© Bella Howard

© Bella Howard

Grand malade sur scène, grand sage dans la vie, l’ex-chanteur de Gallows, Frank Carter, sort l’incroyable ‘Modern Ruin’, son deuxième album solo fin janvier 2017. Un album qui semble déjà être la bande-son de ces douze prochains mois…

Comment présenterais-tu ‘Modern Ruin’?
Cet album est uniquement focalisé sur les relations humaines, nos amis, notre famille, nos ennemis, même les gens que l’on croise dans la rue et notre façon de se comporter par rapport à eux. Quand j’ai composé ‘Modern Ruin’ , j’étais dans une période assez sombre et intense. Je regardais beaucoup les nouvelles, et ce bombardement de mauvaises nouvelles, de réfugiés partout, et j’ai réalisé que je me comportais ainsi avec ma famille et mon entourage : de manière très violente et agressive, comme un bombardement. Ce n’est pas beau à dire, mais c’est une réalité. L’album s’est alors construit de lui-même : les relations humaines sont un champs de bataille.

Tu sembles très posé mais cet album est extrêmement énervé.
On est tous énervés, mais heureux en même temps. Nos émotions ne sont pas binaires, les humains sont plus compliqués que ça. Je me sentais très seul, perdu, sans but, et ‘Modern Ruin’ est plus sur la confusion d’être un adulte, comment il faut s’adapter à ta vie et la façon dont elle change, que ça te plaise ou non. Il en résulte un chaos beau et vibrant.

Tu aimes ce genre de chaos? Tous tes concerts se terminent avec toi marchant sur la foule.
C’est pas du tout bon bon sentiment! Tu espères juste ne pas te casser la gueule! (rires) Mais j’aime cette manière donc le public se lève d’un seul homme et te porte littéralement à bout de bras. C’est comme The Dillinger Escape Plan, ces mecs sont tarés mais ils arrivent à créer une communion unique, où les gens ne font plus qu’un. Ils sont devenus des amis très proches, j’aime leur honnêteté. On n’arrive pas beaucoup à se voir, j’ai une vie plutôt remplie : j’essaie d’être un bon père, un bon mari, et me consacrer à ce groupe.

Tu fais encore du tatouage?
Oui j’essaie, mais je me focalise surtout sur la musique. Je fais du tatouage quand j’ai le temps en tournée.

Cet album est beaucoup plus mélodique que ‘Blossom’, et j’ai l’impression que tu met beaucoup plus de sentiments dans ‘Modern Ruin’.
Ces deux albums sont vraiment axés sur les sentiments, la musique est subjective. Pour toi ‘Blossom’ était agressif, pour moi c’était reprendre ce que j’avais perdu : une carrière. Avec ‘Modern Ruin’, je me met des challenges. Je me donne des opportunités et je veux être le meilleur à être moi-même. Il n’y a qu’un ‘moi’ et je veux être plus fort, meilleur, jusqu’à ce que je sois heureux et authentique. C’est la seule manière donc je peux rendre mon entourage heureux aussi.

Tu es heureux maintenant?
Ouais, mais hyper crevé. J’ai fait six concerts en sept jours, ce n’est pas une sinécure! Faudrait que je dorme… mais ma fille était malade le jour où j’étais avec ma famille – genre elle a chopé la varicelle le jour avant que je parte en tournée! (rires) Et là tu flippes, et tu espères que tu as eu la varicelle étant petit (rires) – Le premier jour de la tournée, on n’avait qu’une chambre d’hôtel, hyper miteuse genre film d’horreur, pas de radiateur. Je dois dans mes fringues depuis le début de la tournée, ultra glamour!

Il y a beaucoup plus de parties chantées sur cet album.
Comme je t’ai dit auparavant, c’était une manière de me poser des challenges, mais aussi d’impliquer le public, ils peuvent soit pogoter comme des fous, soit chanteur à tue-tête. J’ai plein de trucs à dire, mec, donc je ne souffre pas du syndrome de la page blanche. La seconde où je monte sur scène, je comprends qui je suis, nous ne sommes qu’un et sommes tous pareils et si différent. Nous sommes fragiles, honnêtes, nous sommes tout et son contraire, et il faut embrasser cela. La vie n’est qu’une question d’équilibre… En fait tu joues simplement à un Jenga géant (rires). C’est mon cinquième album, et si je devais n’en garder qu’un, ce serait celui-ci. Il est agressif, avec plein de chansons assez pop-rock, mais aussi pas mal de rock épique, où l’album se termine en cinq minutes de cacophonie musicale, tandis qu’il commence par une minute de moi à la guitare – et c’est la première fois que je jouais de la guitare sur un album. ‘Bluebelle’ est le premier morceau dont je compose l’intégralité : chant, guitare, batterie, tout. Je n’avais jamais eu cette opportunité auparavant. Quand je l’ai montré au reste du groupe, ils m’ont dit ‘ce morceau est vraiment nul, il faut qu’il aille sur l’album!’ (rires)

Tu aimerais jouer de la guitare plus souvent?
Non, en fait j’aime ça mais je trouve cela très stressant. Cela me limite aussi beaucoup dans ce que je fais. Je préfère avoir une totale confiance dans mon chant et ma présence scénique.

T’as des putains de cordes vocales!
Merci mec! Je progresse pas mal aussi, et j’ai eu la chance de ne jamais avoir souffert de mes cordes vocales, genre on partait en tournée pendant trois semaines, il fait froid dehors et ma voix est toujours intacte. Bon, là ça graille un peu, mais regarde Lemmy, ça lui a taillé une carrière! (rires)

Sa mort a influencé cet album?
Non, en fait quand je compose j’arrête d’écouter de la musique, surtout contemporaine car elle est trop facile. Mes influences sont ma famille, mes amis, je trouve l’inspiration dans le simple fait d’être vivant, et les situations que je vis. Mes problèmes sont uniques pour moi, mais extrêmement généraux – sur une large échelle, j’essaie juste de retirer l’essence de cela. Je pourrais monter sur scène, transpirer comme un connard, et c’est tout… Mais je n’arrive pas à me reposer, mon cerveau tourne toujours à cent à l’heure.

Quel morceau représente le mieux ‘Modern Ruin’ d’après toi?
En live, ‘Lullaby’ a un effet magique sur le public, elle marche très bien. On joue aussi ‘Modern Ruin’ et c’est une excellente opportunité pour celles et ceux qui n’ont jamais fait de crowd surfing de s’y essayer. Tu le vois dans leurs yeux, ils sont là ‘c’est ma chance!’ et s’éclatent comme des fous. La scène dans laquelle j’évolue est majoritairement masculine, et ça me fait plaisir de voir toutes ces filles faire des pogos, du crowd surfing, on a beaucoup de femmes à nos concerts. Je veux que les gonzesses fassent du crowd surfing, en fait je veux tous les genres, tous les stéréotypes, je veux qu’ils vivent le moment à fond. [Grant Bailey]

www.andtherattlesnakes.com

FICHE CD
Nom de l’album : ‘Modern Ruin’
Label : Limmat Records / Death Cult
Note : 4.5/5

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.