Les diners de famille, avoue que t’aimes ça…

Rien n’est plus à la mode que critiquer le fascisme latent de ses frères de sang à l’heure où l’ambiance lorgne sournoisement du côté des libations sponsorisées par Patrick Sébastien…


Sois honnête, toi aussi, tu as vertement critiqué l’illettrisme de tes proches gavés au foie gras et au vin bon marché à l’approche de la nouvelle année. S’offusquer de l’arriérisme de ces barbares qui nous ont engendré est devenu monnaie courante.

‘Ouais mais quand même, nous, on est tolérants, mais va essayer de construire une église en Arabie Saoudite…’ C’est le moment où, faute de te mettre à chanter à tue-tête ‘Le petit bonhomme en mousse’ pour désamorcer le champ de mines familial, tu te drapes dans la plus altière des vertus pour échapper au sempiternel débat sur l’immigration et la légendaire dose de laxisme enrobée de xénophobie helvétique.

Toi aussi, tu as ri de l’apologie façon vieux réac’ de ce bon vieux Clint dans Gran Torino. Tu as des amis blacks, gays ou juifs qui te servent de caution morale et t’autorisent à fustiger sans vergogne les indigents qui t’ont précédé. Que reste-t-il de tes grands discours une fois estompée la posture prétentieuse dans laquelle tu te confortes pour expier maladroitement les restes de ton arrogance adolescente ?

On va pas jouer les prudes, on te comprend. La planète part en vrille à tous les étages. Les leaders du monde libre ont élu, à ton corps défendant, une baudruche qui a fait l’entier de sa campagne sur l’idée que les vérités factuelles ne sont qu’un concept suranné devant l’ignorance crasse de tout un peuple. Le nucléaire c’est le mal, Poutine est une raclure et la post-vérité, c’est le refuge de faibles et des ignorants.

Comme si le monde allait t’attendre et réaliser subitement qu’il était dans l’erreur la plus profonde, que l’altérité allait sauver ce qu’il reste d’humanisme, qu’une espèce en mal de cause allait se relever dans les affres de ses régurgitations pour reprendre en main des considérations qui te dépassent.

Que crois-tu accomplir, du haut de ton omniscience oisive et arrogante pendant que tu laisses à d’autres le soin d’élire les plus méprisables des oligarques putrescents ? Te crois-tu réellement détenteur d’une compréhension plus élevée que les méprisables fascistes que tu fustiges entre le dessert et un café noir?
Tu ne fais que produire l’exact inverse des discours sur une jeunesse dégénérée qui ont cessé d’être originaux depuis l’époque de Babylone la Grande. Drape-toi dans ta pureté, dans ta tolérance et dans ta modernité à en vomir, tu n’en proposeras pas une alternative crédible au condensé de peur, de facilité et de morosité ambiante.

Si agréable que soit la facilité que génère ta subversivité à bon marché, elle n’en restera rien moins que les considérations échevelées d’une génération choquable à l’envie et pour un rien nourrie de l’illusion que son opinion comptait pour quelque chose dans un monde où le plus infime des médiocres peut revendiquer le droit d’être entendu… À moins que…

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