© Eurosonic Festival

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1er jour :
Après un vol Genève-Amsterdam sans encombre avec Théo mon acolyte de La Belle Chic et co-programmateur du JVal festival, nous prenons le train direction Gröningen au nord des Pays-Bas accompagnés de Samuel, fondateur de la plateforme musicale MX3 et chroniqueur radio/télé.
Petit problème, toutes les annonces sont en néerlandais et on se retrouve coincés, toutes lumières éteintes et portes fermées à l’intérieur d’un wagon resté à quai, perdu dans la rase campagne.
Ce sera le seul souci majeur de cette semaine musicale (excepté l’inorganisation des guichetières bataves du festival, accortes mais néanmoins complétement larguées qui nous font arpenter la ville sous la pluie à la recherche d’un fantomatique bureau Ticketmaster).
Par chance, l’appartement loué pour la semaine se trouve bien situé près du centre de congrès.
Mais aucun bar ouvert dans le quartier. Bizarre et tant pis. On se couche vers 3h après une bonne séance de blind test musical à base de Balthazar, INXS, Dillinger Escape Plan, etc.

2e jour :
Un solide déjeuner gröningois avalé (je recommande d’ailleurs la soupe à la moutarde), on part à la découverte de la ville. Fondée au Moyen-Age, elle est très belle dans son architecture, très humaine, étudiante et des vélos dans tous les sens.
Les concerts ne commencent qu’à la tombée de la nuit, répartis dans une trentaine de lieux !
Il y a des bars partout, des pubs, des tavernes, des salles de spectacle. Pour une ville plus petite que Genève, c’est proprement incroyable. Ça donne envie d’y rester plus longtemps. Ou de redévelopper notre belle vie du bout du lac, actuellement en quelques difficultés culturelles.

Là, ce sera dans une petite salle très moderne où se produit la belge Alice on the roof. Assez curieux, une sorte de Fiona Apple qui se lancerait à l’Eurovision. Poum poum tchak mélodieux et souvent inspiré. Je ne suis pas trop le cœur de cible et j’imagine bien des adolescentes l’écouter pour remplacer avantageusement les Beyoncé, Miley et autres Katie. Je comprends que les très sympathiques Kilian et Sam de l’agence suisse de booking Just Because l’aient pris dans leur roster.
Ce sera avec eux plus tard dans la soirée que nous assisterons dans une église au concert de Charlotte OC.
Magnifique endroit pour déguster la performance toute en délicatesse et en force retenue de cette jolie artiste anglaise. Malheureusement son maniérisme gestuel me gâche un peu le spectacle. Étonnant comme on peut reprocher à une femme ce dont on se fiche complétement pour un homme.
Plus tôt, après nous être plantés de bar, on croit assister au set de Be Forest. ‘T’es sûr que c’est vraiment un groupe de shoegaze italien ? On dirait plutôt ce que pourraient écouter quatre Valley girls en virée dans leur décapotable, reprenant à tue-tête le refrain moisi d’une pop bubble-gum indigeste.’. Un peu comme cette phrase d’ailleurs…
Be Forest, très bons eux, étaient en fait 10 mètres plus loin dans un autre bar.
Il y a tellement de groupes et d’attente pour entrer dans les différents lieux qu’on a tendance à écouter de l’extérieur et repartir en chasse musicale. En plus, il doit faire 3º à tout casser.
On aura vu également aussi les Anglais de Seafret dans un cinéma transformé en salle de concert pour l’occasion. C’est bien, ils avaient viré les sièges et franchement plutôt bons les Seafret. Puis file d’attente interminable dans le froid pour Oscar&the Wolf qui se fend d’une reprise de Bowie de circonstance.
En fin de soirée, le sentiment du devoir accompli, nous nous arrêtons pour un petit Jack en l’honneur de Lemmy, au 70K, chouette bar Led Zep à fond, qui une fois la fermeture officielle annoncée, restera ouvert juste pour nous quatre et quelques-uns des potes du barman de passage jusqu’à 4h.
Le tavernier nous offrira même des bières à emporter parce qu’il avait apprécié de taper le bout de gras avec nous. Là encore, les discussions musicales, professionnelles et personnelles se poursuivront jusqu’au petit matin.

3e jour :
Seule une orgie de sushis à 14h nous permit de sortir de notre léthargie.
Un rendez-vous avec le fondateur de l’agence de booking parisienne Control ayant sauté dans l’après-midi, nous en profitons pour reprendre un peu de repos.
Nous discuterons avec eux plus tard dans la soirée.
Mais maintenant c’est le prodigieux concert de Fai Baba, groupe zurichois ciselant un rock psyché, entre force brute et harmonies planantes. La salle est pleine de programmateurs de tous pays et d’un public rapidement conquis, non par la chaleur du chanteur, rappelant des portes de prisons luthériennes, mais par la qualité des compositions. Faut-il être avenant pour se faire apprécier et se vendre ? Car tel est quand même l’un des buts de ce grand raout musical. Vaste question qui occupera une partie de nos conversations nocturnes.
C’est dans The Tavern, l’un des plus grands bars de la ville que nous assistons au set carré et tout en séduction des Chikitas (premiers rangs peuplés de photographes et de fans masculins, quelques jeunes filles headbanguent aussi).
Lynn converse (aux pieds) en néerlandais et Saskia rudoie ses fûts comme d’habitude. On attend avec impatience le nouvel album qui devrait sortir au mois d’avril.
On retrouve finalement Romain et Adrien de Control, les efficaces bookers français des Chikitas. La discussion se prolongera assez longtemps au 70K, notre nouveau fief, après avoir complétement raté le concert très attendu des tarés de De Staat.

4e jour :
L’heure du départ est proche. La neige est tombée pendant la nuit et amplifie notre douce torpeur mélancolique.
J’enrage (rage toute contenue) lors du passage au Musée de Gröningen qui, miracle et malheureux hasard, propose depuis 2013 une expo sur Bowie (Bowie is…). Sold out depuis le début de la semaine. Seule une jolie photo devant Ziggy Stardust sera mon petit hommage à l’un de mes plus grands héros musicaux.
Bilan de l’Eurosonic plus que probant, une ville magnifiquement culturelle, un festival/marché business riche en découvertes musicales et en rencontres professionnelles et humaines de grande qualité.
L’année prochaine, nous y retournerons et assisterons cette fois-ci aux conférences proposées. Et non, il n’y a pas eu de pause-coffee… [Frederic Saenger]

http://www.eurosonic-noorderslag.nl/en/