La FNAC de Neuchâtel, un soir de novembre 2017. Alors que je ‘chneuque’ (comme on dit dans le Jura bernois) au rayon vinyles, la sono se met soudain à cracher du gros son. Un groupe contemporain ? Un combo qui date ? Impossible à dire. Tout cela me semble familier, mais je ne parviens pas à cerner de quel siècle proviennent ces mélopées enchanteresses. La voix doit avoir été affinée au Bourbon, la structure des titres semble sortir tout droit des seventies pour produire un blues rock épais mâtiné de boogie, qui lorgne tantôt du côté des Doors, tantôt du côté de Creedence ou de ZZ Top. Curieux (pour ne pas dire charmé), j’apostrophe le vendeur ; il s’agirait d’un groupe de Suède. Pas étonnant, me dis-je, la Scandinavie accouche régulièrement de groupes étalons (Hellacopters, Backyard Babies, Ghost). La pochette qu’il me tend dépeint un trio affublé d’habits traditionnels, se prélassant au bord d’une rivière, une chaîne montagneuse en arrière-plan. J’ouvre l’objet et découvre trois chevelus aux noms bien de chez nous. Des Suédois ? Bullshit ! Les gars viennent de Soleure, patrie de Krokus (le plus grand groupe de rock helvétique de tous les temps), avec qui ils n’ont pas grand chose en commun d’ailleurs. Depuis, la galette passe en boucle dans ma voiture. Impossible de me résoudre à la ranger, tant le magnétisme de ses neuf plages sonores est puissant. Encore méconnus mais appliqués, humbles, admiratifs de leurs modèles (Rival Sons), Anton, Sami et Tobi en sont déjà à leur deuxième mouture. N’ayons pas peur des mots : les ʿSaints du sous-solʾ incarnent ce qui est arrivé de mieux au rock suisse depuis Gotthard. Il était grand temps.

www.basementsaints.com

Notes: 4.5/5

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