dr 49

Rockeuses, Rockers,

Trois, deux, un, c’est parti ! La grande foire à la saucisse a démarré avec le printemps. Qui n’a pas son schublig Paléo, sa merguez Caribana, son cervelas Gurten, sa chipolata Rock Oz’? C’est curieux chez le mélomane ce besoin d’accommoder musique et boustifaille.

A l’heure de pondre ces lignes la grand-messe Paléo vient d’annoncer son programme, surtout elle vient d’ajouter une belle ligne chaotico-éthylo avec la programmation le samedi soir d’Amy Winehouse et tout le monde se félicite déjà d’une cuvée exceptionnelle, d’un programme enfin digne de ce nom. A Avenches, on exhibe fièrement ses tattoos Motörhead, à Gurten on déroule déjà la banquise rouge pour les Arctic Monkeys et à Greenfield on a commandé un plein baril d’huile pour être sûr que le System of a Down ne tombera pas en panne. Tant mieux, mais moi y’a quand même toujours un truc qui me laisse un peu songeur.

« Comme d’hab’ cet été ça sentira la saucisse un peu partout. Merde. »

Oui, songeur. Parce que comme d’hab’, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire toutes les places de l’Asse seront vendues, que comme d’hab’ à Montreux ça sentira le billet imprimé à l’encre spéciale anticontrefaçon, que comme d’hab’ le temps sera maussade au Festival de la Cité, ou que comme d’hab’ les festivaliers auront sorti leur santiag nupied. Non songeur parce que surtout, comme d’hab’, ça sentira la saucisse un peu partout.

Bigre, est-ce que tous nos joyeux mélomanes du pays n’en ont pas marre de passer leur temps à faire la queue pour un bout de boyau rempli de vieux gras, d’extraits de cornée, d’épices et de glace pour remplir la place? J’en conviens un bon cervelas c’est comme la célèbre madeleine de Proust, inoubliable. Mais là où le bas blesse et la graisse coule, c’est que ce condensé de cochonneries est dégluti au beau milieu de la foule entre un gros riff de guitare et un solo de basse. S’ensuit une première appréciation faite au voisin sur le côté cramé de la chose, une autre à la copine dans le genre « t’irais pas nous chercher trois bières ça m’a donné soif » et une dernière pour dire que « après ça je me f’rais bien une gaufre ». Et pendant ce temps, limitation de décibels oblige, on peine à suivre le fil du concert qui se déroule juste là devant. Inutile même de vouloir se rapprocher, devant y mangent des merguez.

Alors merde, cet été, m’sieurs-dames les schubligivores, arrêtez de bouffer et écoutez plutôt de la bonne zik, ça vous aidera à garder la ligne.

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