Durant ce grand road trip américain que nous avons fait en 2016, ma comparse et moi sommes passés par la ‘capitale mondiale de la musique live’ : Austin, Texas.


On n’a pas tergiversé : premier arrêt en ville, ‘l’infâme 6e rue’ comme beaucoup la surnomment, pour des raisons que tu devines déjà et qui sont exactement celles-là. Cette rue est une ode à la biture pas chère, accessible même au plus jeune des puceaux qui ne le restera d’ailleurs pas longtemps dans un tel endroit, sur fond de cette fameuse ‘musique live’ omniprésente.

Et là, oui, Austin est à la hauteur de sa réputation : le moindre bar possède sa programmation quotidienne de groupes locaux, d’un style généralement rock ou rockabilly. Cela nous convient fort bien, et le premier groupe dont on croise le chemin au fond d’un sombre bar est déjà génial : dans ces conditions, difficile de ne pas se lancer à fond dans la nuit même s’il n’est que 14h35.

Depuis plusieurs années, la ville a eu la formidable idée de rassembler sur un ou deux quartiers ses clubs et salles de concert. Formidable, car cette configuration te donne la possibilité de déambuler au hasard sur 2 km carrés en étant absolument sûr de tomber sur un nouveau lieu de débauche qui siéra parfaitement à tes oreilles. Et c’est une faune totalement rocambolesque que tu croises alors durant la soirée, entre mélomanes, gros touristes américains déjà raide morts, clubbers et clodos qui trouvent toujours le moyen de ne jamais te fausser compagnie.

Tout ce bordel – et nous dedans – ainsi navigue au gré du hasard tant que celui-ci propose au moins 4% d’alcool. Nous entrons dans trois salles de concert différentes pour systématiquement y trouver des ambiances délirantes, générées par un public toujours à fond. Car si Austin se prétend capitale mondiale de la musique live, c’est aussi parce que le public se montre à la hauteur de cette revendication : parmi la foule d’assoiffés attardés, les fans, les vrais fans de musique sont bien là et le signalent haut et fort dans un grand chœur d’amour.

C’est emplit de cet amour que nous assistons d’ailleurs à un concert qui paraît tellement génial que nous commettons l’erreur fatidique : le vinyle à 20$ en fin de prestation, signé par des mecs dont on ne se rappellera jamais la tronche ni aucun des mots échangés. Allez va, reste l’instant de communion avec ces types sûrement gravé dans nos subconscients, qui resurgira probablement dans 15 ans quand on apprendra qu’ils avaient violé la moitié des vaches longhorn de leur bled.

Nous devons cependant laisser de côté ces zoophiles en puissance car la nuit avance. Et à force d’avancer, la nuit, elle tombe sur un os en forme de fermeture des bars aux alentours des 2h du mat’, qui jette au creux des rues des centaines de fêtards au sommet de leur motivation, alors prêts à tout pour boire une dernière gorgée de bière, pour absorber une ultime lampée du divin liquide afin de s’assurer une nuit sans encombres dans le caniveau plein de pisse juste là.

Alors, face à cette pure motivation des esprits éthylés, la ville emploie les grands moyens : la cavalerie.

Littéralement – la putain de cavalerie.

Tandis donc que tu erres parmi les centaines de gens perdus comme toi dans cette ‘infâme 6e rue’, voilà que débarque une rangée compacte de six ou sept sheriffs à cheval marchant droit sur toi. C’est impressionnant, en effet, et ça t’ôte bien 50% de la motivation précitée.

La morale de cette pauvre histoire, c’est que la ville propose la fête mais sait aussi la gérer à grands coups de sabots dans la gueule si nécessaire.

Epilogue

L’épilogue c’est qu’on devait retourner à Austin un mois et demi plus tard, pour assister à l’unique et incomparable Levitation Festival (anciennement Austin Psych Fest), autrement dit le meilleur festival du monde pour qui a la décence d’aimer la seule vraie bonne musique qui nous reste, à nous autres pauvres hères ratatinés par la Machine et les saisons qui ne ressemblent plus à rien.

On prévoit pour ce faire de prendre un ‘red eye’ depuis San Francisco – un vol de nuit, qui en l’occurrence décolle un peu après minuit pour arriver à Austin au petit matin, le jour de l’ouverture du camping.

Ainsi, devant la porte d’embarquement nous attendons à moitié réjouis, à moitié stonés par une petite pilule qui fait dormir (s’agit de rentabiliser à mort notre temps de repos). L’avion part dans 10 minutes, je regarde mes mails une dernière fois.

‘Levitation Cancelled’.

La bonne blague qui me fait d’un coup très froid dans le dos. Un gag ? Non, le message a l’air authentique… Oh putain. Je lis que les autorités du coin ont tout stoppé en raison de grosses tempêtes prévues sur le week-end…

Festival annulé, je dis à ma comparse. Elle croit aussi au gag, puis n’y croit plus du tout en voyant mes yeux à moitié ouverts mais très sérieux. On se décompose alors en simultané sur nos sièges durs en réfléchissant à plein de trucs traumatisants. L’avion décolle dans 5 minutes.

Refile-moi une pilule, qu’elle me dit. T’as raison je lui réponds, j’en prends une aussi. Passé ce premier choc, je dis à l’hôtesse qui tripote plein de papiers tu sais jamais ce qu’ils branlent ces mecs avant l’embarquement que nous ne prendrons pas cet avion : elle n’y comprend rien. Je lui redis que nous ne prendrons pas cet avion. Elle n’y comprend toujours rien mais note ma remarque sur ses putains de papiers. J’essaie d’aborder le sujet du remboursement mais le dialogue s’aventure dans un psychédélisme peu prudent. Fuite rapide.

Puisqu’on peut rester parqués la nuit entière à l’aéroport pour le même tarif, nous décidons de dormir là. Ambiance béton et grands néons, bah, on a eu fait pire. C’est sans un mot et dépités que nous nous foutons au pieu et dormons comme des bébés parce que les pilules marchent très bien.

La morale de ce pauvre épilogue c’est que mec, sérieux, prend TOUJOURS une assurance

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