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Un jour, un homme eût une vision. Harassé par le travail, se tuant à la tâche chaque jour, il ne rêvait que d’un endroit paisible et féerique où passer son dimanche avec sa fille. Cette terre promise se faisant désirer, au comble du désespoir, il la créa de toutes pièces.

La suite de l’histoire, tu la connais. D’un parc californien légendaire parce que précurseur, l’idée a essaimé à travers le monde plus d’une fois jusqu’à produire l’apogée du concept originel dans la région parisienne. Tes parents t’y on emmené quand t’étais môme. Pas trop, parce que putain, c’est loin et c’est cher. Tu as tout de même une pointe d’émotion qui s’empare de ton petit coeur sombre à la pensée de la photo que tu as faite, tout émerveillé, dans les bras d’un étudiant déguisé en peluche pour parvenir à joindre les deux bouts.

Pourquoi je te parle de ça ? Après-tout, t’es grand, maintenant. Tes weekends de détente et de féerie, ils se passent plutôt dans l’authentique boue du Hellfest, constituée de bière, d’urine et de terre. Qu’est-ce que t’irais foutre au milieu de petites familles prolétaires qui se saignent depuis des mois pour pouvoir sacrifier leurs congés payés sur l’autel du grand capital ?

Imagine…

Tu décides de te payer un petit weekend de retour en enfance. Après-tout, c’est pas parce que t’es couvert de cuir que t’y as plus droit, à la féerie. Alors tu chopes un petit groupe de tes compagnons d’infortune, et t’embarques dans un avion à destination du fun pour toute la famille. Bon, comme t’es vaguement prévoyant, tu prends des munitions au duty free, on sait jamais.

À l’arrivée, le charmant portail avec rayons x et portique de sécurité te pousse à te féliciter d’avoir planqué ta gnôle dans la poche de ton perfecto du dimanche. Faut les comprendre, aussi, ils sont un peu tendus par les temps qui courent. Arrivé sur Main Street USA, t’as déjà tapé dans ta bouteille comme un petit vicelard. Les voyages donnent soif.

C’est là que tu peux pas t’empêcher d’être surpris. T’as beau t’être drapé depuis des années dans un cynisme confortable, ce lieu finirait presque par t’atteindre. Oui, l’innocence sacrée de l’enfance est entourée de toute part de la horde des marchands du temple. Oui, le mercantilisme a élu domicile jusque dans la chaumière des sept nains. Oui, ça grouille de mômes qui piaillent et qui puent… Mais tu t’en fous.

T’es peut-être simplement déjà éméché après tout. Malgré cela, les décors vont bien au delà de l’agglomérat de carton-pâte que nombre de tes amis blasés évoquent pour fustiger cette nouvelle Sodome qui tourne aux rails de poussière de fée. Ton oeil d’adulte inquisiteur est tout aussi en peine de mettre en défaut le moindre détail que ne l’était l’enfant que tu fus jadis. D’une manière ou d’une autre, ça fonctionne.

Et t’es là, avec tes potes, à boire ton vieux rhum dans la file des pirates des Caraïbes. En plus, t’as même pas besoin de planquer ta bouteille dans un sac en papier comme chez tonton Sam. Vive la France, comme disait l’autre. Bon, tu fais un peu semblant d’ignorer les occasionnels messages au micro qui te rappellent ton détachement de rocker est en train de transformer chaque file d’attente en backroom de pub irlandais. On a rien sans rien.

D’accord, d’accord, tu peux tout aussi bien te bourrer la gueule dans le pub de Gégé où tu payeras pas ta bière une blinde. D’accord, c’est probablement pas dans le projet initial de ce bon vieux Walt de voir déferler des hordes de rockers rotant leur rhum dans ses allées. D’accord également, tu vas devoir un peu planquer la raison de ta venue pendant que tu serres les dents pour éviter le drame au Space Mountain… Et justement, c’est là que ton serviteur veut en venir depuis le début de cet article maladroit. Dans quel autre endroit au monde peux-tu envisager de te mettre une mine comme à la douce époque de tes 13 ans ? Cette semi-ivresse que tu cultivais à la sauvette, assortie d’une cigarette dissimulée pour ne pas déchainer les foudres de l’encadrement parental. Y’a pas à dire, ça a du bon, la magie de l’enfance.

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