Un charme discret, une voix plutôt douce, Agnes Obel propose un univers envoûtant. Avec ‘Citizen of Glass’, elle se lance dans un album au concept très actuel, celui de la visibilité sur les réseaux sociaux, de cette envie qui pousse les individus à se dévoiler entièrement au plus grand nombre.


Première surprise avec ‘Familiar’ ton premier single. J’ai cherché longtemps qui chantait avec toi avant que je découvre que c’était toi-même ?

J’avais l’idée que chacun d’entre nous est fait de verre. On se livre sur les réseaux sociaux sans limite, on est transparents. On laisse les gens nous regarder et nous nous voyons nous-mêmes à travers les yeux des autres. Nous avons une identité modifiée et cette voix représente cela. Je ne m’attendais pas à ce que les gens pensent que c’était un homme (rires), mais je trouve ça cool.

Tu as utilisé beaucoup d’instruments différents. Le piano est moins présent.

Je voulais créer une sorte d’état d’esprit, cette sensation d’être regardé, d’être transparent et j’ai pensé que je n’y arriverais pas simplement avec le piano. Je voulais quelque chose qui apporte plus de tension, donc je devais essayer de nouveaux instruments. J’ai fait des recherches et ai acheté un celesta (hybride entre glockenspiel et piano) qui sonne comme si on tapait sur du verre. Il y a également un trautonium (instrument électronique avec clavier créé en 1929) qui est très étrange. Tu ne sais pas vraiment ce qui va en ressortir. C’est très difficile d’en jouer, ça m’a pris du temps pour me l’approprier. J’ai vraiment essayé de me pousser vers de nouveaux territoires.

Le thème de l’album comme tu l’as dit c’est ‘être un citoyen de verre’, c’est-à-dire être vu par tous: comment le vis-tu, toi qui es une personne publique ?

C’est à travers ma musique qu’il se passe quelque chose de plus personnel.  J’aime parler de choses importantes pour moi et parfois de concepts plus abstraits. J’ai quand même le sentiment de me transformer en verre, de révéler des parties de moi dans ma musique que je ne montre même pas à ma famille. C’est une sorte d’idéal dans notre société : s’utiliser soi-même dans son travail. C’est valable dans la littérature ou la musique, mais aussi sur les réseaux sociaux. Tout le monde a une audience et étale sa vie. Tout le monde poste des choses sur le moment et oublie de profiter de ce qui se passe. C’est une particularité de notre temps. Tout le monde regarde sa vie comme une pièce de théâtre.

Et c’est bien ou pas ?

D’une part, je trouve ça bien, mais je trouve ça triste de ne pas profiter du moment présent. La vie peut être très belle quand tu es vraiment conscient du moment et que tu ne la regardes pas à travers les yeux des autres. Ce phénomène m’intéresse et a un grand potentiel, mais je garde un œil critique. [JM]

EN CONCERT LE 18 NOVEMBRE A LA SALLE METROPOLE DE LAUSANNE

Citizen of Glass

PIAS/MV

Note : 4

www.agnesobel.com

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