Rockeuses, Rockeurs,

Je m’émeus. Depuis cinq mois, j’ai l’impression d’avoir atteint un point de non-retour musical. Pour cause, un fossé se creuse entre les amateurs de live et les snobs.

‘Tu te rends compte que je pourrais être chez moi, dans mon canapé, à me faire chier?’, avouait un spectateur lors d’une virée à Marseille. L’homme avait pour l’occasion rameuté un ami venu expressément de Lyon pour se retrouver dans la zone industrielle marseillaise afin d’y faire péter ses tympans avec trois groupes qui envoyaient du bois… devant vingt spectateurs…

‘Si on me proposait un concert à trois minutes de chez moi, gratuit, avec des groupes venus d’Angleterre en exclusivité? Bah, à voir si je bosse pas le lendemain’, me répondait un ami.

Nous y voilà donc : ceux qui refusent de rater quelque chose et ceux qui doivent être menacés de mort pour bouger leur auguste derrière afin de profiter d’une soirée, élaborée durant des mois à la sueur du front de ceux qui y croient encore.

Avons-nous décidé de mépriser tout ce qui se passe chez nous? Avons-nous tellement de choix que l’on décide de ne plus choisir et de se ‘faire chier sur son canapé’, avec sa femme et son chien, à regarder Top Chef?

‘Si on me proposait un concert à trois minutes de chez moi, gratuit, avec des groupes venus d’Angleterre en exclusivité? Bah, à voir si je bosse pas le lendemain.’

Je m’émeus un peu plus chaque jour. Devant ceux que je croise à chaque concert, se défoulant comme des fous au rythme de la batterie. Devant ceux qui rechignent devant un monceau d’opportunités parce qu’il ‘bossent demain’. Devant ceux qui font la file durant des heures pour prendre leurs billets pour un festival se déroulant à Nyon. Mais surtout, je m’émeus devant ceux qui se battent à corps perdu pour offrir une programmation de qualité… pour vingt spectateurs.