Boulian


Les coulisses de la musique sont très souvent méconnues du grand public et pourtant beaucoup de choses s’y passent. Les ingénieurs du son sont la clé de la réussite de tous les projets musicaux : concerts, enregistrements, spectacles, etc. 

Afin de mieux éclairer le travail d’un « ingé son », on a fait appel à quelqu’un d’expérimenté et de grand talent : Benoît Boulian !


Comment es-tu devenu ingénieur de son ? Raconte-nous ton parcours…
Initié depuis mon plus jeune âge au bricolage et la robotique, j’ai étudié l’électromécanique durant 4 années au CEPTA, puis, après deux ans passés à l’armée suisse, j’ai commencé une formation d’ingénieur du son à la SAE de Genève ou j’ai travaillé par la suite en temps que superviseur audio et enseignant. Cette passion a pris le dessus sur mes diverses activités telles que le vélo de descente et le modélisme. Très vite, j’ai pu m’exercer au son live avec des groupes de potes qui jouaient dans la région, je pense notamment à Promethee et D.O.M avec qui j’ai fait mes débuts en 2007 et qui m’ont permis de pouvoir toucher à toute sorte de matos dans diverses salles, depuis j’ai le virus et je le garde.
Si je suis ce que je suis aujourd’hui c’est surtout grâce à mon père qui m’a appris à me servir de mes dix doigts, qui m’a aussi donné le goût du son de qualité grâce aux dernières technologies en matière de lecteurs audio (K7, CD, MiniDisk, etc.) ainsi qu’à ma famille qui m’a soutenu puis donné les moyens de réaliser mon rêve.

Comment alternes-tu ton activité au studio d’enregistrement Ignition Prod et les tournées ?
N’ayant pas encore trouvé le moyen de me dédoubler, j’ai la chance de travailler avec une super équipe d’ingé son au studio avec qui on peut switcher les projets et donc facilement se faire remplacer pour quelques sessions lorsque l’un ou l’autre est en concert ou en tournée. J’essaye de ne pas booker 2 shows en même temps mais si les dates tombent assez tôt il n’y a généralement pas de problèmes. L’organisation est un point clé dans ce métier si l’on veut pouvoir en vivre.
Mes priorités sont les lives avec les groupes pour qui je travaille régulièrement, ceux-ci ont lieu généralement le week-end, j’ai donc le temps en semaine pour enregistrer ou mixer à Ignition.

Pour ceux qui ne le savent pas, quels différences y-a-t-il entre le travail en studio et les concerts ?
C’est clairement deux mondes totalement différents mais qui sont pour moi complémentaires. Je compare souvent mon métier à celui de cuisinier : en live je vais mettre ma toque du cuistot de cantine, celui qui va devoir faire à manger pour 1000 personnes tout en devant faire du mieux qu’il peut dans un temps limité avec ce qu’il dispose comme matière de base et ustensiles. Autant dire qu’il est souvent difficile de présenter un produit fini qui puisse plaire à tout le monde… En studio c’est avec la toque du chef d’un restaurant gastronomique que je travaille, là ou la cuisine ressemble plus à un laboratoire et ou les clients sont de fins connaisseurs qui en veulent pour leur argent.
Le live reste pour moi le meilleur moyen de me faire plaisir et d’avoir parfois de bonnes montées d’adrénaline.

Dans quels genre d’événements as-tu l’habitude de travailler ?
Je travaille essentiellement lors des concert des groupes qui m’engagent au son mais aussi à la gestion du son et à l’accueil des ingénieurs dans divers festivals de rock/métal ou de musique électronique comme l’Electron Festival de Genève quand l’occasion se présente. J’ai eu le privilège de pouvoir bosser au Montreux Jazz festival ces deux dernières années où j’ai pu côtoyer des gens très expérimentés qui ont su répondre à mes questions et qui m’ont encore beaucoup appris.
Suivant les plans qu’on me propose je fais la part des choses et je m’engage sur des jobs qui permettent de parfaire mes connaissances, plus stressants, à responsabilité et qui me donnent l’occasion de me faire connaitre plutôt que de foncer sur les petits gigs qui payent mieux du genre « le mariage de Gaspard et Julie » ou « la foire au boudin de Monthureux-sur-Saône ». Blague à part, j’aime profondément sonoriser des shows et j’espère pouvoir en faire encore des milliers tant que mes oreilles me le permettront.

Quels sont les difficultés en tant qu’ingénieur du son que tu as rencontrées en tournée ? Et en studio ?
Pour moi en tournée c’est la plus part du temps l’alcool qui pose problème, il est très difficile de bien travailler avec un tôt d’alcoolémie qui s’approche du niveau de décibels autorisé mais avec un peu de rigueur et de discipline on y arrive. Trêve de plaisanteries… C’est vrai qu’au début on se fait avoir par l’ambiance des concerts et l’euphorie qui en découle mais je me suis très vite rendu compte que la confiance que j’accorde à mes oreilles diminue au fil des verres.
Je dirais que le plus dur est de s’adapter aux diverses consoles que possèdent les salles, aux systèmes de diffusion et à l’acoustique des lieux dans lesquels on doit jouer ou sonoriser un live. Les pires situations auxquelles j’ai du faire face c’est lors d’une tournée de deux semaines à Cuba et sur une date en Hongrie . Encore une fois je pense qu’après des centaines de shows effectués on arrive à connaitre toutes les configurations possibles et on prends vite des habitudes qui sauvent dans les situations difficiles. Je dis « on » car j’imagine que mes collègues on les mêmes soucis.
En studio c’est les problèmes techniques, les pertes de temps qu’on ne peut expliquer aux groupes qui viennent enregistrer, la fatigue et le contact humain qui se doit d’être irréprochable malgré 5 jours de studio consécutifs sans grasse matinée avec sa bien aimée. Il est très important de mettre les musiciens à l’aise pour qu’ils puissent pleinement profiter de leurs sessions et donner le meilleur d’eux même, c’est pour cela qu’on dit qu’un ingénieur fait aussi du social en studio.

Aujourd’hui il y a beaucoup de studio d’enregistrement, quel est le truc en plus chez Ignition Prod ?
Après avoir visité et travaillé dans différents studios, j’ai trois points forts qui semblent pouvoir démarquer Ignition des autres studios.
Premièrement, c’est un lieu où on travaille à plusieurs, on partage volontiers nos connaissances et où vous pourrez bénéficier de plusieurs ingénieurs sur une même session qui ont chacun leurs points forts. Didier, Nico, Ludo, Greg et moi-même sommes ouverts à toutes saines propositions.
Deuxièmement, nous disposons de matériel haut de gamme dont certaines références en terme d’amplis guitare ou de micros pour les productions Rock/Métal.
Et pour finir, plus de 90 mètres carré de surface soigneusement décorés par ma soeur, deux studios indépendants, salon, cuisine et lumière du jour dans toutes les pièces. Ignition Prod c’est vachement « Chillax » !

Quels sont les artistes avec lesquels tu as travaillé ? As-tu des coups de coeur ?
J’ai eu le plaisir et parfois même le privilège de pouvoir travailler pour de nombreux groupes durant ces 5 dernières années, je ne peux tous les citer mais il y’en a quelques-uns avec qui j’ai fait les quatre cents coups, certains groupes que j’apprécie particulièrement car les membres qui les forment sont des amis mais aussi pour ce qu’ils dégagent en concert et le plaisir que j’ai à les mixer.
The Animen, Kesskhtak, Herod, Elizabeth, CardiaC, Neosis, Life As War, Conjonctive, Worst In Me, Breaking Fate Down, Deadline For A Murder, récemment The Black Widow’s Project et bien sur… la famille, mes amour, mes Lersh de Promethee qui sont pour moi comme des frères. Dans le futur j’aimerai beaucoup sonoriser la tournée mondial de Gunther.

Justement, quel est ton but pour la suite ? Qu’aimerais-tu faire plus tard ? Quel sont tes objectifs ?
Tourner, tourner encore et exercer ma passion à travers le monde. Depuis quelques années, je suis en train de me spécialiser dans la sonorisation live. Je souhaite pouvoir travailler avec des groupes qui montent et élaborer avec eux un show qui surprendra leurs fans. Rien n’est plus fort que la satisfaction d’avoir réussi à faire sonner l’impossible à la fin d’un show. C’est une saine drogue dont je ne peux me passer, je ne souhaite donc pas m’arrêter en si bon chemin et pourquoi pas, un jour peut-être, bosser à la face pour un groupe mondialement connu.

Fais-tu de l’enregistrement ‘live’ ?
Oui bien sûr! Si on me le demande, j’ai le matériel pour pouvoir le faire autant en studio que sur scène lors d’un concert. Ca reste quelque chose d’utile pour les groupes qui veulent réécouter leurs performances pour travailler le set ou tout simplement pour un souvenir.

Lors d’un enregistrement en studio, quels conseils pourrais-tu donner à un musicien qui débute ?
Il est très important d’entretenir l’instrument avec lequel il veut enregistrer. Cela consiste à changer les cordes d’une guitare ou les peaux d’une batterie avant de l’accorder pour que le son soit le meilleur possible. Il est aussi impératif qu’il travaille au click durant les semaines précédentes et qu’il soit prêt lorsqu’il arrive en studio. Malheureusement, parfois les musiciens n’ont pas le niveau nécessaire pour jouer ce qu’ils ont composé au local ou à la maison.
Cela ralenti considérablement le rythme de travail, le temps passé à refaire les prises et à éditer va donc se répercuter sur la facture finale mais aussi sur son moral et sa concentration. Je conseille vivement aux groupes et aux artistes qui souhaitent enregistrer de réaliser une démo ou une pré-production avant de rentrer en studio. Grâce à elle, l’ingénieur pourra visualiser l’ampleur du travail à accomplir et organiser les sessions au mieux pour plus d’efficacité.

Faut-il être musicien pour être un bon ingénieur du son ?
Oui et non. C’est bien sûr un grand plus dans ce métier mais je doute qu’un ingénieur du son qui ne pratique pas d’un instrument soit pour autant un mauvais ingénieur. Je suis moi même un piètre musicien et mes bases musicales me permettent tout de même de pouvoir juger le jeux d’un musicien et de le conseiller pour que la prise soit meilleure.
Il faut avant tout avoir l’oreille musicale et une petite touche artistique pour pouvoir travailler dans ce milieu, la pratique et le temps se chargent du reste.

Est ce que n’importe quel groupe peut faire appel à toi pour une date ou une tournée ?
Oui bien sur, je ne demande même que ça. Comme je l’ai mentionné avant, j’ai des priorités et des exclusivités avec certains groupes comme Promethee et The Animen, mais lorsque que je suis dans le coin, je me déplace volontiers pour faire le son d’un groupe ou d’un festival qui me contacte. C’est aussi l’occasion de faire de bonnes rencontres et parfois de démarrer une collaboration à long terme.
Pour me contacter il suffit de m’envoyer un mail à boulian.b@hotmail.com ou sur Facebook. [RD]

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