Monsieur Cooper est un homme de terrain. Son dernier album ‘Paranormal’ est sorti cet été, et voici que le groupe se met en branle pour monter sur les planches. A bientôt 70 ans, Alice Cooper sait également comment mener une barque, par vents et marées !


Qu’est-ce que tu voulais faire avec ‘Paranormal’ ?
Beaucoup de gens se demandent pourquoi les artistes sortent des albums, alors que ça ne vend plus rien. Je crois qu’on est bien au-delà de ce concept de vendre quelque chose : on fait ça pour nos fans. Après 27 albums, nous avons la chance d’avoir une fanbase qui veut entendre des nouveautés de la part d’Alice Cooper, donc pourquoi ne pas sortir quinze titres et les mettre sur une galette ? Ces gens méritent un peu de reconnaissance. On ne se préoccupe plus de la vente de nos albums, on a déjà bien assez de thune depuis les trente-quarante ans qu’on est sur scène. Pour moi ‘Paranormal’ est une expérimentation avec de nouveaux éléments et ingrédients. Utiliser Larry Mullen de U2 pour se charger de la batterie a fait que cet album sonnait bien hard-rock mais avec des éléments très catchy. L’idée, c’était ça.

Tu est devenu accro à l’idée de toujours progresser et aller de l’avant ?
Absolument ! Quand tu demandes à Paul McCartney ou Bob Dylan s’ils ont écrit leur meilleur morceau, ils te diront que non. Si tu es un véritable artiste, tu te dis toujours que ton prochain morceau sera le meilleur, que ton prochain album sera le meilleur, et que ton prochain concert sera le meilleur. Si je me dis que mon meilleur album est sorti il y a 32 ans, alors quel est l’intérêt de continuer ? Le truc, c’est de toujours penser à ton prochain concept, qui doit être meilleur que le précédent.

C’est un concept qui te stresse ?
Je suis habitué maintenant ! Mais je me réjouis toujours des retours sur mes albums. Quand tu es sur scène, tu as une réaction immédiate de la part du public et des gens qui t’entourent. Quand tu sors un album, tu dois attendre que les gens t’emailent, t’appellent, tu dois chercher des magazines et lire les critiques. Quand tu enregistres ton album, tu as l’impression que c’est ton meilleur travail, mais ensuite tu t’arrêtes deux minutes et tu te dis ‘vraiment ?’. Je pense que ‘Paranormal’ est un franc succès : on est dans le top 10 des meilleurs albums dans 20 pays, c’est un signe que les gens arrivent à s’y attacher émotionnellement.

Et avoir le line-up originel, ça fait quel effet ?
Tu sais, cela n’a jamais vraiment changé. J’ai toujours fait des albums de hard-rock, et ferai toujours des albums de hard-rock. Je ne changerai jamais de direction. J’aime le rock de Detroit, c’est le seul style musical qui ne meurt pas. Regarde les Stones, Guns n’ Roses, Aerosmith, Alice Cooper, ce sont tous des groupes de hard-rock. On ne réinvente pas la roue, mais on fait du rock dans ta face, sans concessions. Si j’essaie de m’éloigner de ce concept, alors je le fais de manière très théâtrale, jamais vue auparavant.

Tes concerts sont effectivement très immersifs : tu essaies de reproduire ça lorsque tu enregistre un album ?
Absolument. C’est assez marrant d’écrire des chansons, car tu ne sais jamais ce que tu vas avoir entre les mains avant de l’avoir fini. Les morceaux qui auront le plus de succès en concerts ne sont pas forcément ceux qui cartonneront à la radio. Et parfois tu écris un morceau sans y réfléchir, avant de te rendre compte qu’il a vraiment été imaginé pour le live. Quand on a enregistré ‘Paranoiac Personality’ par exemple, je me suis dit : ‘c’est un morceau taillé pour le live’. Je m’imaginais le groupe le jouer sur scène. Pareil pour ‘Fallen In Love’. Donc les morceaux que l’on ne retrouve pas en live, c’est simplement parce que ce sont des morceaux plus adaptés à un album.

Et comment arrives-tu à engager le public dans tes concerts ?
C’est toujours une expérimentation : tu ne sais jamais ce qui va se passer. Ce que je fais, c’est que je joue un morceau et regarde comment le public réagit. Ensuite, je me demande comment Alice pourrait améliorer l’interprétation dudit morceau. Mais parfois je me suis planté, j’imaginais un morceau de telle ou telle manière et ce n’a pas eu l’effet escompté. J’attends toujours une réaction du public. A la fin de ton titre, si le public est complètement déchaîné, je sais que j’ai réussi. Parfois je me plante et je n’ai aucune réaction de leur part. Je me plante parfois… Pas souvent, mais parfois.

Tu joues néanmoins beaucoup d’anciens morceaux qui sont tes classiques pour plaire aux fans, non ?
Ah oui. Il y a des mecs comme Bowie qui se disent ‘je vais partir en tournée et ne jouer aucun de mes morceaux les plus connus’. Je lui ai fait ‘t’es malade ? Si j’étais un de tes fans je voudrais absolument entendre ‘Rebel Rebel’.’ Parfois les artistes sont un peu égoïstes, et partent en tournée juste pour jouer des nouveaux trucs. Et bonne chance à eux ! Je connais assez bien le business pour savoir que si je ne jouais pas ‘Poison’, ‘Schools Out’, ‘No More Mr. Nice Guy’ ou ‘Eighteen’, je décevrais le public. Tu peux bien-sûr ajouter des nouveaux morceaux, mais il faut toujours jouer tes hits. Donne à ton public de quoi leur faire dire ‘Oh yeah !’

Il y a un morceau que tu aimes toujours jouer malgré les années ?
Il y a en a un ou deux que, dès que tu commences à les jouer, le public perd la tête. ‘Schools Out’, ‘Poison’, ‘Feed My Frankenstein’, ‘No More Mr. Nice Guy’, ce sont tous des titres qui cartonnent. Deux accords, et tout le monde devient fou. J’étais pareil à l’époque, je suis allé voir Paul McCartney, que je connais depuis trente-cinq ans, et j’étais au premier rang avec ma femme… et Paul a commencé à jouer ‘I Saw Her Standing There’, et j’étais debout à sauter partout, parce que c’est une putain de chanson des Beatles ! Il y a certains morceaux qui te prennent d’emblée. Tu sais pas pourquoi, c’est juste comme ça. Tu pourrais être en Chine, en Afrique, en Ohio, tout le monde réagira de la même manière. [Rhys Buchanan]

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