Ganja Light

Les nouvelles clopes à la mode

À moins d’avoir passé les derniers mois dans la forêt à sacrifier des nouveaux-nés au son de ton groupe de black metal préféré, tu as sans doute entendu parler des news vaporeuses qui embrument nos vertes contrées.

Dans l’effervescence générale, 2017 nous a appris que l’herbe était soudainement légale en Suisse. ‘Y’a un piège’ diront les plus incisifs de nos lecteurs. Ils auront partiellement raison. Dans le sillage de jeunes entrepreneurs ingénieux, nous avons découvert une subtile faille dans le cadre posé par le législateur. On va te la faire courte, la weed, la vraie, celle de Bob Marley et des hippies aux cheveux longs et aux idées courtes est toujours interdite… Pour peu qu’elle contienne plus de 1% de THC.

Dès lors, pourquoi toute cette effervescence dans le petit monde médiatique helvétique ? Déjà, ça reste de l’herbe, donc ça laisse le loisir à tata Yvonne de cracher toute sa hargne sur ces petits branleurs qui feraient mieux de finir leur service militaire et de trouver un vrai job. Passés le choc initial et la menace rampante qui s’applique à saper les bases et l’équilibre précaire de notre société, que reste-t-il ? Et déjà, comment on fait de l’herbe sans herbe ?

Par croisement, pardi ! Tu imagines bien que si les botanistes néerlandais ont pu, à coup de croisements, produire une Amnesia Haze qui passe aisément la barre des 30% de fun, l’inverse est possible aussi. Mais cela n’est pas tout, désabusé lecteur. Dans la foulée, ils ont aussi fait grimper le taux du second canabinoïde le plus présent dans notre bon vieux chanvre à l’envi.

Loin des effets psychotropes si chers à de nombreuses générations d’adolescents espiègles, celui-ci a plutôt tendance à détendre tes vieux muscles fourbus et à te laisser dans un état de douce contemplation. Exit donc les soirées rigolades à éventrer les paquets de chips avec la grâce d’une bande de vikings dans un monastère anglais. En lieu et place, bonjour aux hordes de bobos trentenaires qui se sont tous subitement découvert des troubles hyperactifs ou des douleurs musculaires à traiter dans des nuages d’automédication odorantes.

Tu nous connais, au Daily Rock, on est très à cheval sur l’honnêteté journalistique, et on te doit la vérité toute nue. On a donc pris notre courage à deux mains pour expérimenter pour toi cette nouvelle production à la mode. Ce n’est pas tous les jours que tu as le droit d’écrire en gros ‘weed’ sur une note de frais.

Nos confrères de la presse généraliste proclament haut et fort qu’on en trouve partout. Après avoir enfilés notre cuir du dimanche pour entamer notre quête, force est de constater qu’effectivement, nous n’avons pas eu à chercher très loin. Le premier kiosque de quartier rencontré disposait même d’un assortiment plutôt fourni. Passée l’impression étrange d’un ‘bonjour monsieur, vous vendez de l’herbe ?’ désinvolte, nous nous retrouvons face à un panel de verdure adapté à toutes les bourses et à toutes les envies.

Une boîte contenant un peu moins de deux grammes retient notre attention. Faut pas déconner non plus, on ne va pas rentrer avec dix grammes de ce que l’on appelait du foin il y a peu. Notre courte escapade terminée, nous nous intéressons donc au contenu de nos emplettes. Apparence, odeur, saleté de texture poisseuse, tout y est.

Nos petits doigts habiles ont tôt fait de confectionner un joint ‘classique’ qui reprend la règle de la légendaire fondue fribourgeoise : moitié-moitié. On sait, le tabac, c’est mal, mais nous avons choisi de procéder dans cette affaire comme opèrent les habitués de la substance canonique.

On ne va pas te la faire à l’envers : on ne s’attendait pas à grand-chose. Pour le coup, on a presque été agréablement surpris de ressentir une impression de décontraction et de détente pas dégueulasse. Train de pensée posé et décontracté, musculature au repos dans une agréable oisiveté et relatif sentiment de bien-être. Si l’on voit mal le produit concurrencer les honnêtes commerçants de proximité qui opèrent sous les radars, il garde tout de même un certain intérêt. Son seul défaut, peut-être, reste d’être vendu à prix d’or.

Alors quoi ? Que faire de tout cela ? La partie la plus intéressante de cette fièvre nouvelle tient peut-être dans les corollaires qu’elle implique. Impossibilité actuelle de différencier la bonne ganj’ de l’ivraie pour les autorités de manière rapide et fiable, éternelle question des mineurs, ou encore questions de santé publique qui étaient plus simples à théoriser avec un produit de toute manière illégal, les pierres d’achoppement ne manquent pas.

Peut-être est-ce là l’occasion de remettre les choses à plat. Le bras armé de l’autorité, par exemple, qui fait depuis des années honneur à son devoir de réserve quant aux politiques successives n’en compte pas moins nombre d’honnêtes travailleurs qui en ont déjà plein le fondement de la quantité de paperasse nécessitée par la découverte de deux pauvres grammes d’herbes. Ceux-là en seront pour leurs frais. On réfléchit en sus à un cadre légal pour accompagner cette nouvelle pratique, qui de fait constituera un outil régulant l’entier de la chaine d’approvisionnement en cannabis de notre pays.

Peut-être serait-il opportun de pousser la réflexion jusqu’à se demander si cette régularisation doit se borner à s’arrêter en si bon chemin, ou si le moment est venu d’avoir le courage politique de faire le dernier pas de ce long chemin. La fin du siècle dernier et le début du nôtre ont vu une guerre sans merci contre une pratique presque aussi vieille que l’humanité, sans que sa popularité n’en soit altérée, et nombreux sont les pays du monde libre à revenir sur une prohibition plus que cinquantenaire.

La question qui subsiste, dans cette optique, pourrait être la suivante : les lois sont-elles faites pour infléchir les usages d’une société toute entière, ou au contraire pour encadrer et accompagner les pratiques dans des conditions servant l’intérêt général ? On te laisse méditer là-dessus, et on retourne à nos contrefaçons de pétards… [GN]

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