Ouvrant le festival à un slot ingrat, probablement justifié par leur racines thrash metal risquant d’effaroucher le hipster zurichois moyen, The Burden Remains fait contre mauvaise fortune bon cœur en délivrant un show d’une fraîcheur inattendue, révélant des morceaux inédits où, pour la première fois, le chanteur Tommy Schweizer se risque à des paroles en allemand. On se demande à quoi ça tient que le metal reste depuis sa naissance largement cantonné à une scène ultra-fermée, alors que des artistes du même jour comme Flohio ou Amyl & The Sniffers rivalisent sans peine en violence avec les Burden Remains. La première citée, bijou de la scène hip hop britannique moderne, a fait trembler la minuscule scène du club où elle s’est produite devant un public où se bousculaient les plus jeunes parmi les festivaliers. Elle n’hésitera pas à monter sur la plateforme soutenant la table de mix pour remercier l’enthousiasme de ses fans, tandis qu’une silhouette encapuchonnée évoquant drôlement son compatriote Slowthai, à l’affiche de la soirée du lendemain, observait le spectacle dans un sourire. Le pauvre n’aura hélas pas le droit à la même ambiance depuis la grande scène. L’Éclair et Sophie Hunger témoigneront aussi ce jeudi du potentiel occasionnel de la musique suisse, les Genevois étirant un show aux ambiances sans cesse mouvantes justifiant leur popularité au sein des playlists Couleur 3. Reine de cette première soirée, Sophie Hunger se concentrera sur son dernier album lourd en influences électro, non sans oublier de gratifier le public de sa fameuse reprise de ‘Le Vent Nous Portera’ de Noir Désir avant de remercier le programmateur et le public…. en français !

En passant de Cocaine Piss à Cüneyt Sepetçi, on assiste à un changement d’ambiance sur la petite scène extérieure d’une radicalité que seul le Kilbi peut se targuer de proposer. Et pourtant on s’est autant amusés devant le clarinettiste turc que devant les punks belges. Probablement davantage habitué à jouer lors de mariages en Anatolie, le musicien a étiré un show largement improvisé où sa virtuosité orientale n’a pas manquée d’être remarquée. Plus tard, grande scène, Slowthai. Le rappeur rivalise en popularité avec Flohio, ambassadeur au même titre qu’elle du hip hop britannique dans une direction toutefois différente, flirtant avec des beats drum n’bass ou chiptune, et typée par un flow lent, traînant, comme s’il se réveillait d’une sale gueule de bois. S’il a sûrement pu se faire entendre d’un public plus conséquent depuis la grande scène, il aura en revanche peiné à le réveiller, et ce n’est pas faute d’avoir essayer, que ce soit en lançant un wall of death, en sacrifiant son acolyte musclé dans la fosse ou en invectivant un ivrogne qui lui lance un verre en plastique. Dommage parce que morceaux et prestation étaient irréprochables. Sophie (tout court, pas Hunger) a ensuite probablement surpris son public avec un show foutrement plus expérimental que des titres comme ‘It’s Okay To Cry’ le laissait présager. Ultra-bruyant et soutenu par des visuels à foutre la gerbe à ceux qui avaient déjà dépassé les deux litres de bière, le concert a d’une part cloué le bec à ceux qui soupçonnaient le festival de faire dans la facilité en bookant celle qui avait collaboré avec Madonna, et d’autre part rappelé le petit faible du programmateur pour les musiques d’avant-garde, chaque représentées par une poignée d’artistes. Le duo de Parisiennes Oktober Lieber a probablement davantage fédéré les avis sous la tente, proposant une approche de la synthwave dénuée de toute facilité – ce qui est rare, dans le genre. L’ambiance gagne alors en festivité, l’alcool commençant à faire effet – et l’inévitable DJ Marcelle reçoit un accueil délirant  sur la grande scène, les festivaliers finissant par la rejoindre sur la scène pour danser à ses côtés sous les regards bienveillants de la sécurité. Les plus endurants suivront ensuite au club pour aller sur la techno de La Bohème qui attendra que le soleil se lève avant de dire au revoir à la grosse vingtaine de noctambules restante.

Sous une météo qu’on a jamais vu aussi clémente en six ans de Kilbi, on se prélasse au bord du lac en attendant que le troisième jour du festival s’ouvre avec les douces ballades de Tomberlin. Une manière de commencer en douceur avant qu’on soit emporté par le maelstrom saxophonique The Comet is Coming – on part à la moitié pour aller voir comment se débrouille les deux Cyril de Cyril Cyril dans un club bondé comme d’ordinaire. The Comet is Coming et Sons of Kemet plus tard sur la même scène mettront le sax à l’honneur ce samedi soir, révélant chez l’instrument un polyvalence ratissant de la musique électronique au free jazz. Au passage, on relève le culot des programmateurs au moment de placer du jazz à 23h30 sur la grande scène – et on apprécie la bonne volonté des festivaliers qui réservent à ce genre trop souvent considéré à tort comme inaccessible un accueil chaleureux. Courtney Barnett les avait probablement déjà bien préparés avec un show exemplaire mais un peu sans surprise pour ceux qui l’auraient déjà vue à Fri-son en 2014. Pour clore la soirée, on est gâtés entre la cumbia britanno-latino de Malphino dans le club ou, pour les moins paisibles, la house coréenne dont on ne saurait juger de la conventionnalité dans son pays d’origine, mais qui présentait un exotisme très apprécié au moment de fermer le festival singinois. Peut-être que celui-ci s’est depuis lassé des éloges qui lui sont prodigués par la presse, mais que dire d’autres lorsqu’il les mérite avec autant d’évidence ? Vivement l’année prochaine.

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Texte par Louis Rossier / Photos par Luis Amella

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