Ce que l’on voit dans un festival, quel qu’il soit, ce sont nos musiciens favoris donner le meilleur d’eux-mêmes sur scène, des lumières qui nous chatouillent la rétine, des écrans nous rendant fidèlement ce qui se passe sur scène, et bien souvent un son qui nous ravit. Mais pour nous faire profiter de tout cela, il faut du monde qui œuvre d’arrache-pied en coulisses. Ce sont ces personnes de l’ombre ainsi que ce monde un peu secret des ‘Backstages’ que le Daily Rock a voulu découvrir. Demande acceptée et accréditation validée, nous voilà dans les coulisses du Montreux Jazz Festival.


C’est à 10h00 tapantes, en cette radieuse matinée de juillet, que j’ai rendez-vous devant l’entrée des artistes de l’auditorium Stravinsky. C’est José Gaudin, le responsable des systèmes de sonorisation qui m’accueille. Le solide trentenaire valaisan travaille pour Meyer Sound, qui est le fournisseur officiel du Montreux Jazz (entreprise sonorisant Metallica entre autres) et il est aussi l’ingénieur du son du Club durant la manifestation.

Petit sourire à la demoiselle de la sécurité, et je pénètre enfin dans le cœur de la manifestation avec mon guide. Il faut savoir que le festival possède huit scènes, pour pas moins de 488 haut-parleurs dispatchés sur celles-ci. On commence donc notre tour du propriétaire par une visite au Lab. Rien de spécial à signaler par l’ingénieur du son de la salle. Les équipes techniques des artistes du jour font leur apparition, et le montage scénique commence déjà. La particularité principale d’un technicien de spectacle, c’est d’être capable de dormir très peu. On finit sa journée à 5h du matin, pour la recommencer à 10h du même matin. Ça pendant deux semaines. Ces femmes et ces mecs ne sont pas faits comme nous !

On continue notre ballade dans le dédale de couloirs que sont le Stravinsky et le Lab, vu que ce sont deux bâtiments qui ont été appondu l’un à l’autre. Des bureaux éphémères sont montés pour l’occasion. Arrêtons-nous dans celui de Martin Reich. L’homme s’avère être le ‘coordinateur du son’ du festival. Son travail consiste à coordonner les demandes des artistes, le travail des ingénieurs du son, ainsi que de la production générale. Il doit aussi écouter les mixes des ingénieurs du son et faire un contrôle qualité de ceux-ci. Pour cela, il possède son petit salon d’écoute.

D’un air taquin, Martin me dit qu’il est même capable de sentir dans les mixes si José était bien réveillé à la console du Club. Direction ensuite le shop du Montreux Jazz Festival, plus communément appelé dans le jargon musical, le ‘Backline’. Là, pour votre serviteur, c’est un peu comme le paradis sur terre. Des batteries, des cymbales, des guitares, des amplis, des percussions, des Hammond B3, et même en réserve douze pianos à queue. Le festival peut pallier à tout problème qu’aurait un artiste avec son instrument ou son matériel. En gros ce que l’artiste a besoin, Montreux l’a. Bien sûr, il y a du stock, mais le matériel qu’il y a là n’est pas le fruit du hasard non plus. Les fiches techniques des artistes sont savamment étudiées. En cas de pépins, il y a aussi un atelier de réparations à disposition.

On en bouffe du kilomètre entre les murs des salles du bord du lac. Nous voilà au sous-sol du bâtiment pour une petite visite des camions de la RTS où est commandé tout l’audio-visuel du festival. Yves-Alain Schneider nous accueille chaleureusement. Nous passons en revue les trois camions que le RTS met à disposition du festival. Le responsable de la production de la RTS m’explique de manière générale le dur labeur qu’ils effectuent. Notamment l’énorme et indispensable travail d’archivage des différents concerts du Montreux Jazz, ainsi que les fameux DVD estampillés ‘Live in Montreux’ qu’ils produisent. De plus, les images que vous voyez sur les écrans de chaque salle pendant les concerts sont traitées et produites en direct depuis ces camions. Les techniciens y officiant sont en communication permanente avec les ingénieurs son et lumière des salles, pour une qualité et une homogénéité optimale de l’ensemble.

Nous continuons notre visite en faisant un détour par le Stravinsky, où un petit problème subsiste à la console. Quand deux ingénieurs du son parlent ensemble, autant vous dire que les comprendre relève du défi. En français, c’est déjà chaud. Mais en anglais, même en connaissant cette langue, ce fut laborieux. C’est un peu comme si vous parliez relativement bien le français, mais que vous vous retrouviez au milieu d’une conversation entre autochtones d’un petit village au nord du Québec. Pas facile. Soucis rapidement réglé par José qui s’en va sous la scène faire une petite amélioration (il y a autant de matériel sous la scène que dessus). Faisons à nouveau fumer nos baskets et départ pour le Club où une jolie surprise m’attend.

José m’offre des ‘pass’ pour l’intégralité des salles, pour que je puisse me faire plaisir durant la soirée (et ce sera fait). Sympa le geste. Mais la chose inattendue, c’est que j’ai la chance d’assister au ‘soundcheck’ de Morcheeba. Et le faire depuis la régie, c’est encore bien plus captivant. Je peux me rendre compte du travail que fourni José en sa qualité d’ingénieur système avec le technicien du groupe. Conseils, directives (notamment les fameux 100dB maximum de la loi suisse) ou autres instructions concernant la table de mixage. Et puis avoir la voix de Skye Edwards qui résonne dans mes oreilles presque uniquement pour moi, relève du privilège. D’avoir pu approcher ce groupe, qui offre un set acoustique pour Montreux ce soir, n’est-ce pas tout bonnement jubilatoire ?

Je n’en ai côtoyé que trois, mais croisé des dizaines. Suffisant pour me rendre compte de la masse de travail indescriptible qui est abattue par les femmes et hommes de l’ombre durant cette quinzaine montreusienne. Ingénieurs du son ou des lumières, techniciens vidéos, ‘backliners’, régisseur, ’stage manager’ et j’en passe. Sans eux, le spectacle serait froid, il n’y aurait pas de show. Alors durant cette période de festival, des applaudissements à leurs égards ne seraient pas de trop.

Un grand merci à José Gaudin pour sa disponibilité, malgré son peu d’heures de sommeil de la veille. Merci aussi à Martin Reich et Yves-Alain Schneider pour leur accueil, et leur gentillesse. Ma visite s’arrête, mais ma soirée continue. Ma soif de musique n’est pas étanchée. D’ailleurs, je finis cette magnifique journée par un splendide concert de Morcheeba au Club. Et je me surprends à penser égoïstement que j’étais mieux dans l’après-midi, sans public autour de moi.