Jacob Bannon est un homme de terrain. Entre la sortie de ‘The Dusk In Us’, l’homme officie en tant que peintre (et prépare une exposition!), sans oublier son label Deathwish Inc. De quoi se taper la causette avec le prolifique américain.

Votre nouvel album sort début novembre. Vous l’avez laissé macérer ou tout est venu de manière spontanée ?
Un peu des deux. Il y a des morceaux que l’on traine depuis un petit moment, et d’autres qui émergent quand on est tous ensemble dans la même pièce. On travaille sur ‘The Dusk In Us’ depuis que l’album précédent était dans la boîte. Être dans un groupe, c’est une tâche assez difficile. Surtout qu’on fait ça depuis un bon moment et qu’on a pas autant de temps qu’auparavant. Kurt et moi, par exemple, on a des boulots autres que la musique. On a ces soucis quotidiens qui prennent du temps. Parfois on n’est pas aussi motivés de choisir un artwork, créer des morceaux, tu n’as pas cette passion en toi. Mais en même temps tu reçois des offres pour des concerts, festivals etc… Nous avons été assez productifs pendant les cinq ans qui séparent ces deux albums. On a ressorti l’album ‘Jane Doe’, fait des rééditions de vinyles, certains ont créé de nouveaux groupes…

Tu as également un label que tu gères. C’est toi le businessman du groupe ?
Plus autant qu’avant ! J’ai pris plusieurs tâches sous mon aile de manière assez naturelle. Je sais comment tout se passe, surtout avec un label qui t’apprend d’autres parties genre répondre aux emails.


Kurt s’est chargé de l’enregistrement de l’album ?
Il l’a mixé, nous on l’a produit. Enfin, on est juste un groupe, on fait juste de la musique tu sais (rires) – j’aime ce côté qui te permet d’avoir autant de pouvoir sur ton son final. On a néanmoins eu pas mal de galères, genre on a eu des coupures d’électricité en plein milieu des sessions. Cela nous a fait perdre des jours entiers. Quand tu travailles et que tu mixes tes trucs et qu’il y a une coupure de courant, tu perds tout. Du coup c’était assez fatiguant de tout recommencer à zéro tellement de fois. Mais en même temps ça te permet d’envisager un morceau sur un nouvel angle.

Cet album sonne effectivement plus varié qu’auparavant.
Je ne le vois pas sous cet angle. Il y a certes une dynamique, mais je crois qu’on devient juste meilleur. On s’améliore à être un groupe ! On se dit parfois qu’on a pas tout besoin de jouer à boulet (rires) . Kurt écrit des riffs assez angulaires, qui sonnent assez noise. Moi j’aime les sons lourds et épiques. C’est juste une question de goûts, de ce qu’on écoute. Et puis il y a Ben, le batteur qui peut tout faire ! (rires). On plaisantait pas mal à ce sujet, on se félicitait mutuellement pour être devenus de meilleurs musiciens !

Il y a un thème particulier que tu voulais aborder sur cet album ?
Non, c’est un groupe de morceaux, qui résument ma situation, les gens qui m’entourent. On parle certes de sujets de société, mais c’est surtout notre réponse émotionnelle qui nous intéresse. Je ne parlerais jamais de politique par exemple, mais plutôt de joie, doutes, tristesse. Je n’ai jamais voulu avoir affaire à quelqu’un qui me dit comment vivre, j’ai toujours été intéressé plutôt par quelqu’un qui me dit que je dois vivre.

Vous avez fait des sets assez particuliers, notamment un set spécial ‘Jane Doe’ à Roadburn, un set avec vos morceaux plus lents avec des invités prestigieux à Londres.
S’entourer de gens que tu admires et respecte, ça t’aide énormément à te surpasser. On ne cherche pas à devenir un groupe ‘précieux’, mais la sortie de notre album ‘Jane Doe’ fêtait ses dix ans, donc on cherchait un challenge. C’était sympa… et un bon challenge, pour sûr ! (rires)

Il y a des morceaux dont tu ne te rappelais pas ?
Je pense qu’il s’agit de mémoire des muscles. On joue souvent pendant des heures donc ton corps s’adapte. Beaucoup de groupes regroupent leurs morceaux selon leur accordage, nous y compris. Jouer ‘Jane Doe’ en intégralité, cela implique changer de guitare, où Kurt devait aller chercher sa guitare, s’accorder, ce qui laisse une trentaine de secondes de vide entre les morceaux. De plus, on a l’habitude d’emboiter des morceaux, et là ce n’était pas le cas – ton corps veut continuer sur ce qu’il sait d’habitude, il faut donc te forcer à ne pas faire l’erreur de continuer dans le set que tu connais ! (rires) Je dirais que pour moi, la véritable difficulté se situe au niveau de mes cordes vocales. Je hurle beaucoup, je courre partout, et ton coeur doit suivre ! Quand tu enregistres, tu ne penses pas à comment tu vas te démerder à chanter ça en live, alors que tu fais du crowd surfing, ou que tu ne peux pas couper l’enregistrement entre deux respirations. Il faut me trouver des moments pour respirer (rires!) Il y a plein de screamers qui parlent plus qu’il ne hurlent… Moi je suis un gueuleur. C’est certainement pas la chose la plus saine que je puisse faire, mais c’est mon talent. Tu remarqueras qu’il y a plus de syllabes sur cet album, c’est juste pour que je puisse prendre ma respiration ! (rires)

Il y a trois voix en live désormais, toi, Kurt et Nate. Vous avez achevé votre transformation en hydre ?
Ces mecs sont des monstres ! Quand on part en tournée, je suis un peu fatigué au début, puis j’entre en mode ‘tournée’ et tout va bien. Kurt et Nate, ils sortent du studio et sont prêts pour repartir sur les planches, avec une répète entre deux concerts ! Du coup ça faisait un bon challenge pour eux, pour qu’ils se calment un peu (rires) [Grant Bailey]

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Fiche CD :
Nom de l’album : ‘The Dusk In Us’
Label : Epitaph
Note : 5/5