DR85 Une 72 dpiPerfides lecteurs,

Je pourrais vous introduire cet édito paresseusement en vous parlant du retour des beaux jours et du soleil qui luit paisiblement sur vos wayfarers, mais par les temps qui courent, on ne prend pas trop de risques.

Nous ne sommes pas les seuls, remarquez. À l’heure où ces lignes s’échappent une à une, encouragées par le houblon salvateur, la même activité revient à la mode. Comme chaque année. Les voix s’élèvent pour fustiger tel ou tel rassemblement estival au nom de la pauvreté et de la maladresse de sa programmation dans une posture se réclamant du bon goût le plus altier.

Les faits sont là. Même quarante ans après, le festival, il t’emmerde.

Vous nous braillerez probablement en chœur un incisif ‘Ils l’ont pas volé !’. Vous aurez raison. Même toi. Oui, toi. Toi qui chaque année craches à la gueule d’une grand-messe qui réussit encore à avoir l’outrecuidance de se réclamer de Woodstock après avoir vendu son cul, son âme et son sens critique. Les faits sont là. Même quarante ans après, le festival, il t’emmerde. Si délavés qu’en soient les idéaux, si pauvre qu’en soit la programmation, t’es quand même là. On sait, on sait. ‘Les potes, l’ambiance, le sexe, la drogue et le rock’n’roll…’ Nul besoin de te justifier devant tes frères d’hypocrisie. Un con a dit un jour : ‘quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que ça ne se vende plus !’ Tu vois où je veux en venir, avec mes grosses rangers boueuses. Rien de nouveau. Toutefois, rien de nouveau non plus dans ta diatribe annuelle anticipant mauvais kebabs et petits joints qui te rappellent que t’as été jeune et con aussi. Après tout, une poignée de vieilles gloires et une suite de suggestions YouTube peuvent aussi être un plaisir. De grâce, qu’elles restent au moins un plaisir coupable…