires) Oui bien sûr que je le suis !

A : (la coupant) Je crois que nous veillons mutuellement l’un sur l’autre. Dans le groupe en général, nous faisons attention aux autres.

L : Mais j’avoue qu’on peut s’engueuler ou s’envoyer chier de temps en temps. (rire)

Selon vous, un bon concert de rock, c’est un concert sans trop de production, d’écran etc… où juste la musique doit être capable de captiver l’auditoire ?

A : Pour certains groupes, cela fait partie de leurs envies d’avoir une grosse production, mais pas pour nous. Nous voulons simplement être sur scène et donner le meilleur de nous-même musicalement.

L : Nous jouons depuis une peu plus de vingt ans, et nous restons un des rares groupes à ne pas utiliser, encore aujourd’hui, de bandes sons, d’orchestre ou autres choses du genre.

A : (rires) Jamais de pyro !

L : C’est vrai (rire), bien qu’on ait essayé quand nous étions adolescents, mais on a failli mettre le feu à la maison…on a vite abandonné !

A : Pour nous, les lumières sont assez importantes, car elles accentuent le show à certains moments. Notre technicien est vraiment très bon et nous offre tout ce dont nous avons besoin.

L : Nous changeons de set-list tous les soirs. Donc personne ne peut rien programmer en avance, ce qui permet de garder les personnes concentrées ainsi que faire en sorte que le travail ne devienne pas monotone. Nous faisons vraiment des concerts organiques où tout le monde fait partie du groupe, où chacun à son rôle important à jouer. Pas seulement les musiciens.

A : Nous adorons improviser, s’écouter, se taquiner sur scène. Souvent, nous rigolons et avons du fun lorsque l’un de nous fait une erreur. On s’amuse beaucoup en fait.

Vous tournez souvent avec des groupes qui ont des femmes comme ‘leader’. (In this Moment, Devilskin). Lzzy, c’est une manière de ne pas être la seule femme à bord, ou plutôt parce que tu veux les aider ?

L : Dans mon cas, j’ai souvent été la seule femme. Je n’ai grandi qu’avec des mecs ! Parfois, pendant les tournées, j’en viens à oublier que je suis une femme. Je raconte des blagues horribles et les personnes sont étonnées des conneries qui peuvent sortir de ma bouche (rire). Plus sérieusement, je suis pour la cause des femmes. Et par le passé énormément de personnes, que je remercie, m’ont soutenue et encouragée. Du coup maintenant, je veux être cette personne qui donne la chance à des nouveaux groupes ayant des femmes à bord de se produire et de se faire connaître. Et puis c’est cool, car si tout à coup, je suis à cour d’eyeliner, quelqu’un est là pour m’en prêter (éclat de rire général) !

: D’ailleurs en tournée, on voit souvent des groupes qui n’ont que des membres masculins, avoir plus de produit de beauté que nous en ayant Lzzy avec nous !

Qu’est-ce qui pourrait vous fatiguer de faire de la musique ?

L : (du tac au tac) Le nombre de trous-du-cul que l’on croise ! Non… plus sérieusement, c’est drôle car nous en discutions récemment. C’est vrai, là nous sommes loin de chez nous pour six semaines, on attend dans les aéroports, les décalages horaires… Mais chaque soir nous avons un public différent, dans un nouvel endroit, une nouvelle ville, donc ça nous motive à faire ce que l’on fait. D’ailleurs, quand nous sommes en studio, on se demande déjà quand est-ce qu’on repart en tournée !

A : Tout simplement, je pense que la musique elle-même nous empêche d’être fatigué de la musique et de faire ce que l’on fait.

Alex, l’un des photographes du Daily Rock sera dans le ‘pit’ ce soir. Comme vous changez de set-list tous les soirs, le pauvre se demande si vous allez jouer ‘ I like it heavy’ ?

A : (rires) En fait ça pourrait être cool, effectivement ! Nous allons en parler, pourquoi pas !

Une dernière chose, dites-moi ce que vous voulez, ce qui vous passe par la tête maintenant !

: (surprise) Là tout de suite, je ne sais pas…on se réjouit déjà des festivals que nous allons faire cet été, car nous adorons les faire et c’est vraiment top ! Et puis nous ne sommes jamais à cour de rêves, alors nous continuons de les vivre à fond.

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